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Si La Fontaine était un de nos contemporains, peut-être en aurait-il fait une fable ?
Michel Neyret, numéro deux de la police judiciaire lyonnaise, a donc été mis en examen et incarcéré, à tout le moins pour avoir préféré les bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves en matière de rémunération des indics, au système de rémunération officielle(une monstruosité réglementaire comme nous savons en produire ; on peut craindre le pire le jour où l’euthanasie en fin de vie sera réglementée).
Peut-être Michel Neyret a-t-il en fait commis des actes beaucoup plus répréhensibles, mais c’est à la justice de le dire.
A en croire les portraits qui en ont été faits , c’était un flic qui aimait peut-être un peu trop l’argent et ce qui va avec, voitures de sport et soirées people…
Pourquoi devrait-il en être autrement dans une société qui valorise par-dessus tout l’enrichissement personnel ?
La même semaine, on apprenait le démantèlement de Dexia qui va coûter quelques milliards d’euros supplémentaires que nous sommes sans que personne ne s’en émeuve trop, a fortiori dans les milieux financiers spécialisés.
Pour mémoire, Dexia, c’est la banque qui a mis au bord du dépôt de bilan un certain nombre de collectivités locales et d’hopitaux publics en leur vendant des emprunts devenus toxiques parce qu’indexés sur le franc suisse ou le yen.
A l’origine, c’était le Crédit Local de France, un établissement public dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations qui sera introduit en Bourse (combien de stocks-options attribuées à cette occasion ?).
Et pendant ce temps-là aussi, des milliers de traders et de banquiers qui ont achevé de nous ruiner (les gouvernements avaient commencé en laissant filer les déficits publics depuis le début des années quatre-vingt) ont repris leurs bonnes vieilles habitudes et spéculent à tout va pour décrocher leur bonus de fin d’année à plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros, pendant que des millions de contribuables, les Grecs au premier rang, se voient présenter une addition plus que salée et qu’ils n’ont pas fini de payer.
Michel Neyret a peut-être fait preuve de cynisme. Mais pas assez. Sinon il aurait fait banquier et pas flic comme métier… Et il aurait gagné beaucoup plus d’argent sans prendre de risques.
La morale de cette histoire sera-t-elle qu’il vaut mieux être un banquier qui a ruiné son prochain avec des produits financiers douteux qu’un flic qui utilise des méthodes douteuses pour le protéger ?
Et voilà. J’ai achevé depuis quelques mois maintenant le deuxième projet d’écriture, qui était (en partie) à l’origine de la mise en sommeil de ce blog.
Je l’ai soumis aux maisons d’éditions grandes et petites de la place parisienne.
J’ai bien eu quelques réponses plutôt encourageantes. Mais des réponses négatives quand même. C’est aussi rageant qu’avec une fille qui explique à un mec qu’elle le trouve très sympa tout en lui mettant un râteau. Et j’ai surtout eu beaucoup de réponses convenues (et négatives aussi !). Il faudra peut-être un jour que j’arrive à renoncer à cette lubie.
Le pitch en quelques mots :
Après une enfance modeste sous le soleil de Cannes, Zora débute comme assistante dans la filiale à Paris d’une banque privée suisse. Elle prend assez vite conscience du fossé qui la sépare des traders et gérants, dont les bonus se comptent en centaines de milliers d'euros et désespère de profiter un jour du luxe qui s'étale partout autour d'elle. Jusqu'au jour où elle rencontre fortuitement une ancienne collègue devenue escort-girl…

Copyright Guido Argentini
Bon, il faut l’avouer, c’est assez orienté sexe. Non pas parce que le sexe fait parler et donc vendre.
Mais d’abord parce que le sexe reste un moteur fondamental de l’action ou plutôt de la pulsion humaine, et plus particulièrement masculine (l’actualité récente, aussi peu confirmée ou infirmée soit-elle à cette heure, est là pour nous le rappeler).
