Troisième considération incongrue : malgré l’activisme (louable) dont a fait preuve notre Nicolas Sarkozy de Président en vue du G20 de Pittsburgh pour limiter les excès en matière de bonus bancaires, la question reste posée de la pertinence de la réglementation bancaire et financière actuelle.
En effet, si la présence de « spéculateurs » (intervenant dans la sphère financière indépendamment d’une quelconque activité dans la sphère réelle) est indispensable pour assurer la liquidité et l’efficience des marchés financiers, il n’est plus concevable, dans des économies dont un des fondements est la confiance, que les banques continuent de jouer au poker l’argent de leurs clients entreprises et particuliers qui n’ont rien demandé et qui doivent ensuite éponger les pertes de jeu de leur banque en tant que contribuables.
Et il est temps de se poser la question d’une stricte séparation des activités bancaires entre les activités pour compte de tiers (banque de détail et banque de financement et d’investissement pour le compte des entreprises) et les activités pour compte propre que sont le trading et l’arbitrage directionnel.
A l’instar de ce qui existait à une époque sur le Marché à Terme d’Instruments Financiers de Paris (le Matif), des Négociateurs Individuels du Parquet, les NIP, qui intervenaient pour leur compte personnel et assuraient la liquidité en se portant contrepartie sur leurs deniers propres, pourquoi ne pas réserver le trading et l’arbitrage directionnel à des établissements spécialisés dont le capital social ne pourrait être détenu que par des personnes physiques ?
Les traders et autres arbitragistes transformés en actionnaires pourraient ainsi encaisser les profits de leur activité en toute tranquillité dès lors qu’ils assument aussi les pertes éventuelles.
Par ailleurs, nombre de particuliers fortunés qui ont investi leur patrimoine dans le private equity ou dans les fonds Madoff doivent avoir envie de se refaire et pourraient trouver un intérêt à faire partie du tour de table de ces établissements.
Enfin, cela éviterait aux banques, cantonnées à leurs activités traditionnels de crédit et de services aux entreprises et aux particuliers, de reproduire leurs errements récents et de mettre une nouvelle fois en péril l’économie de la planète.
Faute de réponse appropriée évitant que la spéculation effrénée reprenne comme si rien ne s’était passé, les excès en matière de profits et de bonus bancaires continueront d’alimenter le fonds de commerce d’un Olivier Besancenot ou de tout autre extrémiste charismatique du même acabit qui réussira à attiser le ressentiment des millions de salariés qui n’ont pas profité de la bulle financière mais qui ont pâti de son éclatement.
Ce qui est bien dommage car, quels que soient l’avidité et la cupidité de quelques-uns, l’économie de marché reste, pour paraphraser Winston Churchill, le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Et celui qui a assuré la prospérité qui permet encore à beaucoup d’entre nous de s’offrir un Iphone et d’aller voir Mylène Farmer en concert.
Deuxième considération incongrue : alors que le gouvernement s’inquiète non sans raison des dégraissages en cours et à venir dans les entreprises, et de leurs impacts en termes de consommation des ménages (un des seuls moteurs de la croissance restés allumés en France), certaines répliques qui restent à venir semblent ignorées ou passées sous silence.
Il faut concéder qu’elles ne devraient pas produire les mêmes drames humains que les plans sociaux dans des bassins d’emploi mono-activité sur le déclin...
Ainsi, manifestation symptomatique des excès induits par la bulle financière des années deux mille, les galeries d’art avaient fleuri un peu partout dans les sites touristiques, d’abord sur la Côte d’Azur, puis en Dordogne et dans le Lubéron avant de gagner la Bretagne à Dinard et Saint-Briac (il s’en est même ouverte une à Saint-Jacut de la Mer, qui connaît Saint-Jacut de la Mer ?).
Il fallait bien que les monceaux de capitaux produits par la situation d’hyperliquidité mondiale trouvent à s’employer et à s’investir. Après que les prix de l’immobilier, des actions et des obligations, des matières premières eurent été poussés à la hausse de 2003 à 2008 par l’afflux de liquidités, ce fût au tour des œuvres d’art, des grands crus ou encore des droits de retransmission télévisée de voir leur prix s’envoler.
