
Les résultats du sondage TNS Sofres réalisé pour Altedia (les Echos du lundi 30 novembre) illustrent, s’il en était encore besoin, le malaise de la grande majorité des salariés, qu’ils appartiennent au secteur privé ou à la fonction publique.
Avec six salariés sur dix pour estimer que, dans leur entreprise (ou dans leur administration, le malaise est le même chez les fonctionnaires et salariés du secteur public), les intérêts de leurs dirigeants ne vont pas dans le même sens que les leurs et que les écarts de rémunération ne sont pas justifiés, avec quatre salariés sur cinq qui considèrent que les intérêts des entreprises et des dirigeants ne coïncident pas avec ceux des salariés, et un salarié sur trois jugeant légitime le recours à la force par les salariés pour faire aboutir leurs revendications, il y aurait de quoi se poser des questions sur le fonctionnement disharmonieux des entreprises et des administrations.
Pas pour Laurence Parisot, qui continue d’affirmer contre toute évidence qu’il n’y a pas de divorce entre les entreprises et leurs salariés. Mais un tel déni de la réalité n’étonnera personne de sa part.
Mécontentement du fait de l’insuffisance de rétribution et de reconnaissance, sentiment d’injustice face aux milliards de dollars et d’euros de profits, aux millions de dollars et d’euros de bonus, de parachutes dorés et de stocks-options, voilà bien la réalité du sentiment de nombre de salariés à l’égard du traitement qui leur est réservé par leur employeur. Même s’ils ne l’expriment pas forcément sur leur lieu de travail par crainte du chômage et du déclassement qui s’ensuit, ce qui contribue à entretenir les illusions de Madame Parisot.
Il faut avouer que la farce est un peu grosse.
Après la décennie des années quatre-vingt marquées par les restructurations industrielles et l’apparition du chômage de masse, les salariés ont vécu la première moitié des années quatre-vingt-dix dans la récession et la crise immobilière et la seconde moitié dans le boom économique lié à l’apparition des nouvelles technologies (Internet, téléphone mobile), avant de voir exploser une première bulle financière.
Cela a été pendant toutes ces années le même leitmotiv de dégraissages et de modération, voire de restriction, salariale. Et pendant le court répit de la fin des années quatre-vingt dix, alors que l’équipe de France de football gagnait encore élégamment ses matchs et que la croissance économique s’accélérait, les salariés n’en n’ont profité que sous forme de réduction du temps de travail, sans soupçonner que travailler moins les condamnerait à gagner autant, mais pas plus pendant de longues années. Il n’y a que le gouvernement, qui gagnait plus sans travailler plus, grâce aux fonds secrets et surtout aux recettes fiscales supplémentaires et imprévues qui allaient donner la fameuse affaire de la « cagnotte ».
Et là, cerise sur le gâteau, arrive la décennie des années deux mille, où, grâce au gonflement en douceur de la plus grosse bulle financière de tous les temps, les revenus d’une minorité explosent. Avec de l’argent à ne plus savoir quoi en faire, traders, joueurs de foot, patrons et dirigeants d’entreprises acteurs de cinéma, avocats d’affaires, animateurs de télévision étalent dans les magazines people leurs villas de luxe et de rêve et leurs yachts toujours plus grands chaque été, pendant que le plus grand nombre obtient au mieux une augmentation de salaire trop chiche pour compenser l’inflation et surtout l’envolée des prix de l’immobilier.

Et ce n’est pas fini.
Car il faudra bien payer l’addition de la crise financière. Et qui va le faire, si ce ne sont les salariés, c’est-à-dire vous et moi, directement sous forme d’augmentation des impôts, de déremboursement de soins et de réduction des allocations diverses, et indirectement parce que les entreprises réduiront leur masse salariale en cas d’augmentation de leurs charges ?
Il reste donc bien un marché (politique) à prendre entre Olivier Besancenot et Nicolas Sarkozy, entre le PS et le FN, entre Europe Ecologie et le Modem, une demande à satisfaire pour plus d’équité et de justice dans la répartition des richesses au sein de la société tout en préservant la viabilité économique et la pérennité des entreprises.
Et l’offre en face a bien du mal à répondre à la demande.
Besancenot a les bons accents, mais l’électorat sent sans doute confusément que ses solutions (interdire les licenciements etc) n’en sont pas et nous condamneraient à jouer un mauvais remake de l’Union Soviétique avec ses files d’attente devant des étals de magasin vides.
Le Front National est un défouloir mais restera toujours, du fait de l’expérience nationale de l’Occupation et de la collaboration, un épouvantail trop repoussant qui fera voter ensemble au deuxième tour électeurs de droite et sympathisants de gauche.
Le Parti Socialiste a toujours été dans l’exercice du pouvoir plus gestionnaire que réformiste, du fait sans doute de sa culture qui noie les convictions fortes dans les synthèses de fin de congrès, et ce n’est pas dans son état actuel qu’il semble en mesure de produire un leader charismatique capable de concilier la compétitivité des entreprises avec la nécessaire reconstruction du tissu et de la cohésion sociales dans un contexte de régimes de retraite en faillite potentielle et d’un Etat tellement vivant tellement au-dessus de ses moyens qu’il se trouve à la merci des investisseurs internationaux en emprunts publics.
Europe Ecologie porte l’étendard de préoccupations légitimes mais qui semblent trouver plus facilement des traductions au niveau local que pouvoir constituer un projet de gouvernement sur le plan national.
Bayrou a bien saisi cet air du temps, cette demande pour plus de justice et d’équité, et se pose en défenseur des petits, mais il lui manque une organisation qui ne se fasse pas broyer aux élections par la logique du système majoritaire à deux tours qui favorise le bipartisme.