Et dans le contexte d’excès financiers de la dernière décennie, qui a vu le secteur bancaire se transformer en casino géant et des traders d’à peine trente ans empocher des bonus à plusieurs millions d’euros, j’ai été frappé par l’emprise croissante du sexe et de son commerce, avec notamment la prolifération des escort-girls sur Internet.

Copyright Uwe Ommer
Ces années d’argent facile, de sexe omniprésent et de dictature du consumérisme m’ont inspiré l’histoire de l’ascension professionnelle et sociale d’une jeune femme, qui cherche dans une activité parallèle d’escort-girl à gagner l’argent qui s’étale partout autour d’elle sans qu’elle puisse y prétendre par son travail de simple assistante.
Il ne s’agit pas de porter un jugement moral ou de se livrer à un plaidoyer pro ou anti-prostitution, mais plutôt de s’interroger sur les perspectives qu’offrent notre société et le monde du travail à tous ceux qui ne font pas partie des happy few de la globalisation financière.
Une interrogation qui prendra sans nul doute une place centrale dans la campagne présidentielle de ces prochains mois.
Avec ou sans Dominique Strauss-Kahn…
C’était il y a un an, dans ces colonnes comme on dit dans les journaux. A l’occasion de la nouvelle année et de l’exercice traditionnel et un peu convenu des vœux, je me demandais si le risque souverain ne constituerait pas la principale préoccupation de l’année 2010. Finalement, cela risque fort d’être celle aussi de 2011. Et des années suivantes…
Alors après la Grèce et l’Irlande, à qui le tour ? Le Portugal, l’Espagne, voire l’Italie ou la France ?
A en croire les statistiques de ce blog, où "Sortir de l’euro" et "Faillite de la France" sont devenus les termes de recherche les plus fréquents ces dernières semaines, nombreux sont ceux qui sont curieux (ou qui s’inquiètent…) des conséquences d’une sortie de l’euro ou d’une faillite du pays.
En cette période où les Etats les moins solides financièrement se font malmener sur les marchés financiers, comment peut-on résumer les perspectives envisageables à l’intention de ceux qui ont choisi de ne pas s’infliger la lecture quotidienne des Echos ?
Schématiquement, trois cas de figure apparaissent possibles :
1/ L’Allemagne sort de l’euro
Bah oui. Parce que s’il y a bien un pays qui pourrait avoir un intérêt objectif à sortir de l’euro, ce n’est pas la Grèce ou l’Irlande. Mais c’est bien l’Allemagne. Pour ne plus avoir à financer les fonds de stabilité en tous genres destinés à sauver les mauvais élèves de la zone euro.
Heureusement, car on ne serait quand même pas bien, ce n’est pas le scenario le plus probable. Mais on ne peut pas totalement l’écarter non plus.
2/ Le retour au calme et la disette au long cours
C’est ce que certains commencent à appeler le "chemin de croix" :
Les craintes s’apaisent sur les marchés financiers, les Etats de la zone euro restent avec leurs montagnes de déficits et de dettes publiques. Les mesures d’austérité budgétaire devenues incontournables pour résorber cette montagne de dettes et conserver un minimum de confiance des marchés financiers plombent la reprise. La croissance économique reste anémique, le pouvoir d’achat stagne, le chômage augmente, les inégalités se creusent encore.
Ce scenario de mort lente a aujourd’hui toutes les chances de se réaliser du fait du refus farouche des gouvernements et des autorités européennes d’éviter un défaut ou une restructuration de la dette d’un pays de la zone euro au prétexte que ce serait signer la mort de l’euro (et au motif du risque de faillite systémique des banques porteuses d’obligations souveraines).
A terme, c’est évidemment la porte ouverte à toutes les aventures politiques, que ce soit dans les urnes ou dans la rue. Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon à l’Elysée en 2017 ? Olivier Besancenot porté au pouvoir par la rue ?
Ce cas de figure pourrait se présenter dans d’autres pays à plus court terme : sous la pression d’une opinion publique aveuglée par les mirages d’une sortie de l’euro, le gouvernement d’un des pays de la zone euro pourrait décider d’en sortir de sa propre initiative.