Les galeries qui arrivaient à vendre les croûtes du premier Gribouille venu, surtout quand elles étaient installées à Saint-Paul de Vence ou à Gordes, et la reconnaissance accordée à certains de ces prétendus artistes risquent fort de ne pas survivre à l’éclatement de la bulle financière.
Autre conséquence symptomatique de la transformation en vaste casino de la planète bancaire et financière et de l’argent dégoulinant : les escort-girls ont proliféré ces dernières années (trente cinq mille pages recensées par Google pour les termes de recherche « escort girl Paris » avec les guillemets) grâce à la fois à la diffusion d’Internet et aux rémunérations exorbitantes qui permettaient à certains de payer trois cents euros (presque un tiers de SMIC mensuel…) pour passer une heure avec une escort girl.
Conséquence certes moins visible que les gros 4 x 4 qui ont envahi les rues ces dernières années, sans doute parce que moins avouable...
Il ne s’agit pas ici de porter un jugement moral sur ce phénomène (la prolifération des escort girls, pas celle des 4 x 4...) Je laisse cela aux autorités bien-pensantes. Il s'agit seulement de faire le constat et l’analyse sur le strict plan économique de cette augmentation de l’offre dans le plus vieux métier du monde. Heureusement, les vicissitudes de la conjoncture économique devraient venir au secours des tenants de l’ordre moral en décourageant un certain nombre de vocations d’escort girls.
Voire. Parce qu’à voir ce que continuent de gagner les joueurs de foot, dont les salaires mirobolants ne semblent pas subir l’effet de la crise (peut-être après la prochaine attribution des droits de retransmission…) ou les bonus que s’apprêtent à encaisser de nouveau les traders et autres arbitragistes pendant que le chômage ne finit pas d’augmenter, on peut se demander si la crise a servi à quelque chose.
Réouverture temporaire de ce blog le temps de deux ou trois réflexions sur la pire crise économique et financière depuis la Grande Dépression des années 1930. Quelques observations manifestement incongrues semblent en effet ne pas (pas encore ?) avoir été faites par nos illustres experts qui s’échinent à expliquer les origines d’une crise que la plupart d’entre eux n’ont pas su prévoir.
Première considération incongrue : et si la crise financière, avec le cortège de faillites et de suppressions d’emplois qui s’en est ensuivi, n’avait finalement constitué que le coup de grâce pour des activités condamnées et maintenues en survie artificielle depuis plus de vingt ans à coup de subventions publiques et d’exonérations de charges face à la concurrence des pays émergents à bas coût de main d’œuvre ?
Car, sur la même période qui a vu General Motors frôler la liquidation, des centaines de PME disparaître et des centaines de milliers d’emplois détruits, pour beaucoup dans les industries dites traditionnelles (sidérurgie, mécanique, automobile), les ventes de netbooks, ces mini-PC avec un abonnement Internet sans fil, ont doublé, Apple a écoulé 26 millions d’Iphone et Mylène Farmer a vendu en moins de deux heures les 150.000 places d’une deuxième date de concert au Stade de France.
