Dans un récent numéro du Point (n° 1949 du 21 janvier 2010), ramassé dans le RER (habitude de papivore dont se gaussent mes enfants), je lisais il y a quelques jours la chronique de Patrick Besson où il formulait, de façon délicieusement drôle, ses « Conseils à Miss France » au cas où elle serait amenée à faire un stage dans les services du Point.
Quand soudain je tombe sur cette phrase : « Pas trop d’indignation, arme facile qui finit par peser lourd au bout du stylo. »
Voilà que, tout à coup, un malaise me saisit, le doute m’envahit, la honte me pétrifie. Car que sont ce blog et « Ras-le-bol », si ce ne sont des blocs d’indignation ? De l’indignation brute, à vif, de l’indignation bénévole, désintéressée, peut-être d’origine névrotique, mais de l’indignation quand même.
Et de me sentir jugé, condamné et cloué au pilori par cette phrase d’une figure en vue de la vie éditoriale et littéraire française. Et même prêt à m’autoflageller, me disant tout à coup que « oui, c’est vrai, l’indignation c’est facile, ça n’apporte rien etc ».
Les heures et les jours aidant, et comme il m’arrive de réagir en escalier, j’en arrive finalement à la conclusion que Patrick Besson se place dans une posture d’intellectuel éditorialiste, une posture sans doute inévitable dans sa situation, mais une posture quand même. Ce qui n’enlève rien à son talent et surtout à l’esprit dont il fait preuve dans ses chroniques.
Même si « l’indignation est le déplaisir que nous cause l'idée du succès de celui que nous en jugeons indigne » (Stendhal), même si elle s’exprime toujours au risque de la facilité, l’indignation ne reste-t-elle pas indispensable, et même légitime, en ces temps où le double salaire d’Henri Proglio et les bonus bancaires à plusieurs zéros disputent les feux de l’actualité économique aux faillites et aux plans de licenciement ?
Et qu’étaient Beaumarchais ou Mirbeau (mes deux modèles, sans conteste plus doués que moi) sinon des champions de l’indignation ?
Allez, je m’en retourne à mon projet de second roman. Je vais essayer d’y mettre plus de sexe et moins d’indignation. Ça m’aidera peut-être à trouver un éditeur quand il sera terminé.
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Clash Xavier Bertrand
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Profitant de son indéniable aisance médiatique, Xavier Bertrand s’est fait plaisir en humiliant Nicolas Totet, un journaliste du Courrier Picard, qui serait bien inspiré de se faire offrir une formation d’art oratoire par son employeur.
Je ne maîtrise pas les arcanes et les dessous de la vie politique saint-quentinoise (il semblerait que, des deux canards locaux, le Courrier Picard ne soit pas le plus favorable à la majorité municipale) et il y a peut-être entre ces deux hommes matière à règlement de comptes.
Mais on n’a jamais vu un gentleman régler ses comptes sur un terrain où la supériorité lui est acquise.
Encore l’aurait-il fait sous le coup d’une vraie colère. Mais à son ton posé et à son sourire satisfait de voir se décomposer en direct ce journaliste, on subodore vite que la correction était préméditée.
Surtout, Xavier Bertrand s’est trompé d’époque.
Maintenant que des banquiers et des traders assoiffés de bonus à plusieurs zéros ont failli faire sauter la planète économique, les valeurs en hausse sont la simplicité, la modestie, la courtoisie et la gentillesse.
Oh, bien sûr, ce n’est qu’une mode qui ne résistera pas longtemps aux penchants naturels de l’être humain, à un taux de chômage de 10 % et à l’appât du gain.
Et puis, tout le monde aura oublié cette arrogance d’anthologie en 2017 ou 2022. Xavier Bertrand n’a guère de souci à se faire.
Mais quand même.
On se doute bien que pour être arrivé là où il est, qui plus est en si peu de temps, Xavier Bertrand n’est pas un Bisounours. Je ne suis pas certain pour autant qu’il gagne quelque chose à étaler ainsi le fonds de son âme.
Au risque de la versatilité, je me ravise finalement pour un nouveau dernier billet.
D’abord pour me livrer à l’exercice des vœux, habituel en ce début d’année, et surtout pour vous confier quelques réflexions, qui me sont venues à l’esprit pendant les congés pris à l’occasion des fêtes de fin d’année, sur ce que nous promet 2010.