Hormis pour les pays vertueux comme l’Allemagne, un pays qui sortirait de l’euro verrait sa monnaie d’origine immédiatement attaquée sur les marchés et se dévaluer rapidement par rapport à l’euro et aux autres devises.
Si sa dette publique reste libellée en euros, ce pays se condamnerait à des efforts financiers encore plus lourds que sur le chemin de croix évoqué précédemment du simple fait de la perte de valeur de sa monnaie (et malgré le supplément de croissance procuré par une devise plus compétitive). Avec le risque de faire défaut à plus ou moins longue échéance…
Et si la dette publique est convertie autoritairement dans la monnaie d’origine, ce sont les détenteurs de ses titres de dettes qui verraient la valeur de leurs avoirs fondre. Le pays considéré n’aurait théoriquement pas d’effort financier supplémentaire à fournir pour rembourser la dette et payer les intérêts.
Mais compte tenu de cette spoliation ouverte des détenteurs de ses emprunts d’Etat, il n’y aurait plus guère de candidats pour en acheter de nouveaux. Le pays en question se trouverait alors condamné à l’autarcie financière avec deux solutions pour l’Etat : revenir immédiatement à une situation d’excédent budgétaire pour ne plus avoir à emprunter, ou emprunter autoritairement auprès des citoyens.
Un pays de la zone euro qui choisirait de faire défaut seul (en ne remboursant pas sa dette) risquerait de connaître le même sort que s’il sortait de l’euro en convertissant sa dette dans sa monnaie d’antan, drachme ou autre. Quoique, le pire n’est jamais sûr. Les marchés financiers pourraient lui savoir gré d’affronter la réalité en face.
3/ Seule solution : la restructuration générale des endettements publics ?
Parce qu’il faudra bien affronter cette réalité un jour ou l’autre et prendre acte que les dettes publiques sont devenues excessives, insoutenables même, en grande partie pour cause de lâcheté politique pendant trois décennies, mais aussi du fait des plans de relance budgétaire massifs mis en place à partir de 2008 pour contrer les effets de la crise financière. Une crise financière qui soldait une période d’euphorie financière qui a surtout profité aux établissements financiers et aux détenteurs de capital (actionnaires, propriétaires fonciers etc).
Les mesures prises par les pays de la zone euro pour mettre à contribution les détenteurs des dettes souveraines qui seront émises à partir de 2013 ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Si l’on ne veut pas se condamner à une décennie de vaches maigres pour le plus grand nombre avec les risques politiques que cela comporte (surtout dans un pays comme la France où privilèges et inégalités mettent suffisamment à mal la cohésion sociale), il est à craindre que la seule solution consiste à ce que les Etats concernés (des Etats-Unis à la Grèce) décident collectivement de raboter une partie de leur dette publique. Cet "haircut" comme disent les anglo-saxons pourrait se faire à hauteur des déficits publics supplémentaires générés par la crise économique et financière née en 2008.
Ce qui aurait pour effet de faire solder les comptes par les bénéficiaires de l’euphorie financière de la décennie précédente, établissements financiers et détenteurs de capital et ne serait que justice. Plutôt que de faire supporter comme actuellement à des contribuables et assurés sociaux qui n’ont rien demandé les conséquences des errements passés d’une minorité. Plutôt que de rogner sur les dépenses d’éducation, d’investissement, de recherche.
Cette restructuration des endettements publics ne peut être décidée que collectivement, au niveau de l’eurogroupe ou peut-être du G20. Elle n’est pas sans risque compte tenu de l’appauvrissement des banques et des patrimoines qu’elle implique. Et la restructuration est à double tranchant en ce qu’elle peut inciter les gouvernements à retomber dans la facilité des déficits publics et de l’endettement. C’est pourquoi elle ne pourra s’accompagner que d’engagements à l’égard des créanciers mis à contribution, sous forme notamment de règles budgétaires encadrant strictement les cas de déficit public.
Mais cette restructuration des endettements publics sous forme de décote pour les créanciers apparaît inéluctable à terme. Ce ne serait pas la solution la plus juste pour ceux des pays qui auront fait les efforts nécessaires pour rester vertueux. Mais cela ne fera pleurer personne et si cela peut éviter que l’Histoire ne bégaye, ce sera un moindre mal.