Nicolas Sarkozy aurait pu fournir la bonne réponse, avec son « travailler plus pour gagner plus » et sa défense de « la France qui se lève tôt ». Mais il s’est renié au moins trois fois en allant s’empêtrer dans le bling-bling du Fouquet’s, du yacht de Bolloré et de son remariage avec Carla Bruni, et surtout il traîne un bouclier fiscal devenu un boulet moral. Et quoique son volontarisme récent sur les bonus des traders puisse lui redonner un regain de popularité, ce n’est pas son virage jacobin sur fond de crise financière qui semble suffisant pour infléchir des pratiques, destructrices en termes de cohésion sociale, de la part des entreprises.
Il reste donc un positionnement politique à occuper, à cheval entre gestion rigoureuse des finances publiques et redistribution des richesses, entre préservation de la compétitivité des entreprises et préoccupations sociales, entre efficacité économique et justice sociale.
Concilier des exigences aussi contradictoires ira à l’encontre de tellement d’intérêts catégoriels et corporatistes que l’on peut légitimement se demander si cela est compatible avec notre système de représentation et de libertés publiques qui favorise le clientélisme électoral à court terme (question d’efficacité politique que se posait déjà Hobbes au XVIIème siècle).
Sauf à trouver cette troisième voie, qui réconcilierait les Français entre eux et avec l’économie de marché, mais qui semble pour l’heure bien chimérique, le risque reste donc bien d’un statu quo, qui ne pourra que creuser un peu plus les inégalités entre une minorité de privilégiés et une gigantesque classe moyenne salariée en voie de paupérisation (phénomène accéléré par l’effet générationnel et la croissance molle que nous promet la sortie de crise). Et on ne voit pas comment ce lent pourrissement ne mènerait pas inexorablement à une explosion sociale. En émergeront alors peut-être, avec ou sans 18 Brumaire, les conditions d’une reconstruction harmonieuse de la vie en commun.
PS : J’avais intitulé ce billet « Qui sera l’Elu ? » mais cela fleurait un peu trop les midichloriens et la mystique de l’homme providentiel, dont je reste pourtant convaincu qu’elle reste, à défaut d’avoir été un véritable fait de l’Histoire, un ressort de la psychologie des masses.
Alors que la blogosphère politique plus ou moins indépendante semble frappée d’une glaciation progressive (certains blogs subsistent encore mais sont aussi animés que les rues d’une station balnéaire bretonne en plein hiver – Décryptages, Frednetick ou Jusqu’ici, tout va bien –, d’autres ont tout bonnement disparu – Laurent Poujol, Potage Pékinois ou What's next – pour ne citer que ceux qui figuraient en lien sur ce site), trois irréductibles, ex-fidèles de Christian Blanc, ne se sont pas résignés et aspirent toujours à mettre en œuvre un réformisme à la fois équitable et qui ne soit pas de simple façade.
Les trois compères, que j’ai fréquentés quand mon activité professionnelle m’en laissait encore le temps, ont créé il y a quelques temps le site Libr'acteurs, poussant même la motivation et le désintéressement jusqu’à en faire un véritable mouvement sous forme d’association officiellement enregistrée et en mesure de recevoir les cotisations des adhérents. A ceux que désopilent, voire désolent, l’infaillibilisme sarkozien (oh, le joli néologisme, il faudrait le déposer celui-là), le vaudeville socialiste, l’isolement bayrouiste et la démagogie besancenote, et que démangerait l’envie de s’engager dans la recherche d’une nouvelle façon de penser et d’agir en politique, à la recherche de plus d’équité et de solidarité, la lecture de leur charte ouvrira peut-être des perspectives.
Que cherche donc Nicolas Sarkozy à agiter ainsi le chiffon rouge d'une loi sur le service minimum sous le nez des enseignants ? A déclencher un "mai 2008" qui se finira par une grande manifestation de droite sur les Champs-Elysées ? Et avec 30 % d'augmentation des salaires ? Cela ne correspond guère à la méthode de fausse concertation et de vraies concessions adoptée avec les syndicats de la SNCF et de la RATP sur le service minimum dans les transports et sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. Etonnant.
On trouve chez Jules une analyse juridique rigoureuse de ce projet de service minimum dans les écoles.
Nicolas Sarkozy semble avoir pris la mesure du désenchantement des électeurs, au point d’en arriver à confesser des "erreurs" lors da sa prestation télévisée du 24 avril. On aurait aimé savoir lesquelles à son avis : le bling-bling ? la surexposition médiatique de sa vie privée ? la frilosité dans la rupture ? la sur-communication sur les réformettes ? On lui pardonnera complètement le jour où on l’entendra déclarer : "Le paquet fiscal était une grosse connerie. Il y a certes que ceux qui ne font rien qui ne font pas de conneries, mais c’était une connerie, je l’assume et je vais m’employer à en corriger les effets".
Pour autant, aura-t-il réussi à livrer un plan d’action clair et précis, à donner des perspectives au citoyen lambda, à créer un nouvel élan ? Je dois avouer que sa prestation m’a laissé à cet égard un sentiment des plus mitigés, et ce même si, sur certains points (la régularisation des sans-papiers – où il a confondu régularisation et naturalisation, octroi d’un permis de séjour et obtention de la nationalité française – et l’éducation), je l’ai trouvé plutôt percutant.
Je ne reviens pas sur les préliminaires et l’exercice d’autoglorification auquel il s’est prêté à propos des actions engagées depuis un an. La réforme des régimes spéciaux de retraite qu’il a mise en avant à titre d’exemple a fait l’objet de tellement de concessions sous forme de mesures de compensation que même Alain Juppé aurait réussi à la mener à bien sans bloquer le pays pendant un mois. De même sur l’amélioration sur les douze derniers mois des chiffres du chômage, qui restent un indicateur retardé de la conjoncture et qui tiennent plus à la création d’emplois précaires et sous-qualifiés qu’au développement d’une Silicon Valley à la française qui verrait éclore les Apple et les Google des années 2010.