Cette volte-face ne m’affecte guère. Il y a quelques mois maintenant que j’ai renoncé à tout espoir de cohésion éditoriale sur ce blog. Depuis que je ne l’alimente plus régulièrement faute de temps, il connaît le sort de toutes les jachères. Il appartient désormais aux friches numériques, aux vestiges d’Internet. Le souci, c’est que ces vestiges numériques, contrairement à leurs homologues antiques, commencent à être tellement nombreux qu’ils doivent perdre de leur intérêt.
Je post-daterai donc le précédent billet annonçant un nouvel entracte pour une durée indéterminée après avoir laissé vivre quelques jours ce nouvel avatar, et le tour sera joué.
Donc :
1/ Je vous souhaite, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une année 2010 très heureuse. Je vous souhaite surtout que cette nouvelle année vous voie en bonne santé. Portez-vous bien, c’est largement suffisant, le reste suivra pour ceux qui veulent s’en donner la peine.
NB : Je suis conscient que cette dernière remarque peut avoir des relents un peu libéraux aux yeux de certains, mais je l’assume pleinement. Même si je considère que les inégalités se creusent de façon excessive et inconsidérée depuis trois décennies, au risque de mettre en péril un jour notre vie en commun, et qu’il est nécessaire de corriger ces inégalités (thème rabâché encore récemment ici), je reste aussi convaincu de la suprématie de l’économie de marché et du mérite individuel. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ou qui se couchent tard (ou qui ont des insomnies…), en tout cas à ceux qui sacrifient une partie de leur sommeil à leur travail.
2/ Alors, à quoi peut-on s’attendre en 2010 ?
Outre une sortie de crise laborieuse, pour cause d’une part d’effet-retard en termes d’emploi (qui continuera à pâtir de la crise alors que les indices boursiers, CAC 40 en tête, sont à la fête depuis mars dernier grâce à l’abondance de liquidités mises à disposition des croupiers bancaires par les banques centrales) et d’autre part de capacités de production irrémédiablement perdues (sujet déjà évoqué ici), la principale préoccupation pour 2010 concerne à mon avis le risque souverain, i.e. la possibilité pour les Etats de continuer à lever des milliards d’euros (ou de dollars) auprès des investisseurs pour financer des déficits massifs, décuplés par la crise financière et les plans de relance pour en sortir.
2010 sera-t-elle l’année où des Etats feront faillite ? On pense évidemment aux désormais fameux « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce, Spain), mais à voir la situation financière de plusieurs Etats des Etats-Unis, on peut se demander si le risque reste vraiment circonscrit aux pays « Club Med » de l’Union Monétaire Européenne.
« On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire », la citation de Céline (il ne s'est pas toujours fourvoyé) qui sert de based-line à ce blog, sera-t-elle l’antienne de l’année 2010 ?
Avant de figurer en tête de ce blog, cette citation se trouve surtout en exergue de « Ras-le-bol », roman qui, rappelons-le, imaginait en France ce qui se passe actuellement en Grèce : une dégradation du rating de la dette de l’Etat entraîne des difficultés de financement et une hausse du coût de la dette ; cette détérioration des conditions de financement force le gouvernement à prendre des mesures impopulaires, notamment en termes de réduction des dépenses publiques, ce qui a pour effet de jeter la population dans la rue.
Et encore, ça, c’était en 2005, quand on ne parlait pas encore trop des bonus des traders. Alors maintenant, vous imaginez : si le gouvernement, acculé à la rigueur financière sous la pression des marchés financiers, vient expliquer un jour à des millions de salariés et de fonctionnaires qu’il n’a pas d’autre choix que d’augmenter les impôts et de couper dans les dépenses et qu’ils vont devoir se serrer la ceinture, alors que quelques milliers de traders se seront partagés des dizaines de milliards d’euros de bonus grâce à l’excellent cru 2009 sur les marchés financiers, c’est l’émeute assurée.
Pour mémoire, la dernière fois que la dette publique a atteint des sommets en France en temps de paix, c’était en …1788 ! Et à l’époque, c’est pour trouver une solution et sortir de cette montagne de dettes qu’ont été convoqués les Etats Généraux. Avec les suites que tout le monde connaît, qui ont conduit en 1797 à l'annulation des deux tiers de la dette publique.
PS : Je viens de réaliser que le 1er et le 8 mai tombaient un samedi cette année. Un mois de mai sans ponts et sans week-ends prolongés dans un contexte de sujets qui fâchent, du genre réforme des régimes de retraites et plan de rigueur budgétaire, c’est la porte ouverte à toutes les aventures. Il ne manquerait plus qu’il fasse beau temps.