Allez bonne année 2011 quand même…
La question de la dette et du risque de faillite des Etats revenant sur le devant de la scène avec l’Irlande, et peut-être demain le Portugal ou l’Espagne, un peu de pub ne fait pas de mal.
A tous les non-initiés de la finance, qui ont envie de comprendre les mécanismes et les enjeux de la crise actuelle des dettes souveraines sans avoir à se plonger dans d’austères manuels d’économie financière, je conseille la lecture de "Ras-le-bol" (oublions ce titre racoleur choisi par l’éditeur…).
Sous la forme plus ludique du roman, "Ras-le-bol" décrit, en l’appliquant à la France, l’engrenage infernal et la tempête financière, économique et finalement sociale qui menacent les Etats suspectés d’être en mauvaise posture financière : défiance des marchés financiers (en fait des investisseurs) face à la dégradation des finances publiques, tension sur les taux d’intérêt de la dette publique, difficultés à lever de nouvelles dettes et donc à régler les dépenses (salaires et pensions de retraite des fonctionnaires notamment) etc etc...
=> Lire un résumé du roman
=> Lire les 50 premières pages
=> Commander le livre sur fnac.com
A suivre, une version revisitée de "Sortir de l'euro ?", un article qui semble avoir un franc succès depuis quelques jours...
Une troisième fois. Et à nouveau pour une durée indéterminée.
Les marchés financiers, cette sorte de Moloch sans visage constitué des milliers ou dizaines de milliers d’acteurs de l’industrie financière qui décident des investissements et des arbitrages à réaliser, se réveillent et s’inquiètent, enfin et non sans raison, des déficits publics et de l’endettement accumulé par les Etats.
Des déficits et de l’endettement accumulés depuis trente ans, que ce soit en Grèce ou en France, du fait d’une double lâcheté :
Une lâcheté face aux gestionnaires de la dépense publique, aux syndicats de la fonction publique, aux groupes de pression et aux intérêts corporatistes de toute sorte, qui ont obtenu moyens et effectifs supplémentaires, subsides et sinécures,
Une lâcheté face aux impacts largement prévisibles sur les régimes de retraite du vieillissement démographique et de l’allongement de l’espérance de vie.
Et la facilité avec laquelle nos gouvernants ont pu laisser filer les déficits publics et les financer auprès des marchés financiers par le recours à l’endettement n’était pas non plus pour les inciter à cesser de se vautrer dans leur lâcheté et le court-termisme électoral.
Des déficits et de l’endettement démultipliés ensuite par les effets de la crise financière, qui a contraint les Etats à intervenir massivement pour soutenir des économies en situation d’infarctus après la faillite de Lehman Brothers.
Après trois décennies passées à acheter sans barguigner des emprunts de n’importe quel Etat pour investir les derniers excédents des caisses de retraite et l’épargne des contrats d’assurance-vie en euros, les marchés financiers ouvrent les yeux et poussent les Etats les moins vertueux (la Grèce, le Portugal et l’Espagne aujourd’hui ; la France demain quoi qu’en dise 20minutes ?) aux mesures d’austérité que les dirigeants politiques n’ont pas eu le courage de prendre.
Mais, en faisant ainsi la preuve de leur toute-puissance, les marchés financiers ne risquent-ils pas de causer leur propre perte ?
A l’instar d’un vassal dont la richesse et la puissance susciterait l'envie de son suzerain désargenté, et aussi improbable que cela puisse paraître aujourd’hui, il n’est pas du tout inimaginable que les Etats, sous la double pression des opinions publiques (Cf. la crise sociale qui s’amorce en Grèce) et de la contrainte financière, en viennent à prendre des mesures d’exception visant entre autres à durcir la réglementation pour dompter ces marchés.
Et l’arme ultime pour un gouvernement pourrait consister à nationaliser les banques et établissements financiers. La question de l’efficacité d’une telle mesure reste posée, mais chacun sait que les passions humaines s’embarrassent rarement de rationalité.
