| « En quête de rupture | Fausse-bonne et vraie très mauvaise idée » |
La polémique naissante sur les chiffres du chômage vient de rebondir avec la présentation par l'INSEE devant le Conseil National de l'Information Statistique (CNIS) des raisons du report de sa publication des chiffres du chômage.
Rappelons que les chiffres du chômage sont établis par des sources différentes (et avec des définitions différentes, celle du Bureau International du Travail, BIT, dans un cas et celle propre à la France dans l’autre, avec 8 catégories définies par décret en 1995) :
- chaque mois de l’année en cours, la DARES (Direction de la Statistique du Ministère de l’Emploi et des Affaires Sociales) publie des statistiques du chômage basées sur le nombre de demandeurs d’emploi inscrits dans les fichiers de l’ANPE.
- l’INSEE publie une fois l’an en mars une enquête emploi résultant d’un sondage effectué tout au long de l’année précédente auprès de 75.000 ménages, dont les résultats sont extrapolés au niveau national et qui établit le taux de chômage constaté pour l’année précédente.
- chaque mois qui suit et en attendant les résultats annuels suivants, l’INSEE fait ensuite varier le taux de chômage ressortant de son enquête emploi à l’aide des données administratives de l’ANPE.
Les années précédentes, le taux de chômage publié en mars par l’INSEE différait peu de celui annoncé par le gouvernement. Ainsi, en mars 2006, l’enquête emploi de l’INSEE a relevé de 0,1 % le taux de chômage pour 2005 tel qu’il ressortait des chiffres de l’ANPE.
Mais voilà, la discordance est sans commune mesure cette année : alors que le gouvernement (par l’intermédiaire de la DARES et sur la base des chiffres de l’ANPE) a annoncé tout au long de l’année 2006 un taux de chômage qui reculait presque chaque mois pour s’établir à 8,6 % en fin d’année, l’enquête emploi de l’INSEE (dont la publication devait intervenir en mars 2007 et se trouve reportée après les élections, d’où la polémique initiale) ferait apparaître un taux de chômage stable à 9,8 % en moyenne en 2006 et de 9,2 % en fin d’année.
L’INSEE a donc mis en avant une baisse en 2006 du taux de réponse à son sondage devant alimenter son enquête emploi et des incohérences par rapport au recensement de la population pour décaler à l’automne 2007 (après les élections…) la publication des résultats définitifs et validés de son enquête emploi, ouvrant ainsi la porte aux accusations à l’encontre du gouvernement d’avoir exercé des pressions pour ne pas voir publiés des chiffres venant infirmer la baisse du chômage dont il ne cesse de se glorifier depuis plusieurs mois.
A partir de là, deux questions se posent :
1/ Où est la vérité des chiffres du chômage ?
Sûrement pas dans les chiffres du Ministère, dans la mesure où un chômeur qui n’est pas inscrit à l’ANPE (cas fréquent des jeunes entrant sur le marché du travail ?) ou qui en a été radié n’y figure pas.
Cette controverse est en tout cas symptomatique des faiblesses de l’appareil administratif, du fait d’une part d’une multiplications des structures (Dares, ANPE,Unedic, INSEE) et d’autre part sans doute d’une informatisation déficiente ou à tout le moins insuffisamment poussée et centralisée.
Elle me fournit aussi l’occasion de rappeler que les statistiques du chômage ne fournissent quand même qu’une vision très imparfaite : elles ne rendent notamment pas compte de ce que l'on pourrait appeler le "retour à l’emploi subi" (je perds un job à 2.000 € par mois et qui me plaisait et, après quelques mois de chômage, j’en accepte par prudence un autre à 1.500 € par mois et qui ne m’intéresse pas).
2/ Le gouvernement a-t-il fait pression sur l’INSEE pour décaler la publication de chiffres dérangeants, ou y a-t-il eu seulement une autocensure maladroite de la part de l’INSEE ?
Je ne sais pas qui peut avoir la réponse et chacun se fera donc sa propre opinion. Ce qui est certain, c’est que le gouvernement a profité tout au long de l’année 2006 de l’évolution favorable des chiffres ministériels sans avoir l’honnêteté de tenir compte des avertissements sur leur pertinence, mais qui cela étonnera-t-il ?
Complément du 11 mars - 15 h 50
Quoi qu'il en soit, c'est bien la preuve que la situation sur le front du chômage ne s'est au mieux qu'améliorée de façon marginale, contrairement à ce que veulent nous faire croire les déclarations triomphalistes que nous assènent Messieurs de Villepin et Borloo depuis des mois, et ce en dépit des milliards d'euros dépensés par Jean-Louis Borloo dans les emplois-aidés de Borloo.