Catégorie: Liberté, inégalités, rentabilité

05.11.09

Permalien 06:07:30, par Denis Email , 409 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Business as usual…?

Une citation à méditer avant une nouvelle pause pour une durée indéterminée ? :

"L’esprit de révolte fait des progrès et je m’étonne que les misérables ne brûlent pas plus souvent la cervelle aux millionnaires qu’ils rencontrent."

C’était en …1891, dans une interview donnée par Octave Mirbeau
à Jules Huret et parue dans l’Echo de Paris du 22 juin de cette année-là.

1891, c’est aussi l’année de la publication de L’Argent par Emile Zola…

C’était il y a plus d’un siècle donc, à une époque de scandales financiers en tout genre, d’affaires de corruption et de spéculation effrénée : canal de Panama, krach de l’Union Générale, scandale des décorations etc.

Les effets de la première mondialisation ?

Toute ressemblance d’évènements ultérieurs au début du troisième millénaire ne pourrait être que fortuite…

Plus d’un siècle plus tard, Michael Moore a pris le relais d’Octave Mirbeau pour dénoncer les travers du capitalisme bourgeois dans son dernier film Capitalism : A love story (dans les salles le 25 novembre), et semble y déceler le même esprit de révolte chez ses compatriotes du bas de l’échelle américaine ruinés par la créativité financière de certains banquiers.

Ces mêmes travailleurs du bas de l’échelle devraient l’avoir encore plus mauvaise à l’annonce des bonus qui seront versés au titre de 2009 aux banquiers qui ont provoqué faillites et licenciements en masse.

N’est pas Beaumarchais qui veut. Comme pour Octave Mirbeau, les dénonciations de Michael Moore risquent fort de rester lettre morte tant le système a tendance à l’emporter sur des individus résignés sur leur sort. Et les rares fois où ce n’est pas le cas, on a à faire à des cataclysmes comme en 1789 ou en 1917.

Alors qu’en sera-t-il cette fois ? Les classes moyennes et populaires avaleront-elles la très très grosse couleuvre de la privatisation des profits (sous forme de bonus, stocks-options, golden parachutes, retraites chapeau) au bénéfice d’une petite minorité et de la collectivisation des pertes et des déficits (au travers des faillites, plans sociaux, déremboursements de soins et bientôt sans doute hausse des impôts sur les ménages) mises à la charge du plus grand nombre ?

A suivre au prochain épisode…

07.06.08

Permalien 19:05:06, par Denis Email , 765 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

En attendant les loups ?

Dans un billet consacré au libéralisme (thème à la mode s’il en est en ce moment, surtout au Parti Socialiste…), un de mes camarades blogueurs, Honorgate, "[s]'autorise malgré [sa] modeste (dit-il, NdA) compréhension de ce monde, à constater que l'économie commande au politique" et se demande "qui gouverne actuellement le monde si ce n'est l'argent ?". Ces réflexions m’ont amené à ressortir du fatras de papiers qui peuplent ma sacoche, une pleine page des Echos que j’avais découpée et griffonnée de quelques annotations. Sous le titre "L’Europe va devenir supercapitaliste", Robert Reich, professeur à l’université de Berkeley et ancien ministre du Travail de Bill Clinton, y donnait une interview à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage. Il y livre sa vision (assez sombre, assez peu encourageante et que je partage largement) de l’évolution du capitalisme, et notamment de la façon dont les entreprises font de moins en moins de cas de tout ce qui peut être un obstacle (prix des fournisseurs, rémunérations des salariés lambda, impôts et charges sociales, protection de l’environnement) à la maximisation de leurs bénéfices.

Ce thème de la déviance du capitalisme, un éditorial des Echos, pourtant peu suspect de gauchisme échevelé, l’abordait encore cette semaine en se demandant qui sera le Karl Marx du XXIe siècle. Cela rejoint aussi une discussion que j’avais avec un de mes proches amis, élu récemment conseiller municipal (de gauche…) d’une ville de province et qui, de par ses compétences en matière économique et financière, se retrouve placé en première ligne dans les relations avec les entreprises. Il m’expliquait comment une entreprise ayant repris un site de production sur la ville moyennant force subventions des collectivités locales menaçait de fermer le site pour aller chercher ailleurs de nouvelles subventions et le dilemme qui s’ensuivait pour les élus locaux : céder au chantage à la délocalisation ou résister au prix de pertes d’emplois et donc de combustible pour le tissu économique local.