Pour ceux qui auraient décidé de se faire vacciner contre la grippe A / H1N1 (je ne ferai pas de prosélytisme dans un sens ou dans l’autre, chacun doit décider en son âme et conscience me semble-t-il), on peut d’ores et déjà prévoir une rupture d’égalité dans l’accès au vaccin selon que l’on réside à Paris ou ailleurs.
A titre d’exemple, voici une comparaison des horaires d’ouverture des centres de vaccination mis en place par le gouvernement à Paris et dans les Hauts-de-Seine (mais on peut multiplier les exemples en cliquant sur la carte de France).
Selon les chiffres de l’Insee, les Hauts-de-Seine sont le quatrième département le plus peuplé de France (plus de 1,5 millions d’habitants) après Paris (2.181.371 habitants), les Bouches-du-Rhône et le Rhône.
Les horaires d’ouverture des centres de vaccination pour le mois de novembre dans les Hauts-de-Seine sont les suivants :
- jeudi 12 novembre de 15 h à 17 h 30
- Vendredi 13 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 14 novembre de 10 h à 12 h 30
- Vendredi 20 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 21 novembre de 10 h à 12 h 30
- Vendredi 27 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 28 novembre de 10 h à 12 h 30
Soit pour 36 centres, un total d’heures d’ouverture de 26,5 heures x 36 centres = 954 heures sur le mois de novembre.
Pour les habitants de Paris (on ne peut se faire vacciner que dans sa commune de résidence), les horaires d’ouverture des centres de vaccination pour le mois de novembre sont les suivants
- jeudi 12 novembre de 12h00 à 19h30
- vendredi 13 novembre de 11h à 19h30
- samedi 14 novembre de 13h30 à 16h30
- à compter du lundi 16 novembre : les lundis de 12h15 à 19h30, du mardi au vendredi de 8h15 à 19h30 et les samedis de 10h00 à 13h00
Soit pour 12 centres, un total d’heures d’ouverture de 136,75 heures x 12 centres = 1.641 heures.
En d’autres termes, avec une population inférieure de seulement 30 %, les Hauts-de-Seine ont droit à des centres de vaccination ouverts à 42 % moins longtemps. Sans parler de l’incommodité des horaires.
En sachant que cela commence à être la cohue en ce début de semaine dans les centres de vaccination parisiens maintenant que la petite phrase lâchée par Roselyne Bachelot («Des gens vont mourir parce qu'ils ne seront pas vaccinés.») fait son effet, les centres de vaccination des Hauts-de-Seine (et d’ailleurs), qui ne seront désormais ouverts que vendredi après-midi et samedi matin prochains risquent fort d’être pris d’assaut. Brice Hortefeux peut prévoir d’y dépêcher quelques CRS pour éviter des bousculades prévisibles.

Je ne résiste pas au plaisir de relayer la dernière campagne d’affichage de la Sécurité Routière. (extra, non ? Je n’ai pas regardé quelle agence a eu une telle idée, mais cela mériterait un prix). D’autant que c’est pour une bonne cause (meilleure en tout cas à mon sens que la publicité présidentielle et gouvernementale, dernière invention en date de notre Président).
Même si je ne suis pas convaincu que l’appel à la responsabilité de tous, même appuyé par des affiches et des clips extrêmement marquants, sera suffisant. Je ne suis pas sûr en effet qu’une partie de la population (masculine) ait une conscience suffisante pour y être sensible. Je me rends bien compte de ce que de tels propos peuvent avoir de politiquement incorrects, mais à force d’observer et d’écouter mes congénères dans la rue, dans les transports, en voiture etc, j’ai une vision de plus en plus pessimiste du caractère perfectible de la nature humaine et je me demande si je ne vire pas à une vision de la société digne de l’état de nature hobbesien, voire du Voyage au bout de la nuit célinien.
Sans aller jusqu’à mettre un policier derrière chaque Français, la peur du gendarme me semble un complément indispensable des campagnes de la Sécurité Routière, aussi efficaces puissent-elles être. Encore faudrait-il que le repérage des infractions soit efficace. Plutôt que de multiplier les contrôles radars sur les autoroutes par temps sec, je préfèrerais voir des contrôles radar dans les rues passantes de nos villes et villages, où un chauffard est plus dangereux à 80 km/h que moult conducteurs dépassant le 130 sur l’autoroute.
PS : n’oubliez d’aller acheter votre triangle de signalisation et surtout votre gilet jaune. En plus, après une telle pub, cela fera peut-être fureur cet été en boîte de nuit.