Et il suffirait de dédommager les actionnaires des banques avec des emprunts d’Etat spécialement émis, voire des titres de rente perpétuelle au taux du livret A. Il y aurait une certaine ironie (pour ne pas dire une justice ?) à voir les actionnaires des établissements qui nous ont placés au bord du gouffre, voire y ont fait tomber quelques charrettes de salariés qui n’avaient rien demandé, devoir se satisfaire d’un intérêt annuel de 1,25 %.
N’oublions pas enfin que les pays actuellement soumis à la pression des marchés financiers sont des démocraties où se tiennent régulièrement des élections, avec toutes les (mauvaises) surprises que cela peut réserver parfois…
PS : Finalement, c’est en Grèce que j’aurais dû situer l’action de « Ras-le-Bol », le scenario y est rigoureusement identique.
Je ne résiste pas à la tentation de me faire un petit plaisir et de livrer ici un extrait de « Ras-le-Bol » (ce titre choisi par l’éditeur m’horripile toujours autant, Grrrr, et le titre original « Faillite d'Etat » aurait été bien plus adapté et moins racoleur), qui décrivait dès 2005 en l’appliquant à la France, l’engrenage infernal et la tempête financière que connaît la Grèce et que subira peut-être demain le Portugal : défiance des investisseurs face à la dégradation des finances publiques et au risque de faillite des Etats, forte tension sur les taux d’intérêt à servir sur les nouveaux emprunts à émettre, dégradation du rating par les agences de notation etc. Pour connaître la suite, lisez le roman.
« La première réplique du séisme n’a d’abord touché que le microcosme des salles de marchés des établissements financiers. Dès le lendemain de la parution de l’interview dans Paris-Match, la rumeur s’est rapidement répandue chez les différents intervenants du marché obligataire français que la note AAA de l’État français avait fait l’objet d’une controverse au sein d’une des trois agences de notation financière. Tous les gros détenteurs d’obligations du Trésor, SICAV, compagnies d’assurance, fonds de pension anglo-saxons, ont commencé à alléger leurs positions en emprunts d’État. Cela n’avait rien d’étonnant de la part de ces investisseurs sur les marchés financiers qui, tels des moutons de Panurge, ont la mauvaise habitude de surréagir à la moindre rumeur de mauvaise nouvelle. Mais cela n’était pas sans conséquence pour l’État français. Les ordres de ventes massives d’obligations d’État ont provoqué une baisse brutale des cours. Le taux de rendement des emprunts d’État, qui correspond à la fois à la rémunération exigée par les investisseurs pour acheter des obligations du Trésor et au taux d’intérêt que doit verser l’État pour emprunter sur une durée de 10 ans, évolue strictement à l’inverse des cours des obligations. Alors qu’il naviguait entre 4 et 4,5 % depuis plusieurs années, il a brutalement augmenté, passant en quelques jours de 4,4 % à presque 6 %, traduisant ainsi les craintes des investisseurs à l’égard d’une détérioration de la qualité de signature de l’État français.
Le jeudi suivant avait lieu l’adjudication hebdomadaire des emprunts d’État. Chaque semaine, l’État procède à de nouvelles émissions d’OAT, les obligations assimilables du Trésor, qui lui permettront de procéder au remboursement des lignes arrivées à échéance. Le placement de ces nouvelles obligations auprès des investisseurs est assuré par un petit nombre de banques à qui l’État a conféré le statut de Spécialiste en Valeurs du Trésor, SVT en jargon financier. Alors qu’en temps normal, la demande excédait l’offre, permettant à l’État d’emprunter à un taux qui rendait supportable un endettement de plus en plus lourd, ce jeudi-là, la demande de papier était tellement faible que les nouvelles émissions n’ont pu être placées auprès des investisseurs qu’en proposant un rendement de 6,6 %. L’État français devait maintenant emprunter à un taux 50 % plus élevé, ce qui alourdirait d’autant la charge de la dette, donc les dépenses publiques et rendait désormais vain tout espoir de retour à l’équilibre des finances publiques dans un avenir proche. »
Se poser la question d’une sortie de l’euro (de gré, ou même de force si l’on écoute Angela Merkel) et de ses avantages et inconvénients comparés est devenue furieusement tendance ces derniers temps avec les déboires financiers de la Grèce. Le sujet était abordé une nouvelle fois samedi dernier dans le cadre de Good Morning Week-end, l’émission hebdomadaire sur BFM où Fabrice Lundy commente avec quelques invités les faits marquants de l’actualité politique et économique de la semaine (une émission que je recommande vivement pour la qualité des analyses des invités et leur absence de complaisance, surtout lorsque les invités en sont Marc de Scitivaux et François Heisbourg, Cf. par exemple l’émission du 6 mars dernier sur le même sujet de la faillite des Etats - dont traite aussi ce bide littéraire qu'a été "Ras-le-bol").