Tout le monde n’est donc pas concerné de la même façon par la crise. Les destructions d’emplois sont évidemment dramatiques pour ceux qui en sont les victimes. La perspective de voir les traders toucher à nouveau des bonus pharamineux en apparaît d’autant plus scandaleux (tout comme le bouclier fiscal d’ailleurs, qui évitera aux plus aisés de payer l’addition quand viendra l’heure des hausses d’impôts, faut-il le rappeler à notre Président qui s’est fait fort à propos le héraut de la légitime croisade anti-bonus ?). Comme l’a fort justement souligné Juan SOMAVIA, Directeur Général de l’Organisation Internationale du Travail, "les conséquences de la crise sont largement mutualisées, alors que les bénéfices de la croissance précédente, eux, étaient très concentrés". Il semble que les bénéfices de la reprise soient eux aussi très concentrés…
Il n’en reste pas moins que les destructions d’emplois industriels résultent aussi d’un ajustement inéluctable à la nouvelle division mondiale du travail qui voit les économies émergentes prendre le pas dans les activités industrielles traditionnelles de base tandis que les économies des pays de l’OCDE s’orientent de plus en plus vers les industries de pointe ou à forte valeur ajoutée, l’information, la communication et l’entertainment. En d’autres termes, si des entreprises (certaines des agences immobilières par exemple ?) qui ont sombré avec la récession, pourront renaître un jour de leurs cendres avec le retour de l’expansion économique, il est à craindre que les sites de productions industrielles de base qui ont dû fermer leurs portes ne les rouvrent jamais.
Il aurait peut-être été préférable, au cours des deux dernières décennies, d’investir une partie des dizaines de milliards d’euros engloutis pour mettre sous perfusion des activités condamnées à disparaître du fait de la concurrence des pays à bas coût de main d’oeuvre, dans des actions de formation lourde permettant de préparer la reconversion des salariés concernés. Et l’idée de grand emprunt pour financer des dépenses d’avenir devrait du coup sembler moins incongrue.
Vous êtes maintenant familier avec les subprime, CDO (Collateral Debt Obligation) et autres CDS (Credit Default Swaps) et et vous avez aimé ? Vous allez adorer les level three... Le level one correspond aux actifs financiers qui ont un prix de marché, i.e. une valeur de négociation. Au level two, on trouve les actifs financiers dont la valeur est fournie par un modèle mathématique sur lequel les établissements financiers sont (plus ou moins ?) d'accord. Et au level three, on trouve les actifs dont aucune valeur n'est donnée par un prix de marché ou par un modèle. Et certains établissements financiers US en ont en portefeuille pour plus que leurs fonds propres...
NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à proscrire.
Un baril de pétrole qui frôle les 100 $, un dollar qui s'enfonce un peu plus chaque face à toutes les monnaies et un euro qui vole de record en record à la hausse, une crise des subprime qui n'en finit pas de se manifester dans les comptes des banques et établissements financiers, des indices de confiance en fort recul, il suffirait de pas grand chose pour que les fortes baisses enregistrées par les marchés d'actions ces derniers jours se transforment en krach brutal.
Les livres d’histoire nous enseignent que tous les empires, quels qu’ils soient (égyptien, grec, romain, napoléonien etc) finissent par décliner (Le Monde avait consacré une "série de l’été" en 1992 au thème de la fin des empires). Les livres d’histoire qui seront publiés dans quelques siècles voire même avant, raconteront-ils quant à eux que l’empire américano-occidental, qui a dominé le monde pendant tout le XXe siècle, entama son déclin à l’orée du troisième millénaire ?
D’aucuns jugeront sans doute une telle question comme symptomatique d’un cerveau détraqué et relevant plutôt du charlatanisme d’Elisabeth Teissier. Il n’empêche, et sans qu’il me vienne l’idée de me prendre pour un nouveau Nostradamus, la question m’avait effleuré l’esprit avant l’été, mais je n’avais pas pris le temps alors d’autre chose que de noter d’en faire un éventuel sujet de billet. Il a suffi que j’assiste jeudi dernier à une conférence professionnelle organisée par une société de multigestion alternative (en gros et en décodé, une société de gestion – asset management - qui sélectionne des fonds traditionnels et des hedge funds et y répartit ses investissements de façon à en réduire la volatilité à performance équivalente) pour qu’elle revienne me tarauder.
Dans le grand bazar (au sens de lieu d’échange et de commerce) qu’est devenue l’économie mondiale, le Président de cette filiale d’un acteur de renom de la gestion identifiait trois groupes plus ou moins homogènes disposant chacun d’un avantage concurrentiel spécifique :
* un premier groupe de pays, composé des Etats-Unis, des pays d’Europe (occidentale surtout) et du Japon, qui sont encore aujourd’hui les principaux détenteurs, développeurs et pourvoyeurs de savoir-faire industriels et de technologies (médicales, informatiques etc).