Sur les questions d’économie, il m’a semblé de très mauvaise augure d’entendre Nicolas Sarkozy se réfugier derrière la crise des subprime, la hausse du prix du pétrole et des matières premières et celle de l’euro pour justifier les piètres résultats économiques du gouvernement. Car c’est implicitement faire croire aux Français qu’ils pourraient s'affranchir des efforts à faire en matière d’assainissement des finances publiques et de compétitivité de l’entreprise France si la conjoncture internationale n’était pas aussi difficile.
De ce point de vue, les mesures annoncées auront à faire la preuve de leur efficacité. Les règles d’attribution d’un tiers des résultats des entreprises devront faire l’objet d’une vigilance active pour que la mesure ne reste pas un vœu pieux (il peut être aisé de minorer les bénéfices dans une entreprise), de même que les conditions qui obligeront les chômeurs à accepter une offre d’emploi.
Je dois avouer que j’ai écouté le reste d’une oreille distraite, tant la préoccupation majeure du Président et de son gouvernement me semble devoir être l’allègement des charges pesant sur l’investissement des entreprises et sur le coût du travail pour espérer faire repartir la croissance et ses corollaires, emploi et augmentation des rémunérations de toutes sortes, donc du pouvoir d’achat en dernier ressort. La loi de modernisation de l’économie n’est qu’un pas timide (et technocratique : pourquoi un prélèvement libératoire sur le chiffre d’affaires des entrepreneurs individuels ? Le chiffre d’affaires, ce n’est pas du bénéfice, c’est quand même le B-A-BA de la gestion d’entreprise) dans cette direction.
Et puis, de toute façon, moins d’une semaine après, notre bateleur national a replongé dans l’illusionnisme et la navigation à vue par l’intermédiaire de Christine Lagarde, qu’il a laissé maintenir contre vents et marées, et surtout contre l’avis de tous les prévisionnistes de France et d’Europe, une prévision de croissance exagérément optimiste pour ne pas avoir à reconnaître que la politique économique du gouvernement est totalement inadaptée à ce qu’exige la situation.
NB : Le renouvellement des journalistes s’est révélé, je trouve, plutôt utile malgré quelques couacs. Cela a au moins eu le mérite de rendre PPDA moins complaisant. En revanche, entendre Yves Calvi, plutôt bien parti dans ses premières questions, demander à Nicolas Sarkozy s’il confirmait aux lycéens les suppressions de postes d’enseignants m’a prodigieusement agacé. Qu’espérait-il là ? Déclencher un mai 2008 ?
NB bis : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter, plus pour très longtemps j'espère, j'y travaille avec l'aide bienveillante de l'un de mes anciens étudiants de l'IAE.
Avant d’essayer de décrypter et de remettre en perspective les déclarations de Nicolas Sarkozy jeudi soir dernier, un peu de rétrospective ne sera pas inutile (cela aurait sans doute été encore plus utile avant l’émission, mais mon nouveau rythme de travail ne m’en a pas laissé la possibilité).
Dès 2002, Nicolas Sarkozy a su saisir comme personne l’air du temps et l’aspiration au changement d’une majorité de Français. Au printemps 2007, il faisait naître pendant la campagne présidentielle pour toutes les couches sociales, depuis l’ouvrier jusqu’à son patron, des espoirs sans précédent de rénovation d’une situation économique et sociale sclérosée depuis deux décennies (la fameuse "rupture") et de déblocage de l’ascenseur social.
Elu avec une confortable majorité il y a presque un an, Nicolas Sarkozy a réussi en 12 mois à dilapider ce capital de confiance, à décevoir les espoirs que les Français avaient placés en lui et à devenir le plus impopulaire des Présidents de la Cinquième République. Comment un tel gâchis a-t-il été possible ? Trois principaux facteurs expliquent, à mon humble avis, ce désamour brutal, sans que la liste soit exhaustive :
1/ Avant même d’être investi, Nicolas Sarkozy a commis sa première maladresse. Si ses penchants pour le luxe et le clinquant et ses frasques sentimentales ont fait les délices de la presse people pendant les premiers mois de son mandat, de Wolfeboro à Petra, ils ont aussi fait naître et grossir l’irritation d’un nombre croissant de Français qui ne se reconnaissaient plus dans ce Berlusconi à la française. Ce qu’ils acceptent, et dont ils sont même friands, d’une vedette de cinéma, d’un animateur télé ou d’un chanteur de variétés, a rapidement fait désordre de la part d’un Président de la République censé remettre de l’ordre dans les affaires de la nation et redonner le goût du travail et du risque à un pays frileux et replié sur lui-même. Que Nicolas Sarkozy soit allé après l’élection prendre un peu de repos dans un hôtel quatre étoiles à Biarritz, Saint-Raphaël ou Dinard n’aurait choqué que les anti-Sarko primaires. Mais être l’invité d’un grand patron sur un yacht de luxe, il ne pouvait y avoir de plus mauvais signal pour ceux qui comptent leurs euros en vacances et ne peuvent pas acheter tous les après-midi les glaces sur leur réclament leurs enfants.