Pour que l’action et le pouvoir politiques ne se réduisent pas de plus en plus, dans les années à venir, au fatalisme et à la résignation face aux puissances économiques et surtout financières que sont les entreprises et les fonds d’investissement, qu’ils soient souverains ou spéculatifs, il est de plus en plus indispensable et urgent de donner une nouvelle dimension à la virtù qualité politique essentielle chère à Nicolas Machiavel (si injustement réduit à un théoricien du cynisme en politique).

Face à la fortuna de la mondialisation, opportunité autant que menace, et au pouvoir des détenteurs de capital, la seule lucidité quant à la nécessité d’agir et de prévenir les difficultés ne suffisent plus à nos Princes modernes. Et c’est là que la construction européenne pourrait (aurait déjà dû ?) prendre tout son sens et emporter l’adhésion de citoyens si défiants à son égard (non sans raison, tant cette construction communautaire peut apparaître depuis une vingtaine d’années comme ayant facilité l’émergence du capitalisme financier, que ce soit en instaurant la libre circulation des capitaux en 1990 ou au travers de la mise en place de l’euro et de l’Union Economique et Monétaire). Par exemple en limitant le dumping fiscal pratiqué par certains Etats membres (sans que pour autant, le laxisme budgétaire d’autres Etats membres – suivez mon regard – puisse s’en trouver légitimé). Ou en adoptant une imposition unique (il y a bien une monnaie unique) des rémunérations des grands patrons et des cadres dirigeants, ce qui permettrait d’éviter le chantage à la délocalisation des sièges sociaux, ainsi que des revenus du patrimoine et des plus-values en capital. Seul un front commun des gouvernements européens pourrait permettre de contrebalancer les nouveaux maîtres politiques que sont les puissances économiques et financières. On cherche pourtant vainement ce genre de préoccupation et les préconisations qui pourraient en découler dans le rapport Think Global – Act European que viennent de publier treize think tanks pour relancer la construction européenne. Avec le risque d'en arriver à chanter un jour comme l’a fait Serge Reggiani à propos d'une autre époque :

"Attirés par l'odeur du sang
Il en vint des mille et des cents
Faire carouss', liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France
Jusqu'à c'que les hommes aient retrouvé
L'amour et la fraternité.... alors
"

17.04.08

Permalien 22:09:44, par Denis Email , 247 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais pourront-ils être pardonnés ?

Bouclier fiscal : 222 millions d’euros restitués à plus de 23.000 contribuables qui, pour la plupart, n’attendaient pas après ça pour vivre

Allocations familiales : 138 millions d’euros d’économies réalisées sur le dos de dizaines de milliers de familles dont certaines sont réellement à 30 euros près dans leur budget mensuel.

Se rendent-ils bien compte, dans le 7e arrondissement, de ce que cela coûte d’élever des préados ou des ados dans un monde où tout augmente sauf les salaires ?

Que faut-il pour que ces Messieurs-Dames de la France d’en haut prennent conscience des dommages irréversibles qu’ils sont en train d’infliger à la confiance des Français dans leurs élites politiques ?

Et pourtant, je ne suis pas un grand fan de Royal, Fabius et consorts.

Ça va mal finir comme a écrit quelqu’un dont j’ai hâte de pouvoir lire l’opus !

PS : Et je ne parle même pas de l’inanité des raisons avancées par le gouvernement pour essayer de justifier cette modification des allocations familiales ("c'est à l'âge de 14 ans que les dépenses des familles augmentent"), ni de l’iniquité de la mesure de remplacement consistant à augmenter la prestation d’accueil du jeune enfant alors que les familles qui en bénéficient profitent déjà d’une réduction d’impôt qui peut atteindre 7.500 euros (je sais de quoi je parle…).