Donc dans l’émission de samedi dernier (pour n’écouter que le passage sur l’euro, télécharger en podcast et écouter de la 14e à la 21e minute environ), une phrase de François Lenglet a remis en cause quelques unes des certitudes ancrées de longue date dans mon cerveau de financier. J’en profite pour revenir de façon un peu iconoclaste sur le sujet d’une sortie de l’euro.
Sur ce sujet, les échanges des invités de Fabrice Lundy opposaient en gros les passions (au sens spinozien) des peuples et les réalités financières.
A la tentation soulignée par François Lenglet d’une dévaluation en Grèce aujourd’hui et en Espagne demain, Philippe Tibi (Président d’UBS en France) opposait, non sans raison, que la Grèce se financerait alors non pas à 6 %, mais à un taux prohibitif de 15 %.
Et François Lenglet de rétorquer alors que certes, mais qu’une dévaluation rassurerait les marchés par la promesse d’une croissance future (ça, j’y crois moyen mais j’y reviendrai), et surtout que l’euro était devenu le franc CFA de l’Europe du Sud, ce qui arrange les élites locales en préservant leur pouvoir d’achat international et en leur permettant de délocaliser leur épargne à l’étranger. Un argument qui, je dois l’avouer, a fait mouche dans mon esprit.
En d’autres termes et de façon un peu schématique, les milieux aisés (cadres dirigeants, professions libérales etc), dont on sait que les revenus, que ce soit en Grèce ou en France, pâtissent assez peu de la concurrence à bas coût de la main d’œuvre chinoise, tirent plutôt avantage de l’euro et de sa vigueur, par exemple lors de leurs séjours touristiques à l’étranger.
En revanche, le salarié d’un secteur d’activité exposé à la concurrence internationale subit lui les inconvénients de la monnaie forte qu’est l’euro (de façon simplifiée, les produits fabriqués par son entreprise coûtent encore plus cher et sont donc moins compétitifs par rapport à ceux en provenance des économies émergentes, d’où un risque de délocalisation). Et comme il y a assez peu de chances que ses moyens financiers lui permettent d’aller séjourner dans un hôtel quatre étoiles à Londres ou à New-York, il ne profite guère des avantages du niveau élevé de l'euro.
Une fois énoncé cet argument (dont on se demande comment Olivier Besancenot ou Marine Le Pen n’ont pas encore pensé à l’utiliser), un pays comme la Grèce (ou la France…) aurait-il pour autant intérêt à sortir de la zone euro ?
Pas facile de reprendre de façon simple les incidences d’une sortie de l’euro. Commençons par un petit rappel sur le passage à l’euro :
Au moment du passage à l’euro, la dette publique française a été convertie de francs en euros sur la base d’un taux de conversion de 1 € = 6,55957 FRF fixé de façon certes rationnelle mais néanmoins « administrée ».
Le 4 janvier 1999, après un week-end de bascule informatique, 3 680 milliards de francs de dette publique sont devenus 561 milliards d’euros (pour ceux qui s’étonneraient de ce montant, il s’agit de la dette publique négociable de l'époque).
Mis en circulation le 1er janvier 2002 sous sa forme fiduciaire (pièces et billets dans nos porte-monnaie), l’euro a en effet été utilisé dès le 1er janvier 1999 pour la cotation des actifs financiers (actions, obligations parmi lesquelles les emprunts émis par l’Etat français).