2/ Si de nombreux chantiers ont certes été ouverts pendant ces douze premiers mois de présidence Sarkozy, la plupart l’ont été en évitant les sujets qui fâchent vraiment, avec un souci de ne pas brusquer les parties prenantes et un luxe de précautions qui ont fini par vider les premières réformes de leur substance (la loi Pécresse sur les universités a soigneusement évité les questions de la sélection et des droits d’inscription), voire en consentant des compensations dont le coût diminue voit annihile entièrement les économies attendues (la réforme des régimes spéciaux de retraite en est le meilleur exemple). Et il est à craindre que d’autres chantiers de plus longue haleine (RGPP) soient autant de montagnes accouchant de souris à force de vouloir éviter les mécontentements. Du coup, sans même parler de constater des résultats immédiatement tangibles en termes de pouvoir d’achat, de réduction de la précarité ou d’assainissement des finances publiques, ce qui aurait été bien chimérique, il n’y aura même pas eu un élan de confiance, d’optimisme et de foi dans l’avenir qui se soit formé. Les Français continuent de broyer du noir et d’avoir peur de tout, l’avenir, la mondialisation, les OGM et j’en passe.
3/ La principale explication à mes yeux de la disgrâce présidentielle réside dans l’asymétrie dans les efforts à consentir. Sous le prétexte de redorer la valeur travail et de libérer les énergies et dans l’illusion des effets bénéfiques du trickle-down, les premières réformes de l’ère Sarkozy ont surtout profité à ceux qui en avaient le moins besoin. L’acte fondateur de la présidence Sarkozy, le paquet fiscal, en est encore une fois le meilleur exemple. Nicolas Sarkozy et son gouvernement nous ont ressassé que sur les 14 milliards d’euros investis dans le paquet fiscal ("investis" est-il vraiment le terme le plus approprié ? "partis en fumée" serait plus exact), plus de 5 milliards allaient à la détaxation des heures supplémentaires et seulement 250 millions au bouclier fiscal. Peut-être (il faudra vérifier sur la base de l’exécution du budget…), mais ces heures supplémentaires auraient de toute façon été effectuées. Là où il aurait fallu appeler à l’esprit de solidarité et à la contribution de chacun selon ses moyens à l’effort de redressement, on a eu droit à une politique de classes au motif que, dans une économie mondialisée et dans une Europe dont la libre circulation des capitaux semble désormais constituer le principe fondateur, on ne saurait empêcher les riches de s’expatrier à Londres, Bruxelles ou Genève. Une idée contre laquelle je m’inscris totalement en faux. Sans rétablir un contrôle des changes qui fleurerait bon l’union de la gauche, il y a des moyens (que n’hésitent pas à employer les Etats-Unis ou la Suisse) pour dissuader les citoyens les plus aisés de se dispenser de la solidarité nationale. Cette absence d’équité dans la réforme, dont les Gracques se sont aussi fait l’écho avec un talent certain, a été et risque de rester le principal obstacle aux changements structurels dont a besoin notre économie.
A suivre…
NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.
Je me suis astreint ce week-end à parcourir le rapport qui a servi de base aux annonces de Nicolas Sarkozy sur la réforme de l’Etat à l’occasion du second Comité de Modernisation des Politiques Publiques (CMPP) qui s’est tenu à Bercy vendredi.
Avertissement
Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’honnêteté m’oblige à faire deux avertissements qui seront autant de bonnes raisons d’arrêter là votre lecture :
- le rapport compte 176 pages et traite de sujets plutôt arides. Ce billet est donc nécessairement un peu long et pourra lui aussi apparaître comme rébarbatif.
- si, du fait du remarquable travail de désinformation, de conditionnement et de manipulation mené depuis des années par une partie de nos dirigeants politiques et des médias, vous croyez encore que l’ampleur de nos déficits publics n’est pour rien, bien au contraire, dans le chômage de masse et la dégradation du pouvoir d’achat (*), passez votre chemin. Ce qui suit ne pourra être pour vous qu’une source d’agacement, et il vaut mieux que vous en restiez à écouter la bonne parole de François Hollande (tout à ses ambitions personnelles, celui-ci sacrifie la vision de l’intérêt général à la politique politicienne et se montre par sa réaction d’une irresponsabilité coupable) pour rester dans le confort ouaté de l’illusion de la souveraineté financière éternelle et intangible de l’Etat.
(*) En paraphrasant la célèbre citation du chancelier allemand Helmut Schmidt ("Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain"), on pourrait aussi écrire que les déficits publics d’aujourd’hui sont les impôts et prélèvements de demain et les licenciements et délocalisations d'après-demain. Je suis bien conscient que la majorité de mes concitoyens est consciencieusement maintenue par une partie de nos élites bien-pensantes dans l’ignorance de ce lien de cause à effet entre excès de prélèvements obligatoires pour cause de déficits grandissants, destructions d’emploi et faible progression des revenus salariaux. Ce qui explique que François Hollande puisse agiter en toute impunité le spectre de la rigueur sans que personne puisse lui opposer que les déficits publics sont l’ennemi de la feuille de paie des salariés du secteur public comme privé.
Rappels préalables
La réforme et la modernisation de l’Etat ont déjà fait l’objet d’un certain nombre d’annonces depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, avec deux dates à avoir en tête :
- le discours prononcé à Nantes le 19 septembre 2007 lors d’une visite à l’Institut Régional d’Administration, qui avait vu l’annonce des mesures visant à moderniser la fonction publique (mobilité des agents, individualisation des rémunérations, choix du statut à l’embauche, indemnité de départ volontaire),
- le premier CMPP, qui s’est tenu le 12 décembre 2007, et lors duquel avaient été annoncées les grandes lignes de la réforme de l’Etat, notamment la mise en place d’un management public digne de ce nom avec l’affirmation de l’autorité des préfets sur les services de l’Etat au niveau départemental.