NB : Pensez à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

14.04.08

Permalien 22:16:47, par Denis Email , 300 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Autorégulation des systèmes

Les émeutes de la faim qui se sont multipliées dans les pays les plus pauvres me ramènent à une vieille idée qui me taraude de temps à autre. Convaincu que tout excès au sein d’un système finit par produire lui-même les forces qui le corrigeront et ramèneront le système à l’équilibre, selon un phénomène que l’on pourrait qualifier trivialement de retour de balancier, je pense souvent (sans pourtant aimer à le faire au cas d’espèce) que notre merveilleuse planète et notre non moins merveilleuse espèce humaine (hum…) finissent toujours produire les phénomènes qui les préserveront, quitte à ce que ce soit au prix d’un gigantesque retour en arrière permettant de repartir de zéro ou de presque rien. Je ne serais pas étonné que, dans les décennies à venir, une gigantesque épidémie qui fera passer la grippe espagnole pour de la roupie de sansonnet apporte une solution brutale et cruelle mais efficace aux problèmes de surpopulation et de pollution excessive. De même qu’aujourd’hui, la création excessive et incontrôlée au plan financier de liquidités cherchant à s’investir à tout prix pour satisfaire les exigences de rentabilité de leurs détenteurs, a fini par gonfler de façon inconsidérée les prix des matières premières de toutes sortes et a pour conséquence ultime un début de fronde des affamés du monde entier. Les rues de Port-au-Prince ne sont certes pas la Fifth Avenue ou les Champ-Elysées et les filets de protection sociale de nos économies développées continuent d’amortir les souffrances des plus défavorisés. Jusqu'à quand ?

NB : Pensez à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

20.03.08

Permalien 13:48:30, par Denis Email , 1460 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité, Chez les libraires

Gladiator au pays des LBO et des hedge funds

"Etant les ignorants, ils sont les incléments,
Hélas combien de temps faudra-t-il vous redire
A vous tous que c’est à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité !
D’une tutelle avare, on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin.
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe,
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte.
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
"

Dans le droit fil de ces vers inspirés à Victor Hugo en juin 1871 par les Communards (à ne pas confondre avec le groupe homonyme fondé par Jimmy Sommerville quand je n'étais encore qu'un ado), le dernier roman de Gérard Mordillat, "Notre part des ténèbres", paru chez Calmann-Levy, est à la fois un thriller haletant, qui n’a rien à envier aux romans de Tom Clancy ou de Frederic Forsyth, et une critique féroce des dérives et des excès du capitalisme financier et médiatique.

Un roman d’action qui vous tient jusqu’à la dernière page

Anciens salariés de l’entreprise Mondial Laser, Gary et une poignée de salariés aux noms improbables (une manie de Mordillat déjà notable dans "Les vivants et les morts") organisent le détournement d’un paquebot de luxe. A bord sont rassemblés pour fêter le Nouvel An et une année de bénéfice record, les actionnaires du fond d’investissement qui, après une opération de LBO sur Mondial Laser, a organisé son dépeçage et le transfert de sa technologie et des ses contrats au profit d’un concurrent indien, laissant des centaines de salariés sur le carreau.

Narré en courtes scènes parallèles (le paquebot, la capitainerie, le bureau du Premier ministre où se réunit la cellule de crise, les hélicoptères où ont pris place les hommes du GIGN) et alternant les flash-backs relatant la maturation de la décision de détourner le navire et les préparatifs de l’opération, cette fiction est aussi plausible sur le plan des mécanismes économiques et financiers que dans la description des scènes d’action. Bref, même si l'on peut regretter parfois des dialogues plus écrits que parlés, ça se lit avec plaisir et sans effort, comme un bon polar (c’était aussi le cas pour "Les vivants et les morts", paru depuis en collection de poche). Je ne révèlerai rien de plus des ressorts qui amènent Gary et ses acolytes à la révolte, ni du déroulement et du dénouement de l’action (la bassesse humaine qui conduit Gary, mélange de Spartacus et du Gladiator de Ridley Scott, à la vengeance est glauque mais malheureusement tellement vraisemblable).