Dans l’hypothèse où un pays déciderait de sortir de l’euro à sa propre initiative, si la France décidait par exemple de revenir au franc, deux cas de figure se présenteraient à mon sens (je n’ai rien trouvé, même sur le site de l’agence France Trésor, sur les caractéristiques contractuelles des emprunts d’Etat et donc sur une éventuelle clause quant à la devise de rembousement).
1/ La dette publique reste libellée en euros
Il est extrêmement probable, pour ne pas dire absolument certain, qu’un pays qui sortirait de l’euro pour cause de difficultés financières, verrait sa monnaie immédiatement attaquée sur les marchés et se dévaluer rapidement par rapport à l’euro et aux autres devises.
Sauf évidemment, si c’était l’Allemagne qui sortait volontairement de l’euro pour revenir au deutsche mark…. 
Donc à titre d’exemple :
Si la France décidait de revenir au franc, elle devrait continuer à supporter une dette négociable de l’Etat qui atteint aujourd'hui 1.164 milliards d’euros.
Le franc retrouvé ne se convertirait ensuite certainement plus sur la base de 1 € = 6,55957 FRF, mais plus vraisemblablement sur la base de 1 € = 10 FRF ou 1 € = 13 FRF par exemple.
L’Etat se trouverait donc contraint d’acheter des euros avec un franc dévalué et le remboursement de la dette et le paiement des intérêts lui coûterait 50 % plus cher (cas de 1 € = 10 FRF) ou deux fois plus cher (1 € = 13 FRF).
La dette de 1.164 milliards d’euros serait donc devenue 50 % ou 2 fois plus élevée.
Sans parler des taux à servir sur les nouveaux emprunts émis qui ne serait plus de 3,5 % comme actuellement (taux de l’OAT à 10 ans), mais de 8, 10 ou 15 %.
2/ La dette publique est convertie autoritairement dans la monnaie d’origine
Toujours dans l’hypothèse où la France décidait unilatéralement de revenir au franc, l’autre alternative consisterait à convertir les 1.164 milliards d’euros de dette publique. Sur la base du taux de conversion de 1 € = 6,55957 FRF (par hypothèse), cela serait théoriquement neutre pour les détenteurs d’emprunts d’Etat français.
Théoriquement seulement.
Car il ne fait pas de doute que le franc se trouverait dévalué face à l’euro dans les jours ou les semaines qui suivent. Et si le taux de change était par exemple de 1 € = 10 FRF, les détenteurs d’emprunts d’Etat verraient la valeur de leurs avoirs amputés d’un tiers.
Dans un tel cas de figure, la France (ou tout autre pays) n’aurait pas d’effort financier supplémentaire à fournir pour rembourser la dette et payer les intérêts.
En revanche, compte tenu de cette spoliation ouverte des investisseurs, il n’y aurait plus guère de candidats pour acheter des nouveaux emprunts d’Etat. La France se trouverait condamnée à l’autarcie financière avec deux solutions pour l’Etat : revenir immédiatement à une situation d’excédent budgétaire pour ne plus avoir à emprunter, ou emprunter autoritairement auprès des citoyens.
Bien sûr, tout cela est très simplificateur. Il conviendrait de tenir compte de multiples facteurs, les possibilités d'intervention du FMI etc. Il n'empêche, dans les deux cas, il me semble que les inconvénients d’une sortie de l’euro l’emporteraient largement sur les avantages du supplément de croissance qui pourrait être espéré d’une devise plus compétitive.
Que faire alors dans le cadre de la zone euro ?
La baisse de l’euro constatée depuis plusieurs semaines pourrait si elle se poursuit redonner de la compétitivité à l’exportation aux pays d’Europe du Sud.
En ce qui concerne la valeur interne de l’euro (niveau général des prix au sein de la zone euro), un peu plus d’inflation (qui n’est pas autre chose qu’une spoliation larvée des détenteurs d’emprunt d’Etat) pourrait être tentant (sans même s’inquiéter du risque pour la Grèce de finir comme le Zimbabwé et ses milliards de % d’inflation).