* un deuxième groupe de pays disposant des réserves significatives de ressources naturelles (matières premières agricoles, énergétiques ou minières) : la Russie, le Brésil, les membres de l’OPEP.
* un troisième et dernier groupe constitué des réservoirs de main d’œuvre bon marché que sont la Chine et l’Inde, et accessoirement les pays du Maghreb et d’Asie du Sud-Est.
Surtout, il s’interrogeait sur ce qu’il qualifiait de "contrecoup de 2015", quand arriveront à maturité les centaines de milliers (millions ?) de PdD, ingénieurs et doctorants chinois et indiens capables de rivaliser avec nos meilleurs chercheurs et donc de remettre en question l’avantage concurrentiel en matière de technologies dont disposent nos économies développées.
Nous n’avons déjà pas su nous préparer ni même nous adapter, tout du moins en France, aux deux premiers chocs qu’ont été le vieillissement démographique et la concurrence de la main d’œuvre peu qualifiée et des bas salaires. Ce troisième choc, qui verra nos activités à forte valeur ajoutée, les plus créatrices de richesse, celles qui inondent ensuite le reste de nos économies, concurrencées par deux pays représentant presque la moitié de la population mondiale, pourrait bien avoir des conséquences sans précédent sur notre niveau de vie et la répartition des richesses au sein de nos sociétés développées. Ce nouveau coup de boutoir fera-t-il basculer à leur tour des bataillons de cols blancs dans la précarité ?
Cela rejoint d’ailleurs une interrogation quant à l’évolution possible du capitalisme financier, interrogation qui m’avait inspiré il y a quelques temps l’idée d’un autre roman d’anticipation économique que j’avais projeté d’intituler "No future". Un projet resté mort-né faute de temps, mais dont je vous livre quand même les quelques lignes qui en existent, aussi incomplètes et imparfaites soient-elles, en guise d’invitation à la prospective et au débat :
" Le rat s’était immobilisé et fixait Luigi de son œil rond. Il était apparu au sommet de la montagne de détritus où Luigi tentait de trouver quelques déchets de nourriture. Il semblait avoir surgi de nulle part. Toujours accroupi, sans faire de geste brusque pour ne pas l’effrayer, Luigi serra plus fort le manche du couteau de cuisine rouillé qui lui servait d’arme de chasse.
Luigi vivait dans le no man’s land de ce qui se trouvait être l’ancien territoire de la France. Les anciens pays étaient devenus autant de provinces dépendant chacune d’une Autorité Centrale, et leur territoire était désormais divisé en trois zones de vie : la "zone résidentielle", le "mittelstand" et enfin le "no man’s land". La zone résidentielle, réservée aux classes sociales supérieures, était elle-même composée de trois secteurs. En secteur A étaient autorisés à s’installer les personnes pouvant justifier auprès de l’Autorité Centrale d’un patrimoine net au moins égal à 5 millions de dollars, les cadres dirigeants de la cinquantaine de groupes financiers contrôlant l’économie mondiale et les fonctionnaires de classe alpha de l’Autorité Centrale. En secteur B résidaient les détenteurs d’un patrimoine net compris entre 1 et 5 millions de dollars, les cadres supérieurs des groupes financiers et les fonctionnaires de classe bêta. Le secteur C était habité par ceux qui possédaient un patrimoine net compris entre 100.000 et 1 million de dollars, les cadres subalternes des groupes financiers et les fonctionnaires de classe gamma. Venaient ensuite les deux autres zones de vie : le mittelstand, où trouvaient refuge les couches intermédiaires de la population, et le no man’s land, où étaient consignés tous ceux auxquels l’accès aux autres zones était interdit, ceux qu’on aurait pu qualifier d’intouchables à l’instar de la caste qui avait existé dans le sous-continent indien avant l’avènement du Gouvernement Mondial. Après attribution, la zone de vie de chaque individu était consignée dans le Fichier Central."