Les annonces du 4 avril 2008
Pour hétéroclites qu’elles soient, les mesures annoncées vendredi participent toutes de la même volonté de rationaliser et de réorganiser le fonctionnement de l’Etat pour en améliorer l’efficacité tout en diminuant le coût. Il faut là en donner acte à Nicolas Sarkozy et surtout il convient de lui laisser un peu de temps. On le voit bien à l’aune des mesures déjà annoncées les 19 septembre et 12 décembre derniers :
- sur la modernisation de la fonction publique, et même si je reste sceptique quant aux résultats des mesures envisagées (combien de fonctionnaires échangeront la sécurité de l’emploi contre une indemnité de départ volontaire ? combien de nouveaux recrutés choisiront un CDI plutôt que le statut de fonctionnaire ?), un projet de loi et plusieurs décrets sont annoncés pour ce mois. A suivre donc.
- en ce qui concerne l’autorité des préfets sur l’ensemble des services de l’Etat au niveau local, seule la fusion des directions départementales de l’équipement (DDE) avec les directions départementales de l’agriculture et de la forêt (DDAF) a été engagée et le plus gros reste à faire sur le sujet, ce que ne cache d’ailleurs pas le rapport présenté vendredi en décrivant les étapes suivantes ("Une mission interministérielle, associant des représentants de tous les ministères autour d’un directeur de projet placé auprès du Premier ministre, est constituée : elle est chargée de veiller à la cohérence interministérielle et à la conformité avec les orientations générales de la révision des politiques publiques des mesures concernant l’administration territoriale mises en oeuvre par les ministères. Ceux-ci sont tenus de l’informer en continu des dispositions qu’ils projettent et engagent. Dans l’immédiat, elle est chargée, en relation étroite avec le ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, de proposer les décisions et les textes à prendre sur les sujets suivants :
- les contours et la dénomination des directions régionales ;
- l’organisation départementale sur le schéma défini le 12 décembre ;
- l’organisation de la mutualisation en matière de gestion des ressources humaines ;
- les outils de mutualisation à la disposition des préfets et des services déconcentrés.").
Les autres mesures, si elles relèvent d’un inventaire à la Prévert (il semble difficile qu’il en soit autrement) et si elles manquent de précisions, relèvent elles aussi de la volonté au moins affichée (il reste à voir les résultats, Cf. infra) de rationaliser l’Etat en faisant jouer les synergies, en supprimant les doublons et en s’assurant de l’utilité de chaque euro dépensé. En voici quelques-unes à titre d’exemple :
"- Transformation d'une trentaine d'ambassades en postes de présence diplomatique simple à format allégé et simplifié
[…]
- Réexamen de l'ensemble des dispositifs d'exonérations spécifiques de charges sociales en vue de plafonner systématiquement le niveau de salaire en bénéficiant et de les limiter dans le temps pour les soumettre à une évaluation régulière de leur rapport coût-bénéfice
[…]
- Recentrage des aides à l'investissement locatif sur les besoins prioritaires
[…]
- Réexamen d'éléments particuliers de la fonction publique d'outre-mer (congés bonifiés par exemple) et de certaines indemnités spécifiques de retraite
[…]
- Extinction progressive du dispositif de sur-pensions versées aux fonctionnaires allant s'installer outre-mer pour leur retraite sans y avoir travaillé une durée minimale
[…]
- Allégement des échelons intermédiaires existants dans chaque armée
[…]
- Suppression de l'Inspection générale du tourisme
[…]
- Augmenter les activités qui génèrent des ressources complémentaires pour les universités (formation professionnelle continue et sessions d’été par exemple) en ouvrant les universités toute l’année civile"
Au-delà des demi-aveux de gabegie (les Hauts Conseils et autres Comités d’enquête inutiles, les sur-pensions de retraite injustifiées…), on relève bien quelques incohérences (affirmation de l’autorité hiérarchique des préfets de région sur les préfets de département, mais à l’exclusion du "champ des politiques de sécurité, ou ayant trait à la présence et à la permanence de l’État" - cela limite un peu – ou encore l’annonce de la suppression du Haut conseil de la coopération économique et quelques pages plus loin, au détour d’un graphique, la mention de la "suppression du Haut Conseil de la coopération internationale, remplacé par un conseil stratégique sur l’aide publique au développement"… - de quoi faire douter de la disparition réelle et définitive de toutes ces instances à l’utilité douteuse mais aux coûts de fonctionnement avérés), mais le plus chagrinant est ailleurs.
L’essentiel a-t-il été oublié ?
"Ces réformes, auxquelles s’ajouteront celles du prochain Conseil de modernisation, permettront d’atteindre l’objectif de non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux entre 2009 et 2011, en améliorant dans le même temps la qualité du service public. Elles représentent environ 7 milliards d’euros d’économies à l’horizon 2011, dont une partie sera redistribuée aux fonctionnaires, conformément à l’engagement du président de la République de redistribuer la moitié des économies liées à la réduction des effectifs."
Un des principaux leviers d’économies (et il y a besoin d’en faire si l’économie française veut espérer sortir de la croissance molle, du chômage de masse et de la paupérisation rampante) et de réduction des déficits publics (vous vous rappelez, les déficits publics d’aujourd’hui sont etc …) réside évidemment dans la réduction des frais de personnel (pas que dans la fonction publique d’Etat d’ailleurs, il suffit de regarder les offres d’emplois des collectivités locales à la fin de chaque numéro de Télérama pour s’interroger sur la gestion des deniers publics dans la fonction publique territoriales). Et c’est là que le bât blesse.
D’abord parce qu’on retrouve ce principe de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Principe complètement débile parce que ne tenant aucun compte des besoins de recrutement pour certaines missions et des sureffectifs avérés sur d’autres. Je prends deux exemples volontairement caricaturaux : si, par un incroyable hasard ne partaient à la retraite en 2008 que des fonctionnaires du Ministère des Anciens Combattants et des enseignants en latin et grec ancien, y-aurait-il besoin d’en remplacer un sur deux ou seulement un sur dix ? Et si ne partaient en 2008 que des policiers en poste dans des missions opérationnelles, faudrait-il en remplacer seulement un sur deux ou neuf sur dix, la totalité ou voire même en recruter plus qu’il n’en part ?