* La CGT et la CFDT ont eu gain de cause. Au détriment des salariés concernés. Comprenne qui pourra.
* Après avoir racheté les Echos, Bernard Arnault aurait-il décidé d’en inspirer les éditoriaux ?
* François Hollande a ouvert le premier blog 100 % sous-traité billets et commentaires (via Jules, l'article du dimanche 20 avril que je n'arrive pas à mettre en lien).
* Le printemps est arrivé (au moins sur le calendrier si ce n’est dans le ciel) et le guide qui va avec est en librairie…
NB : Pensez toujours à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.
Après l’enquête de 60 millions de consommateurs, qui fait apparaître des hausses de 40 à 50 % des prix de certains produits alimentaires, tout a sans doute été dit sur le sujet ou presque : que la méthodologie de l’enquête se justifie par le fait que les prix sur Internet facilitent les comparaisons par leur unicité au plan national pour chaque enseigne, qu’un supplément de prix sur Internet par rapport aux prix en magasin se justifie par le service rendu (il faudrait ajouter que la cible de clientèle est peut-être aussi plus aisée), que la hausse des prix des produits alimentaires s’explique en partie par la hausse des prix des matières premières etc.
Invité hier soir de l’émission de C à dire sur France 5 (à visionner ici, ce n’est pas long), Serge Papin, le patron de groupement Système U, que j’apprécie habituellement au demeurant pour son franc parler, dénonçait, avec sa fougue habituelle, l’enquête de 60 millions de consommateurs et les "mauvais procès" faits aux distributeurs. Pour la défense de sa profession, il mettait en avant la faiblesse des marges ("Quand on fait 100 € de chiffre d’affaire à la caisse, il nous reste 2 € précisément dans notre poche.") et citait à l’appui de son propos, l’exemple du magasin des Les Herbiers dont le dernier bilan laisserait apparaître un bénéfice de 1,30 % du chiffre d’affaire, soit 400 € de bénéfice net par salarié.
Ce qu’oublie de préciser M. Papin, c’est que, dans le cas d’adhérents de groupements de supermarchés comme Système U, Leclerc et Intermarché, cas du propriétaire du magasin des Herbiers, le seul bilan de la société d’exploitation du magasin ne veut rien dire. Il peut y avoir une société holding ayant servi au rachat qui facture des prestations de service de façon plus ou moins gonflée, diminuant d’autant le bénéfice net. Surtout, il existe dans la plupart des cas une société civile immobilière (SCI) détenue à titre personnel par le dirigeant du magasin et ayant servi à acheter les locaux du supermarché. Pour ce faire, cette SCI s'est endettée et, pour rembourser ce crédit, facture un loyer conséquent à la société d’exploitation. Enfin, ce que M. Papin passe sous silence, c’est que là où un dirigeant de supermarché gagne le plus sa vie, c’est lorsqu’il revend son magasin. Grâce à la loi Raffarin, qui limite l’ouverture de nouvelles grandes surfaces depuis 1996, le moindre supermarché à Vesoul ou à Toul se vend entre 10 et 15 millions d’euros (exploitation + murs).
Mon propos n’est pas de jeter l’opprobre sur les acteurs de la grande distribution, mais simplement de faire apparaître, que s’ils dénoncent non sans raison les aberrations de la loi Galland et le poids des prélèvements obligatoires, les Serge Papin et autres Michel-Edouard Leclerc peuvent se montrer tout aussi démagos dans leurs interventions médiatiques que nos hommes politiques lorsqu’il s’agit de défendre leur profession. Serge aurait ainsi été plus crédible à mes yeux s’il n’avait pas tenté hier soir de faire passer les dirigeants de la distribution indépendante pour des adeptes de l’économie solidaire.
Enfin, le plus risible dans cette histoire, c’est la réaction du gouvernement, qui s’en va chercher des coupables chez les industriels et les distributeurs, alors qu’il a entre ses seules mains la mère de toutes les solutions au problème du pouvoir d’achat au travers de la baisse à réaliser des prélèvements obligatoires.
Citation de Daniel Bouton en une du Monde daté du 13 février : "Nous ne sommes pas des spéculateurs". Un peu quand même, Monsieur Bouton. Ce qui ne signifie pas pour autant que vous soyez inutiles. La déclaration exacte eût été "Nous ne sommes pas des parasites". Mais bon, tout lecteur du Monde qu'il soit, le lecteur du Monde reste un citoyen en moyenne assez mal informé de tous ces mécanimes de marchés.