Une charge violente contre les dévoiements de l’économie de marché

En imaginant et en mettant ainsi en scène cette possible radicalisation des luttes sociales, cette révolte des salariés, ce recours à la violence voire à ce qu’il faut bien appeler le terrorisme par ceux qui ont perdu tout espoir de lendemains meilleurs, "Notre part des ténèbres" est à la fois une mise en accusation en règle des pratiques du capitalisme financier, de sa déshumanisation et du règne de la rentabilité financière à tout prix, et une mise en garde quant aux conséquences du fossé grandissant entre détenteurs du capital et salariés du bas de l’échelle exposés à la précarité et à une paupérisation grandissante.

Quand une partie de ceux-ci, condamnés à vivre et même à survivre des miettes du système ou de subsides étatiques, en arriveront à se poser la question "Est-ce que nous avons quelque chose à perdre qui vaille d’attendre le coup de grâce ?" (à court terme, l’écran plat avec abonnement à Canal + pour les matchs de Ligue 1, mais à moyen terme ?), nous risquons fort de connaître ce jour-là le même genre d’action de violence désespérée.

Le roman de Gérard Mordillat met en exergue deux autres aspects tout aussi préoccupants pour la santé démocratique :

 le quasi lavage de cerveau pratiqué par les médias à l’égard du grand public (dont il faut bien dire qu’il s’en contente volontiers et l’accepte sans broncher). La vision qu’en livre le personnage du Directeur général de la chaîne de télévision TFM (cherchez la ressemblance) est à cet égard édifiante : "Notre public se fout des types de Mondial Laser ! Ce qu’ils veulent, c’est savoir ce qui se passe à bord, que font Depardieu, Marceau et les autres. Ils veulent qu’on les embarque avec le GIGN, suivre l’attaque en direct. Etre aux premières loges sans bouger le cul de leur salon. Les paumés qui ont fait le coup, ils s’en branlent. Au mieux, ils les plaignent, au pire ils espèrent les voir alignés dans leur sang comme un trophée de chasse. […] Dans les familles, l’écran c’est le buisson-ardent ! C’est l’image et la parole divines. Personne ne peut aller contre." (NB : pour les mécréants comme moi, je rappelle que le buisson ardent symbolise dans la Bible la révélation de Dieu à Moïse).

 De façon plus implicite, le livre pose la question de l’asymétrie de l’Etat de droit ("Sur le Nausicaa, c’est le monde à l’envers. La sécurité sera pour les salariés, le risque pour les actionnaires."), d’une part quant à l’inégalité de traitement dans les faits du droit de propriété et du droit du travail (les codes et les lois existent pour protéger tant les droits des actionnaires que ceux des salariés mais avec des efficacités et des résultats très différents en pratique : "J’espère que vous appréciez comme moi l’ironie de ce terme, « plan social »") et d’autre part quant à la justification morale de la répression par les forces de l’ordre de l’action des salariés en révolte contre le détournement des lois censés les protéger. J’en suis même arrivé à me poser la question, après m’être longtemps gaussé de la fameuse déclaration de Jacques Chirac ("Le libéralisme représente aujourd’hui pour la démocratie une menace comparable à ce que fut le communisme du temps de la guerre froide.") si celui-ci ne faisait pas preuve là d’une clairvoyance géniale à l’égard de l’évolution ultime de cette forme dévoyée de l’économie de marché qu’est le libéralisme non régulé.

