| « Un sujet qui devient dans l'air du temps ? | Grosse fatigue » |
Même si c’était il y a 10 jours (je sais, c’est déjà une éternité dans les médias traditionnels, alors dans la blogosphère…), je tiens à revenir sur la baisse du chômage annoncée la semaine dernière pour le mois de septembre (30.000 chômeurs de moins, un taux de chômage ramené à 8,8 % de la population active). Travers on ne peut plus banal de notre République médiatique et sondagière : les membres du gouvernement se sont évidemment bousculés dans les médias pour se prévaloir de cette bonne nouvelle sur le front économique. Sans nuance et sans précaution. Comme ils l’avaient déjà fait lorsqu’avait été annoncée une croissance économique de 1,2 % au deuxième trimestre (il y aura en revanche sans doute moins de candidats pour disserter sur la croissance nulle annoncée hier pour le troisième trimestre…).
Donc le chômage continue de baisser et il faut se réjouir de cette nouvelle. Mais avec prudence et en y apportant quelques nuances. D’abord parce que le taux de chômage reste à un niveau particulièrement élevé, qui continue à en faire une menace pour de nombreux salariés (sans aller, comme Jacques Marseille dans Le Point, jusqu’à évoquer un taux de chômage réel de 20 %). Ensuite, parce qu’une partie non négligeable des emplois créés relève d’emplois aidés ou précaires et qu’une partie de la baisse du nombre de chômeurs tient à des explications démographiques (moins d’entrées et plus de sorties sur le marché du travail). Enfin et surtout, parce qu’il n’importe pas seulement de (re)trouver un emploi, mais de le (re)trouver à un niveau de salaire satisfaisant. Il serait quand même temps que nos hommes politiques et journalistes réussissent enfin à avoir une vision un peu globale en articulant les statistiques du chômage, mais aussi celle des salaires et de l’évolution des prix. Le même jour, on apprenait, sans que personne fasse le lien, que la hausse des prix subie par les jeunes de 16 à 30 ans ou par les Parisiens était largement supérieure à l’inflation officielle (notamment en matière de logement, qui absorbe 25 % de leurs revenus contre 17 % pour l’ensemble de la population). Quant aux salaires d’embauche à l’entrée sur le marché du travail, ils n’ont pas augmenté depuis l’époque où j’ai commencé à travailler (1993), quand, dans le même temps, le coût de la vie a augmenté officiellement de 25 % et les prix de l’immobilier ont été multipliés par deux.
Il ne s’agit donc pas de faire la fine bouche ou de jouer les esprits chagrins, mais simplement de se demander si, avec cette baisse du chômage, notre économie s’est (re)mise à créer des emplois qualifiés, qui contribueront à enclencher un cercle vertueux consommation => croissance => investissement => plein emploi, ou si le système ne fait que recruter un peu plus de travailleurs pauvres, qui seront autant de frustrés à se défouler par un vote protestataire au premier tour de l’élection présidentielle. Dans le second cas, le gouvernement joue un jeu dangereux à se féliciter sans nuance du recul du chômage.