Le principal obstacle à un effacement partiel des dettes publiques par le biais de l’inflation me semble résider dans le contexte de mondialisation et de concurrence des économies émergentes qui fait que les salaires ne progresseraient pas ou peu (contrairement aux années soixante-dix où les baby-boomers ont profité de salaires indexés sur une inflation à deux chiffres). Le mécontentement social risquerait de prendre rapidement des proportions incontrôlables.
Après, il reste la guerre. Fort heureusement, on en est loin. Encore qu’à voir la tournure que prennent les manifestations d’humeurs des opinions publiques allemande et grecque, on puisse s’interroger sur fondamentaux de la nature humaine.
PS : A lire aussi sur le sujet des dettes publiques des pays de la zone euro, le point de vue de Nouriel Roubini dans les Echos du 22 mars 2010.
Soirée électorale indigente sur TF1 avec Laurence Ferrrari uniquement préoccupée de questions de personnes (« Faut-il un remaniement ? », « François Fillon doit-il démissionner ? », « Un changement de gouvernement ? »), qui donne l'impression de piger pour Gala.
A quoi bon souligner que le succès de la gauche (relatif avec plus de 50 % d’abstention) fait le jeu de Martine Aubry, et donc de Nicolas Sarkozy pour 2012, qui peut espérer que cela réduit d’autant les chances de come-back de Dominique Strauss-Kahn ?
A quoi bon se demander ce que le chômeur de longue durée ou le salarié licencié pour cause de crise économique mondiale ont pensé des discours convenus des représentants des partis politiques sur le plateau de la première chaîne d’information ?
Bon allez, je zappe pour « Coup de foudre à Notting Hill » sur W9. Au moins, c’est frais et plein d’espoir.
Dans un récent numéro du Point (n° 1949 du 21 janvier 2010), ramassé dans le RER (habitude de papivore dont se gaussent mes enfants), je lisais il y a quelques jours la chronique de Patrick Besson où il formulait, de façon délicieusement drôle, ses « Conseils à Miss France » au cas où elle serait amenée à faire un stage dans les services du Point.
Quand soudain je tombe sur cette phrase : « Pas trop d’indignation, arme facile qui finit par peser lourd au bout du stylo. »
Voilà que, tout à coup, un malaise me saisit, le doute m’envahit, la honte me pétrifie. Car que sont ce blog et « Ras-le-bol », si ce ne sont des blocs d’indignation ? De l’indignation brute, à vif, de l’indignation bénévole, désintéressée, peut-être d’origine névrotique, mais de l’indignation quand même.
Et de me sentir jugé, condamné et cloué au pilori par cette phrase d’une figure en vue de la vie éditoriale et littéraire française. Et même prêt à m’autoflageller, me disant tout à coup que « oui, c’est vrai, l’indignation c’est facile, ça n’apporte rien etc ».
Les heures et les jours aidant, et comme il m’arrive de réagir en escalier, j’en arrive finalement à la conclusion que Patrick Besson se place dans une posture d’intellectuel éditorialiste, une posture sans doute inévitable dans sa situation, mais une posture quand même. Ce qui n’enlève rien à son talent et surtout à l’esprit dont il fait preuve dans ses chroniques.
Même si « l’indignation est le déplaisir que nous cause l'idée du succès de celui que nous en jugeons indigne » (Stendhal), même si elle s’exprime toujours au risque de la facilité, l’indignation ne reste-t-elle pas indispensable, et même légitime, en ces temps où le double salaire d’Henri Proglio et les bonus bancaires à plusieurs zéros disputent les feux de l’actualité économique aux faillites et aux plans de licenciement ?
Et qu’étaient Beaumarchais ou Mirbeau (mes deux modèles, sans conteste plus doués que moi) sinon des champions de l’indignation ?
Allez, je m’en retourne à mon projet de second roman. Je vais essayer d’y mettre plus de sexe et moins d’indignation. Ça m’aidera peut-être à trouver un éditeur quand il sera terminé.