En très résumé, tout ce qui relève des activités dites "pour compte propre" des banques relève plus ou moins de la spéculation (moins pour le market-maker qui donne un prix en se couvrant que pour le trader). Cela n'en reste pas moins indispensable à la liquidité des marchés. Pour 25 % des opérations s'appuyant sur l'économie "réelle" (couverture d'un risque de change ou de taux d'intérêt, élaboration de produits financiers pour la gestion de trésorerie des entreprises ou l'épargne des particuliers), il faut 75 % de "spéculateurs" qui assurent l'efficience du marché. Cela ne les rend donc pas inutiles voire nuisibles.
La question est plutôt de savoir si les opérations liées à l'économie réelle représentent encore 25 % des transactions sur les marchés à terme et les dérivés ou si elles n'en représentent plus que 5 % à la liquidité assurée par 15 % des volumes, les 80 % restant constituant un vaste casino entre banques et établissements financiers...
En cette soirée de Noël, le mécréant que je suis serait bien en peine de donner une dimension religieuse à ce billet. Néanmoins, dans cette période de ripailles et de bombance, où les vitrines et les temples de la distribution de notre société de consommation dégoulinent de tentations en tous genres, je ne peux m’empêcher, sans vouloir verser dans le misérabilisme ou jouer les Roger Gicquel, d’avoir une pensée pour les SDF, RMIstes, mal-logés et autres exclus, voire même pour les simples smicards parents de famille nombreuse, pour qui les restrictions l’emportent de façon encore plus durement ressentie que le reste de l’année. Moi qui suis quand même un pur produit du système, cadre dans un groupe financier, bien inséré socialement et pas réellement dans le besoin même si j’ai du mal à ne pas être à découvert dès le 10 du mois, je me demande d’ailleurs d’où peut me venir ce sentiment presque compulsif, cette conscience trop aigue des inégalités et de l’injustice, de la misère et de la désespérance sociale et j’en viens parfois à me poser une question qui m’effraie : aurais-je le même discours et la même capacité d’indignation si j’étais patron, profession libérale ou cadre dirigeant avec une rémunération quatre à cinq fois supérieure ou bien me désintéresserais-je du sort des plus démunis ? Allez, bonnes fêtes quand même !
* Le programme de stabilité transmis par la France à Bruxelles, sorte de compte d’exploitation et de bilan prévisionnels appliqués aux finances publiques, prévoit un déficit public (Etat, collectivités locales et Sécurité Sociale) ramené à zéro en 2010 (si la croissance économique atteint 3 % à partir de 2009) ou en 2012 (si la croissance économique n’est que de 2,5 %). A voir les premiers pas de Nicolas Sarkozy en matière économique, je ne prends pas un gros risque à parier un magnum de Château Smith Haut-Lafitte que ce ne sera pas le cas.
* Un encadré dans les Echos du 6 décembre décrit les incidences des mesures d’accompagnement proposées par la SNCF dans le cadre de la réforme des régimes spéciaux de retraite :
"[…] Selon les calculs effectués par l'entreprise, un agent percevant un salaire brut mensuel de 2.073 euros et une prime de fin d'année de 1.930 euros aurait perçu, avant la réforme, une pension de 1.499 euros. En travaillant deux ans et demi de plus, sa pension atteindra 1.636 euros, soit 9,1 % de mieux. En revanche, s'il souhaite juste conserver la même retraite que précédemment, il lui faudra travailler 2 trimestres de plus. […]"
Je m’en étranglerais presque et ne sais même plus ce qu’il convient de faire. S’indigner ? Dénoncer ? Se gausser ? Renoncer ?
Vous avez parlé d’une "promesse tenue", Monsieur le Président ? Evoquer ne serait-ce qu'une réforme en demi-teinte était déjà faire preuve de beaucoup d’indulgence.
* Le Figaro publie le classement des plus grosses fortunes françaises exilées en Suisse. J’aime le civisme et le sens de l’intérêt général si poussés de nos élites économiques, sportives et artistiques, et aussi le sens de l’équité de l’administration fiscale, si prompte à s’acharner sur les contribuables restés en France et qui fait preuve d’un laxisme sans égal avec les exilés fiscaux au travers de la règle des 183 jours déjà dénoncée ici.
* Challenges fait sa couverture sur "Marx, une analyse toujours actuelle", une prescience déjà évoquée ici et qui concerne évidemment plus le diagnostics des excès du capitalisme financier que les moyens d’y remédier.