| « Mercredi 28 février 2007 | On ne peut pas plaire à tout le monde » |
Alors que la question du chiffrage et du financement des promesses des candidats prend (enfin et pour une fois) toute l’importance qu’elle doit avoir dans la campagne présidentielle, le rapport consacré par le Conseil des Prélèvements Obligatoires à la fraude à ces mêmes prélèvements et dévoilé par les Echos hier, pourrait donner aux candidats de nouvelles pistes de réflexion pour trouver les sous dont ils auront besoin.
Faire diminuer la fraude aux impôts et aux cotisations sociales, voilà en effet un moyen de trouver des sous qui ne devrait mécontenter personne. Ni les syndicats de salariés, ni les représentants patronaux. Ni les fonctionnaires, ni les salariés déclarés. Ni à gauche, ni à droite. Ni les libéraux, ni les antilibéraux. Les seuls qui pourraient bien râler, ce sont les employeurs qui fraudent, les salariés non déclarés quand ils le sont par choix (parce qu’ils sont en situation irrégulière, ont déjà un emploi déclaré ou veulent éviter l’impôt sur le revenu), et … les fonctionnaires en charge de la lutte contre cette fraude.
Parce que pour faire rentrer les sous, il va bien falloir changer de méthodes. Ne plus se contenter de contrôles comptables et de croisements de fichiers, mais renforcer les contrôles physiques sur place : sur les chantiers du bâtiment, dans la restauration et l’hôtellerie, sur les marchés (pas les marchés financiers mais les marchés où on fait ses courses). Quitte à faire des démonstrations de force les premiers temps en mobilisant une escouade d’inspecteurs du travail accompagnés de forces de l’ordre.
Au risque de me faire un peu (beaucoup ?) populiste et démago, chacun a des exemples autour de soi. Pour moi, c’est d’abord chaque samedi matin lorsque j’achète mes fruits et légumes de la semaine et que je suis servi par un salarié de la RATP. Très sympathique au demeurant. Mais qui ne doit certainement pas être déclaré par son patron. Cela ne me dérange pas que ce garçon veuille gagner plus en travaillant le samedi et le dimanche, mais que cela se fasse sans préjudice pour la collectivité. Et je n’ai encore jamais vu une cohorte d’inspecteur du travail venir faire un contrôle-surprise sur le marché un samedi matin. Ce sont aussi, chaque fois que je recrute une "nounou sortie d’école" pour s’occuper de nos trois enfants en fin de journée, toutes ces candidates qui ne donnent pas suite dès lors que je leur annonce qu’il s’agit d’un emploi déclaré.
On contrôle bien les salariés en arrêt-maladie ou les chômeurs bénéficiaires d’indemnités. Pourquoi n’arriverait-on pas à le faire pour le travail au noir ? La prétendue difficulté des contrôles me semble plus relever d’une question de méthode et d’insuffisance des effectifs (pour une fois qu’il n’y a pas assez de fonctionnaires…). Il y a certes le risque d’un léger effet récessif à diminuer le volume de l’économie souterraine, mais à la clé, il y a autant de milliards d’euros que nous avons de déficit budgétaire.