1/ La controverse sur la mesure du pouvoir d'achat par l'INSEE prend de l'ampleur. Enfin, serais-je tenté d'écrire... Dans la dernière livraison de 60 millions de consommateurs, l’INC se démarque de l’INSEE et de son mode de calcul (dénoncé récemment ici) de l’évolution du pouvoir d’achat des ménages. La neutralisation des effets de l'augmentation du nombre des ménages et la prise en compte de la hausse des prix de l’immobilier pour tous les ménages, et non plus pour les seuls ménages locataires comme le fait l’INSEE, donne un tout autre visage (Cf. tableaux ci-dessous) à l’évolution du pouvoir ces dernières années, sans doute bien plus proche de la réalité et donc du ressenti du "ressenti" des ménages, que la mesure qui en est faite par l’INSEE :
Source : www.60millions-mag.com

Source : www.michel-edouard-leclerc.com
En cumul de 2002 à 2006, le pouvoir d'achat des ménages a donc augmenté de 10,5 % selon l'INSEE et de seulement 2,4 % selon l'INC... Et encore s'agit-il d'une évolution moyenne. A quand le calcul par l'INC d'évolution de pouvoirs d'achat catégoriels ? Par strates de génération par exemple. Il y aurait sans doute de quoi être surpris...
2/ Xavier Darcos n'a pas tardé à réagir en réunissant dans l'urgence les représentants de la grande distribution. Et le Ministre d'annoncer à la galerie, avec moult effets, avoir obtenu une baisse des prix de 30 fournitures scolaires. Oubliant au passage qu'une majorité de familles achètent les fournitures de base dès... juillet. Mais bon. Surtout, le problème, sont-ce les prix ? Ne sont-ce pas plutôt les salaires, serrés au maximum depuis 20 ans par les entreprises pour compenser des coûts salariaux plombés par la hausse des prélèvements, puis par la mise en place des 35 heures (sauf évidemment dans les secteurs où il y a plus de postes à pourvoir que de candidats à l'embauche) ?
Son Président de patron l’a bien compris, lui qui a demandé, lors de son discours devant l’université d’été du Medef, que les entreprises se montrent bienveillantes en matière de rémunération ("Mais vous aussi vous devez jouer le jeu. Vous devez investir, vous devez respecter l'obligation de négocier sur les salaires. Vous devez faire un effort sur les salaires chaque fois que c'est possible. Le mot salaire ne doit pas être un gros mot. C'est le prix du rétablissement de la confiance avec les salariés."). Cela tient largement du vœu pieux et il faut espérer que Nicolas Sarkozy en est bien conscient. Les entreprises ne lâcheront du lest sur les salaires que le jour où les difficultés à recruter seront suffisantes pour que le rapport de force entre employeurs et salariés se trouve inversé. Et pour en arriver là, que de chemin à parcourir ! Que de mesures douloureuses et impopulaires à mettre en place ! Et à examiner le bilan des 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy, on se prend à penser, comme Marc Touati, que tout reste à faire. Un exemple : la restructuration de l’Etat et la réduction du train de vie de la sphère publique, conditions indispensables de la baisse des prélèvements qui plombent les entreprises et génèrent du chômage de masse, se sont pour l’instant perdues dans la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Peut-on trouver plus bel exemple de la pusillanimité des dirigeants politiques en matière de réduction des effectifs publics ?
3/ Pendant ce temps-là, l’Allemagne touche les premiers dividendes de ses efforts d’adaptation aux défis de la mondialisation et du vieillissement démographique. La croissance s’inscrit à 2,5 %, le chômage est annoncé au plus bas en 2008 avec un recul de 360.000 du nombre de chômeurs, les comptes publics affichent un excédent au premier semestre 2007, les dépenses de consommation sont reparties à la hausse au second trimestre malgré la hausse de 16 % à 19 % de la TVA au 1er janvier, et les excédents commerciaux s’accumulent en dépit de la hausse de l’euro. Il est vrai que l’Allemagne a fait depuis 4 ans un autre choix que la France, celui d’assainir ses finances publiques au risque du mécontentement populaire. Serions-nous si exceptionnels, nous Français, que nous pourrions nous affranchir des lois de l’économie ? Cela reste à voir…
19 octobre 1987 : dans un contexte de vive remontée en quelques mois des taux d'intérêt à long terme, l’indice Dow Jones perd 22,62 %, la plus forte baisse enregistrée en une seule séance.