Laissons à Gary le mot de la fin (de la fin de ce billet, pas de la fin du livre, je vous laisse découvrir par vous-même le dénouement de cette fiction ancrée dans nos réalités économiques et sociales) :

"Personne ne me fera croire qu’il est le seul monde possible, que l’histoire est terminée, que le marché scelle le stade ultime de l’organisation humaine. Peut-être suffit-il de dix hommes décidés sur un navire de croisière pour que la peur change de camp ? Qu’est-ce qu’il faut pour faire tomber la Bastille ou guillotiner un roi ? Du courage et un excès de désespoir…"

Je ne crois pas non plus que le monde dans son ensemble puisse rester en l’état à moyen et long terme, que la situation actuelle soit un horizon indépassable (même si je reste convaincue que l’économie de marché est "le pire des systèmes à l’exception de tous les autres") et qu’elle puisse perdurer sans explosion, conflit, épidémie et catastrophe naturelle qui viendront réguler les excès actuels que ce soit en terme de course à la rentabilité, de pollution ou de démographie. Et quant à la situation particulière de la France et à la possibilité de tels soubresauts, cela dépendra notamment de la capacité de notre Président à réformer sa vision économique et à expliquer que les résultats, en termes de pouvoir d’achat et d’emploi, des réformes qui restent à engager véritablement ne peuvent pas être immédiats. Au commencement est toujours le Verbe.

NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.

20.01.08

Permalien 06:41:47, par Denis Email , 359 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité, En quête de rupture

Lutte des classes

Gérard Mordillat vient de publier un nouveau roman sur les thèmes qui lui sont chers des méfaits du capitalisme financier et de la désespérance sociale.

Je n’ai pas encore eu le temps de lire "Notre part des ténèbres", mais je ne désespère de le faire dans les semaines à venir pour en faire un compte-rendu ici-même.

J’avais en effet particulièrement goûté le précédent roman de Gérard Mordillat, "Les vivants et les morts", que j’avais lu à sa sortie en 2005 et qui est paru depuis en collection de poche (il ne faut pas se fier à la photo de couverture qui fait un peu années cinquante, l’action se situe bien à l’heure de la mondialisation – que j’éviterai de qualifier, de façon journalistique, de galopante ou triomphante, ce qui serait un jugement négatif en creux – et des ravages de la concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre pour les salariés qui y sont exposés).

Au-delà du plaisir que procure la lecture de ce roman (par sa trame et son rythme, il n’a rien à envier à un bon polar), il aborde, de façon parfaitement réaliste et plausible, le thème des excès du capitalisme financier et du fossé grandissant entre détenteurs du capital et simples salariés, qui sont, à mon humble avis aussi, d’une cruelle actualité pour une fraction de la population.

Surtout, je partage avec Gérard Mordillat le sentiment que les dérives actuelles risquent effectivement de produire le genre d’explosions de violence et d’explosions sociales mis en scène dans ses deux derniers romans.

Je ne suis pas sûr en revanche que nous soyons en phase sur les possibilités de remédier à la situation et là résidait à mon sens la limite de l’exercice que constitue "Les vivants et les morts" : aucune possibilité d’en sortir n’y était ne serait-ce que suggérée. Mais peut-être Gérard Mordillat ne voit-il justement la solution que dans la révolte et la violence ?

15.10.07

Permalien 21:58:06, par Denis Email , 430 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Un cœur de pierre

C’est le qualificatif qui m’est venu à l’esprit à propos de Pascal Salin, à la lecture de sa tribune parue dans les Echos du 12 octobre. Je savais bien qu’il n’y avait rien à attendre de cet ultralibéral (dans son cas, le terme mériterait presque la diabolisation qui en faite), mais quand même. Jugez plutôt :

"Et si l’on décide de choisir un métier que l’on considère comme pénible et peu compatible avec une durée d’activité élevée, on doit s’assurer que la rémunération en est suffisante pour pouvoir accumuler plus rapidement un capital et permettre une retraite précoce."

Mais bien sûr. Il est bien connu que les ouvriers du bâtiment ou les gardiens de nuit ont choisi leur métier en toute connaissance de cause et pas du tout par défaut du fait d’un manque de qualification. Comme il est avéré qu’ils ont toute possibilité de négocier leur salaire pour compenser la pénibilité de leur travail, mais ne le font pas par manque de temps.