Ensuite, parce que je reste très sceptique sur la mobilité des fonctionnaires malgré les mesures incitatives envisagées (Cf. supra) et sur les possibilités de redéploiement des effectifs en provenance d’organismes supprimés ou fusionnés et donc sur les économies réelles à attendre. Dans le cas de l’Inspection Générale du Tourisme, cela devrait être possible de trouver un point de chute aux personnels concernés, qui sont en nombre réduit et basés à Paris. Mais comment cela se passera-t-il pour les milliers de postes amenés à être supprimés dans des villes de province dans le cadre de l’unification des réseaux de la direction générale des impôts et de la direction générale de la comptabilité publique ? Pour avoir vécu une fusion dont l’un des protagonistes était un établissement ayant passé 150 ans dans le secteur public avec un statut calqué sur celui de la Banque de France, j’ai pu constater la difficulté à faire bouger des personnels sous un quasi-statut de secteur public sur d’autres postes, surtout depuis des activités de back-office vers des missions de front-office. Commentaire lapidaire du chef de mission du cabinet de consultant ayant participé aux travaux de rapprochement :
« C’est la première fusion que je vois où on crée des postes... ». Et encore y avait-il eu une vague de démissions chez nous au moment de l’annonce du rachat…
Le rapport présenté vendredi par Eric Woerth se réclame explicitement des réformes menées en Suède et au Canada ("Ce constat n’est pas original : le Canada, la Suède l’ont fait avant nous."). Non sans raison puisque la Suède vient d’annoncer presque simultanément un excédent budgétaire record et une prévision de croissance bien supérieure à celle qui peut être espérée pour l’économie française.
Encore faudrait-il être bien conscient que, en Suède comme au Canada, la réforme s’est effectivement aussi faite par fusions, rapprochements et réorganisations de structures administratives mais s’est accompagnée d’une révision du statut des fonctionnaires. Sans révision concomitante du statut général des fonctionnaires datant de 1946, la RGPP risque fort de rester un coup d’épée dans l’eau.
NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.
Je n’ai pas commenté sur ce blog la campagne et les résultats des élections municipales. D’abord parce qu’à mon sens, les enjeux de ces élections sont avant tout locaux, même si les listes et les candidats, se réclament dans la plupart des villes et villages, de telle ou telle étiquette politique. Du coup, et pour paraphraser Tony Blair, j’ai le sentiment qu’il n’y a pas des maires de droite et des maires de gauche, il n’y a que des bons et des mauvais maires. Ensuite, parce que, dans mes domaines de prédilection que sont l’économie, la finance ou la fiscalité, je ne me sens pas suffisamment compétent pour ce qui est de leur dimension locale (je ne maîtrise pas bien, voire pas du tout, les arcanes des finances municipales ou de la fiscalité locale). Enfin parce que les vrais sujets de conflit voire de polémique (l’intégrisme de Denis Baupin en matière de circulation à Paris par exemple) ne concernent finalement qu’assez peu de gens (les banlieusards qui ont la mauvaise idée de vouloir emmener leurs enfants à Paris en voiture pour visiter un monument ou assister à un spectacle).
La plupart des commentateurs ne manqueront pas d’interpréter les résultats de ce soir pour en faire un test à l’échelon national. Les dirigeants politiques qui feront le tour des plateaux de télévision, déclareront pour les uns que les résultats traduisent un vote-sanction à l’égard de la politique du gouvernement, pour les autres que les électeurs n’ont pas exprimé une opposition aux (maigres) réformes menées depuis dix mois. Et moi, devant mon écran de télévision, je me ferai encore l’effet d’un doux naïf, attendant vainement qu’un dirigeant socialiste batte sa coulpe en direct et dénonce les deux erreurs historiques du Parti Socialiste (la retraite à 60 ans pour alors que l’espérance de vie s’allongeait pour une majorité de la population, les 35 heures alors que la Chine se transformait en atelier du monde), et qu’un membre du gouvernement, au risque de se faire démissionner dès le lendemain, nous avoue que les réformes menées depuis dix mois n’en sont guère et relèvent avant tout de la mayonnaise médiatique et que les milliards d’euros du paquet fiscal auraient été mieux utilisés à baisser la taxe professionnelle. Des discours de vérité et des éthiques de responsabilité en quelque sorte.

Je me rassure, nous sommes au moins deux à être ainsi au mieux dix ans en avance (mais avoir raison trop tôt, c’est avoir tort), au pire de doux naïfs sur ce sujet de l’éthique et de la gouvernance politique. Niels Arestrup fait rompre à son "Candidat" les codes du discours politique. La critique a pu être sévère, non sans raison, avec ce film (les personnages secondaires y sont inconsistants ou caricaturaux, la dénonciation des collusions entre politique, business et médias est assez convenue et les clichés – demeures de luxe, limousines etc – jalonnent le film), mais la fin, où l’on voit le personnage du candidat joué par Ivan Attal s’écarter des dogmes du débat télévisé, est plutôt encourageante.
NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à proscrire.
La dernière idée de Nicolas Sarkozy en matière de réforme semble être passée relativement inaperçue : sous prétexte de redonner du pouvoir d'achat aux Français, Nicolas Sarkozy souhaite transformer les mécanismes actuels d'intéressement et de participation en "prime annuelle" et en profiter aux passage pour les soumettres aux cotisations retraite. Pour faire passer la pilule, les sommes ainsi taxées seraient prises en compte pour le calcul des droits à la retraite.