Juillet 2007 : alors que les taux longs ont connu une forte hausse depuis fin avril, plusieurs rachats d’entreprises par des fonds d’investissement restent à être refinancés (acquisition de First Data pour 22 milliards de $, de TXU pour 33 milliards de $, de US Foodservice pour 7,1 milliards de $ etc).
Même si, sur les marchés financiers, les mêmes causes produisent rarement les mêmes effets, et même si mes prévisions de début d’année sont erronées (avoir raison trop tôt sur les marchés, c’est avoir tort), il y a quand même de quoi se poser des questions, entre la crise des subprimes qui a déjà poussé deux fonds de Bear Stearns à la faillite et les LBO de plus en plus gigantesques...
PS : J'aurais bien illustré mon propos par quelques graphiques dont j'ai le secret, mais depuis la montée de version, ça bugue pour télécharger des fichiers.

La profession de foi keynésienne, qui ne dit pas son nom, de l’OFCE dans son "E-book de campagne" (y figure dès l’introduction une phrase comme "L’Etat est le moyen de mettre en scène notre avenir collectif, la dette publique en est un puissant levier.") est l’occasion d’un retour sur l’alternative qui existe en matière de politique économique, entre politiques de l’offre et politiques de la demande.
Les politiques de l’offre, d’inspiration dite classique ou néo-classique, qui sont souvent présentées (de façon un peu réductrice…) comme consistant à alléger les charges pesant sur les entreprises, ont pour objectif de favoriser l’innovation et l’investissement, l’offre par l’innovation (téléphone mobile et Internet dans les années 90) créant de nouveaux besoins qui viennent augmenter la demande.
Les politiques de la demande, inspirée par la théorie keynésienne, s’attachent à favoriser l’investissement public (à l’instar des politiques de grands travaux) ou la demande ou la demande interne (consommation des ménages et/ou investissement des entreprises), dont la hausse doit ensuite avoir un effet bénéfique pour tous les acteurs de l’économie (augmentation des revenus des entreprises et des ménages).
De façon certes un peu schématique, les politiques économiques menée en France ces 10 dernières années, que ce soit par les gouvernements Jospin, Raffarin ou Villepin ont favorisé la demande, et notamment la consommation des ménages (Prime pour l’Emploi, baisse de l’impôt sur le revenu etc), devenu le principal voire le seul moteur de la croissance "douce" (selon l’expression de l’INSEE, c’est vrai que c’est moins connoté que "molle").

Les deux principaux inconvénients de ces politiques de la demande ont été d’une l’effet boule de neige qu’a connu la dette publique et d’autre part le gonflement des importations qui a transformé notre excédent commercial en un déficit de 30 milliard d’euros. En économie ouverte, la stimulation de la consommation profite en effet à tout le monde, le consommateur se soucie peu de savoir s’il achète français ou … chinois.
Mieux qu'un long discours : la progression des dépenses des ménages en produits manufacturés (en croissance de plus de 30 % entre 2000 et 2007) ...

...a plus profité aux importations (+ 45 % en volume sur la même période)...

...qu'à la production industrielle française (qui progresse elle d'à peine 3 % depuis 2000)

Au regard des piètres résultats de ces politiques orientées vers la demande, il serait peut-être temps d’accepter l’idée qu’il faut désormais expérimenter une politique de l’offre, et ce même si le fait qu’une telle politique soit prônée par les milieux patronaux ne risque pas de jouer en sa faveur aux yeux d'électeurs majoritairement rétifs à la compréhension des mécanismes économiques.