Je ne peux guère être suspecté de gauchisme avéré ou même rampant, mais j’en arriverais presque à comprendre qu’on puisse voter Olivier Besancenot après avoir lu une phrase pareille. On commence avec la retraite en fonction des capacités d’épargne de chacun, on poursuit avec les soins (pour responsabiliser chaque patient, ne serait-il pas souhaitable qu’il paie l’intégralité de ses soins ?) et tout ça finit par un retour deux siècles en arrière. La société que nous promet Pascal Salin érige l’individualisme et le chacun pour soi en valeurs suprêmes et fait fi du minimum de solidarité nécessaire à la cohésion sociale. La société idéale aux yeux de Monsieur Salin, ce sont des gueux réduits à vivre de l’aumône que veulent bien leur consentir les riches à la sortie de l’église le dimanche matin.

Je dois avouer que j’ai hésité avant d’écrire ce billet, me demandant si l’indifférence ne devait pas l’emporter sur l’indignation et ne serait pas la meilleure réponse aux outrances théoriques de Monsieur Salin. Mais dès lors qu’il se trouve en mesure d’endoctriner des générations d’étudiants et voit ses élucubrations avoir les honneurs du premier quotidien économique français, une mise au point s’imposait. Allez, Olivier Besancenot a encore de beaux jours devant lui…

20.01.07

Permalien 15:19:40, par Denis Email , 217 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Ah que je m'exile en Suisse

Dans la foulée du débat sur le patrimoine et l’ISF des candidats à la présidentielle, une remarque à propos de Johnny en particulier et des exils fiscaux en général : il faut rappeler (encore une fois...) que la condition à respecter par ceux qui, comme notre rocker national, veulent payer moins d’impôts en s’installant de l’autre côté de la frontière, en Suisse ou en Belgique, est de ne pas passer en France plus de 182 jours dans l’année. Pour décourager ces exils fiscaux, qu’il faut bien qualifier de pure convenance (est-ce une véritable contrainte pour un membre de la jet-set ou un patron du CAC 40 de passer au moins la moitié de l’année hors de France, à Gstaad, Marrakech ou à Davos l’hiver, à Capri l’été ?), tout en maintenant l’lSF (éventuellement revu et corrigé), il suffirait de porter à 300 jours par an le temps qu’il faut passer hors de France pour ne pas y être imposable. Les ingrats qui, après avoir fait fortune en France, ne veulent plus contribuer à la solidarité nationale, seraient ainsi condamnés à s’exiler réellement la majeure partie de l’année à Genève ou à Bruxelles et à ne pas revenir plus de 60 jours par an en France.

14.01.07

Permalien 15:04:00, par Denis Email , 859 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Caméra KF(é)

Malgré la concurrence féroce de l’actualité avec la tenue du congrès de l’UMP qui a sans surprise désigné Sarko pour le représenter à l’élection présidentielle, je me lance à faire un billet sans rapport avec le héros du jour.

Maintenant que le pouvoir d'achat est (enfin) devenu un thème central du débat politique, et que les candidats à l'élection présidentielle font assaut de propositions pour augmenter ledit pouvoir d'achat, il m’a semblé nécessaire et utile (notamment à la lecture des rémunérations des banquiers d’affaires…) de rappeler aux moins avertis, de façon non scientifique et forcément schématique, les déterminants de la rémunération de chacun d’entre nous, un sujet déjà rabattu sans avoir été entendu.

Amis initiés aux arcanes de l’économie globalisée, économistes ou spécialistes de l’économie et du droit du travail, il est donc inutile d’aller plus loin dans la lecture. Passez vite votre chemin, car la suite de ce billet sera une suite de constats qui vous paraîtront être autant de truismes à peine dignes du Café du Commerce et dont vous ne pourrez être qu’horrifiés. Mais à voir le nombre des manifestants anti-CPE au printemps dernier et celui des affidés d’Olivier Besancenot, cela ne fera sans doute pas de mal de rappeler quelques réalités économiques incontournables et, sait-on jamais, cela pourrait même être utile à quelques-uns dans l’orientation de leur vie professionnelle.

Alors, ami travailleur et lecteur néophyte, es-tu prêt à te voir rappeler quelques évidences qui n’en sont pas moins incontournables ?