Un tel projet mériterait pourtant un large retentissement tant il est révélateur des faux-semblants de la rupture, de l'absence totale de cohérence de la politique élyséenne et du cynisme clientéliste de son principal insparateur en passe de se transformer en un détonant mélange des Présidents Queuille et Chirac. En voici quelques illustrations :
1/ Le gain de pouvoir d'achat est un prétexte illusoire
Il faut rappeler que, dans le régime actuel, si la participation ne peut être débloquée avant 5 ans que dans un nombre de cas limité de cas (acquisition de la résidence principale, mariage etc), l'intéressement peut en revanche déjà faire l'objet d'un versement immédiat en faveur du salarié (mais devient alors imposable à l'impôt sur le revenu alors qu'il est soumis aux seuls prélèvements sociaux si le salarié fait le choix du blocage pendant 5 ans).
Dans le régime envisagé par notre champion du pouvoir d'achat, les salariés qui perçoivent déjà immédiatement leur intéressement ne gagneront rien en termes de pouvoir d'achat, mais au contraire en perdront, puisque la somme qui leur sera versée sera désormains amputée du montant des cotisations-vieillesse. Du coup, ils devraient payer un peu moins d'impôt sur le revenu. Maigre consolation... Quant à ceux qui bloquaient leur intéressement, ils perdront un quart des sommes perçues avec un décalage de 5 ans.
La seule motivation du projet de réforme élyséen se résume donc en fait à tenter de taxer les quelques milliards qui échappaient encore au Moloch des charges sociales.
2/ Faut-il relever qu'un tel projet va totalement à l'encontre de l'objectif affiché de réduire de quatre points le taux de prélèvements obligatoires ?
Ce dont l'économie française a besoin, c'est d'une réforme de sa sphère publique soit pour en améliorer l'efficacité à coût constant, soit pour en diminuer le coût à prestations constantes. C'est la seule voie possible pour restaurer l'investissement des entreprises et espérer voir disparaître le chômage structurel. On n'en prend pas le chemin avec de telles mesures.
3/ Nicolas Sarkozy joue cyniquement de la faible capacité de mobilisation des salariés
Alors que le champion de la rupture a consenti aux cheminots et autres bénéficiaires de régimes spéciaux de retraite d'échanger des gains financiers immédiats contre des efforts lointains et incertains, Nicolas Sarkozy veut imposer aux salariés des efforts financiers immédiats en échange de gains lointains et incertains en tablant sur le fait qu'ils n'ont pas la capacité de bloquer le pays.
Dans un grand numéro de foutage de gueule, Nicolas Sarkozy nous déclare qu'il souhaite que "les salariés ne puissent pas dire, on s'est moqué de moi, on me donne du pouvoir d'achat mais ça ne compte pas pour la retraite". Cela ne risque pas. Lors du premier versement d'interessement auquel s'appliquera le nouveau projet, ils pourront se dire : "On s'est bien foutu de ma gueule, on m'a piqué du pouvoir d'achat et en plus, je ne suis pas sûr d'en profiter pour ma retraite".
Non, il ne s’agit pas sur cette photo d’une opération escargot organisée par les taxis new-yorkais, à la célèbre couleur jaune, en soutien à leurs collègues français. Juste un jour de trafic normal immortalisé lundi matin dernier par un de mes collègues depuis le sommet de l’Empire State Building.
Loin de moi l’idée d’ériger cette ruche financière et commerciale qu’est New York en modèle ou en benchmark. Mais il n’empêche. 4 jours d’immersion dans une ville qui est à la fois la capitale de l’industrie financière mondiale, le temple de l’hyperconsommation et le symbole de la réussite ouverte à tous à force de travail, fournissent forcément matière à comparaison et donnent à réfléchir sur les revendications françaises actuelles et leur cohérence.
Ainsi des taxis. Il faut se rendre à l’évidence : à toute heure du jour et de la nuit et en tous points de Manhattan, des taxis libres circulent. Bien sûr, il faut à certains moments patienter quelques minutes, le dimanche en fin d’après-midi pour revenir de Soho par exemple. A la lecture de certains articles, il semble pourtant qu’il n’y ait proportionnellement pas plus de taxis à New York qu’à Paris et surtout, que les propositions avancées sur ce sujet par la commission Attali ne soient pas de nature à remédier à la situation. Mais n’y-a-t’il pas une solution intermédiaire entre un statu quo insatisfaisant et une déréglementation anxiogène ?
Ainsi des horaires d’ouverture des magasins. Entre les chaînes de supermarchés ouverts 24 heures sur 24 (Duane & Reade etc), l’ouverture de tous les magasins le dimanche de 11 heures à 18 heures voire 21 heures, et l’ouverture tous les jours dès 6 heures (j’ai vérifié, j’allais faire mon footing à cette heure) et jusqu’à minuit de nombreux magasins et échoppes de Manhattan, la machine économique tourne à plein régime. Au même moment, la justice française invalide les arrêtés préfectoraux qui autorisaient l’ouverture dominicale dans la zone commerciale de Plan de Campagne (on notera au passage le collusion de la CGPME, de la CGT et de la CFDT pour défendre ce qu’il faut bien appeler du conservatisme). Combien de salariés, permanents ou occasionnels, trouvaient leur compte à travailler le dimanche pour dépenser ensuite le supplément de rémunération qui en résultait ?
Ainsi de l’acceptation du changement et de l’évolution, des activités économiques condamnées disparaissant pour laisser la place à de nouvelles. Une partie de l’ancienne gare maritime a été transformée en studios de télévision et en parc d’activités sportives indoor pour les enfants, quand nos collectivités locales auraient investi des milliards d’euros de subventions publiques pour maintenir en l’état une activité condamnée à se réduire.