L’économie mondiale en général et l’économie française en particulier sont aujourd’hui placées dans une situation un peu particulière, dont je ne sais si elle s’est déjà produite dans le passé : les prix des actifs (actions, obligations, immobilier, matières premières) sont tous en même temps à leur plus haut historique, ou viennent en tout cas de connaître plusieurs années consécutives de hausse.
Cette situation est en grande partie liée à l’abondance de liquidités, un facteur déjà évoqué pour expliquer l’absence de réaction des marchés obligataires à la dégradation du rating de la dette publique de l’Italie par les agences de notation financière : les politiques monétaires très accommodantes menées aux Etats-Unis jusqu’en 2004 et en Europe jusqu’encore récemment, ont favorisé la création monétaire et l’accumulation de monceaux de liquidités. S’y ajoutent les excédents de change accumulés par les pays producteurs de pétrole, notamment les monarchies du Golfe et la Russie, et les puissances exportatrices émergentes comme la Chine (dont les réserves de change ont dépassé récemment la barre des 1.000 milliards de dollars).
Ces masses de capitaux cherchent à s’investir à tout prix, ce qui contribue à pousser à la hausse les prix des actifs de toute nature : immobilier, matières premières, actions et obligations.
Ce phénomène est particulièrement patent dans le cas du développement du LBO (leverage buy-out, rachat d’entreprises financé par endettement), dont certaines opérations marquent le triomphe de la plus-value à court terme sur l’investissement productif à long terme, poussant même certains, qui ont fait leur fortune de cette financiarisation de l’économie, à s’inquiéter des excès en matière d’endettement in fine dans ce genre d’opérations.
La baisse du prix du baril de pétrole constatée depuis l’été 2006 marquera-t-elle la fin de ce cycle de hausse ininterrompue et concomitante des marchés d’actifs ?

Outre qu’elle traduit un renversement des anticipations des fonds spéculatifs (les fameux "hedge funds") qui "jouent" désormais la baisse du prix des matières premières en les vendant à découvert, cette baisse du baril de pétrole a aussi pour effet de faire fondre les excédents financiers qu’encaissent les pétromonarchies et qu’elles réinvestissaient jusqu’à maintenant en Bons du Trésor américains, en emprunts d’Etat européens ou en actions et en immobilier.
Pour les seules pétromonarchies (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Koweit et Quatar), dont la production cumulée atteignaient 14,63 millions de baril/jour en décembre 2006, et qui réinvestissent la majeure partie de leurs recettes pétrolières, on peut ainsi estimer grossièrement que le manque à gagner du fait du recul de 75 à 50 $ du prix du baril s’établit en un semestre à 66 milliards de $ (14,63 Mbj x 25 $ x 180 jours). Ce sont donc autant de capitaux en moins susceptibles de s’investir et d’entretenir la hausse des marchés d’actifs en 2007.
Cette destruction de liquidités, que viennent amplifier la hausse des taux de la Fed et de la BCE et les opérations spédculatives des hedge funds, pourrait bien enclencher une réaction en chaîne : sans aller jusqu’à envisager un scénario noir de krach généralisé et nonobstant les facteurs fondamentaux spécifiques à chacun des marchés concernés, la hausse des rendements obligataires qu’impliquerait une baisse des cours des obligations pourrait se propager aux marchés d’actions (la valorisation d'une action par l'actualisation des flux de revenus futurs évolue à l'inverse des taux à long terme) et au marché immobilier (par le renchérissement du coût du crédit), freinant leur hausse, voire inversant la tendance haussière constatée ces dernières années sur ces marchés.
Une telle évolution ne serait pas sans conséquences sur le plan intérieur en France, en réduisant les marges de manoeuvre budgétaires du gouvernement issu de la prochaine élection présidentielle : d'une part, parce qu'une hausse des taux obligataires alourdirait la facture de la dette publique et d'autre part, parce qu'elle pourrait se traduire par un ralentissement de l'activité économique et donc par de moindres recettes fiscales.