A l’heure de la mondialisation galopante (mais pas forcément heureuse pour tous), la règle intangible qui guide la hiérarchie des rémunérations est celle de la profitabilité. Quel que soit ton statut, salarié ou indépendant (artisan, commerçant, chef d’entreprise, profession libérale), la règle est la même. Simplement, elle est plus facile à comprendre dans le second cas que dans le premier : en tant qu’indépendant, l’argent qui entre dans tes caisses déterminera la rémunération que tu pourras te verser, alors qu’en tant que salarié, ce sont tes supérieurs hiérarchiques qui décideront pour toi selon ce qu’ils estiment être ta rentabilité. Même si nos organisations syndicales s’y accrochent, l’heure n’est plus aux augmentations collectives et au salaire à l’ancienneté.

Ouvrons tout de suite une parenthèse : ceci n’est pas autre chose que le constat d’une réalité. On peut se satisfaire de cette réalité (cas des ultra-libéraux) ou l’accepter tout en cherchant à en atténuer les aspects les plus injustes (cas des sociaux-libéraux ou libéraux-sociaux). On peut aussi vouloir la modifier (cas des socialistes) ou même la refuser (cas des anti-libéraux et autres extrémistes de gauche comme le facteur de Neuilly). Dans ces deux derniers cas, cela passe par des mesures dirigistes du type augmentation du SMIC à 1.500 € et création d’emplois dans le secteur public.

Augmenter le SMIC à 1.500 € sera peut-être bénéfique à très court terme aux salariés les moins qualifiés. Mais, outre que cela fera augmenter le nombre de smicards, cela ne fera surtout à moyen terme que détruire de l’emploi et précipiter des délocalisations.

Prenons un exemple : toi, ami travailleur, si tu as le choix, pour faire ton plein d’essence, entre une station-service ou une grande surface où le litre de carburant te coûte 10 % de moins, que choisis-tu ? La grande surface bien sûr, parce que tu es, comme tout un chacun, un homo economicus, autrement dit un être économiquement rationnel.

Accepterais-tu que l’Etat décide que le litre de carburant doit coûter 1,50 € pour tout le monde et t’oblige à faire ton plein uniquement en France à 1,50 € le litre, alors que tu pourrais trouver du carburant à 1,20 ou 1,30 € le litre de l’autre côté de la frontière si tu en es proche ? Il en va de même pour les dirigeants d’entreprises : ils sont économiquement rationnels (peut-être un peu trop…). Donc si le SMIC est fixé autoritairement à 1.500 € en France, je te laisse deviner la suite... On peut bien sûr imaginer d'interdire aux entreprises de licencier et de se délocaliser, mais on passe alors directement à un système de type soviétique.

Quant à la création d’emplois publics, l’Etat devra bien trouver les ressources pour payer les salaires, donc augmenter les prélèvements sur ceux qui produisent des richesses, donc toi, ami travailleur, et/ou ton employeur. Je te laisse le soin d'imaginer les conséquences de ces prélèvements sur l'emploi et les salaires... Chaque entreprise cherchera, pour maintenir sa rentabilité, à les compenser en réduisant sa masse salariale. Là encore, il n'existe qu'une seule alternative : le système soviétique.

Refermons la parenthèse et revenons à ta rémunération et à la mienne. Quels en sont les autres déterminants ?

Suite au prochain épisode

03.01.07

Permalien 21:52:58, par Denis Email , 42 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Liberté, inégalités, rentabilité…

semble être devenue la nouvelle devise de la France en ce début de troisième millénaire.

Peut-être le premier billet d'une série à venir sur les fractures civiques, sociales et économiques qui gangrènent la société française.

A propos de l’auteur

Contact : denis@deniscastel.fr

"Le premier devoir, c'est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler, ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas ils s'aggravent." Pierre Mendès-France

"Ras-le-bol", un roman de politique-fiction qui met en scène une faillite de la France et la crise financière et sociale qui guette si rien ne change dans les années à venir...

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