Comparaison n’est certes pas raison et New York n’est certainement pas un paradis terrestre. Mais en faisant un raccourci entre le rythme de l’activité et la taille des magasins à New York et sans pour autant être devenu un zélateur du sarkozysme, trois constats s'imposent :
1/ l’accélération de la croissance et l’augmentation des revenus et du pouvoir d’achat passent bien par une libéralisation du travail.
2/ on peut difficilement avoir en même temps la sécurité de l’emploi, les 35 heures et des gains substantiels de pouvoir d’achat.
3/ ce n’est pas en défendant envers et contre tout à coup de subventions publiques des activités condamnées que la situation s’améliorera mais bien en anticipant et en accompagnant la disparition des activités soumises à la concurrence des pays émergents pour en faire apparaître de nouvelles, à plus forte valeur ajoutée à partager entre entreprises et salariés.
Ensuite, c’est à chacun de choisir ce qu’il veut.
PS : Signalons la parution du rapport sur la mesure du pouvoir d’achat, qui avance un certain nombre de préconisations (calcul par unité de consommation, pouvoir d’achat par catégories etc) déjà réclamées ici. On regrettera juste l’insuffisante prise en compte des dépenses liées au logement, toujours considéré par l’INSEE comme une opération d’investissement…
Mise à jour du 13/02 à 8 h 30 : à Times Square après la victoire des Giants de New York lors de la finale du Superbowl

Nicolas Sarkozy a semblé plus préoccupé ces dernières semaines par son nouveau bonheur avec Carla Bruni (1) que par les résultats de sa politique économique. Ses déclarations lors de sa dernière conférence de presse ("S'agissant du pouvoir d'achat, qu'est-ce que vous attendez de moi? Que je vide des caisses qui sont déjà vides? Qu'il faut que je donne des ordres à des entreprises à qui je n'ai pas à donner d'ordres ?") sont bien loin des affirmations péremptoires et tonitruantes de début de mandat sur le "choc de confiance" qu’était censé créer le paquet fiscal.
Il est vrai que le paquet fiscal, et la logique qui le sous-tendait, dite de "trickle-down", sont loin de produire les résultats escomptés. La faute sans doute, dans l'esprit du Président, à la conjoncture internationale (2) et aux Français qui ne travaillent toujours pas assez et n’ont donc que le pouvoir d’achat qu’ils méritent…
Comme c’était pourtant prévisible, enrichir les déjà riches ne profite pas aux plus pauvres. La Trickle-Down Economics, cette théorie, en vogue sous les présidences Reagan et Bush Jr, et selon laquelle les cadeaux fiscaux faits aux riches auraient un effet positif sur toutes les couches sociales ("Wealth trickles down from the rich to the poor") se trouve une nouvelle fois infirmée par la réalité (comme l’avait déjà souligné Robert Franck), parce que (comme l’explique fort justement Robert Reich) "in a global economy, investments don’t trickle down; they trickles out to wherever on the planet the rich can get the highest return" (3).
Finalement, dans cette affaire de paquet fiscal, c’est la célèbre réplique du personnage de Don Salluste, immortalisé par Louis de Funès dans "La Folie des Grandeurs", qui s’impose en guise de conclusion : "Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres, et les riches très riches" (4).

C’est là que le rapport Attali devrait prendre tout son sens. En dénonçant "une société de connivence et de privilèges" et en préconisant les mesures idoines pour y remédier, la commission Attali met le doigt là où ça fait mal, surtout pour les bénéficiaires de toutes les rentes de situation où la concurrence se trouve limitée au profit du plus petit nombre. A titre d’exemple, grâce à leur monopole d’intervention sur les transactions immobilières et à leur barème d’émoluments non négociables, les notaires perçoivent une rémunération très confortable pour une prestation de qualité assez médiocre en moyenne (essayez donc de joindre un notaire pour une question urgente). Qui plus est, sans que leur salariés profitent eux de cette situation et bénéficient de conditions de rémunération particulièrement favorables. Un exemple de plus s’il en était besoin l’inanité de la théorie du trickle-down…
(1) Si je peux comprendre que l’homme Nicolas Sarkozy connaisse de nouveau les émois liés à la passion amoureuse, l’étalage depuis plus d’un mois par le Président Sarkozy de sa relation avec Carla Bruni me semble particulièrement malvenu et me stupéfie par son indécence (plus de discrétion quant aux deux bagues qu’il lui a offertes aurait été de bon ton, alors que de nombreux Français galèrent pour se loger, trouver un emploi ou acheter du poisson et des fruits et légumes frais) et par la puérilité que cet étalage semble révéler (j’ai l’impression de voir un ado se pavaner dans la cour de récréation parce qu’il a réussi à se faire la plus jolie fille du lycée). On atteint le summum du ridicule avec la déclaration présidentielle selon laquelle "avec Carla, c’est du sérieux". On espère bien, qu’à son niveau de responsabilité et à 53 ans (il les a aujourd’hui – bon anniversaire, Monsieur le Président ! - et j’ai peur que le cadeau que lui fera Carla à cette occasion ne soit le principal sujet de politique intérieure de ce début de la semaine), il n’officialise une liaison que si elle lui semble suffisamment solide et porteuse d’avenir.
(2) Pour ceux qui souhaitent avoir des explications détaillées sur le mécanisme de la crise des subprime, je recommande ce blog, particulièrement précis et documenté, même si l’apocalypse financière qu’il nous promet dans les prochaines années ne me semble pas aussi évidente à ce jour (donc, âmes anxieuses s’abstenir).
(3) Ça se voit que j'ai pris des cours d'anglais dans le cadre du DIF, non ?
(4) A l'ouverture de ce blog, j'avais d'ailleurs hésité à le baptiser "Le Journal de Blaze".