« Deux poids, deux mesures ?Pêle-mêle »

Universités : déjà les premiers atermoiements ?

28.05.07

Permalien 09:47:13, par Denis Email , 842 mots   French (FR) latin1
Catégories: Nicolas Sarkozy, En quête de rupture

Universités : déjà les premiers atermoiements ?

Sous réserve que le gouvernement obtienne (ce qui est évidemment à souhaiter) une majorité claire dans l’Assemblée qui sortira des élections législatives des 10 et 17 juin prochain, une session parlementaire extraordinaire sera convoquée cet été pour examiner les premières mesures du gouvernement, parmi lesquels une loi d’autonomie des universités et un "paquet fiscal et social" sur lequel je reviendrai dans un prochain billet.

En ce qui concerne les universités, les sujets qui fâchent que sont la sélection et la hausse des droits d’inscription ont été soigneusement écartés, ce qui ne va guère dans le sens des déclarations de Nicolas Sarkozy au cours de la campagne présidentielle :

« Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?
Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes.
»

On continuera donc à laisser s’engouffrer des dizaines de milliers d’étudiants dans des filières sans débouchés professionnels suffisants ou inadaptées aux besoins des entreprises, ce qui aura pour effet d’entretenir la bulle éducationnelle, d’alimenter les frustrations et les désillusions de ces étudiants lorsqu’ils se trouveront confrontés aux réalités du marché du travail, et d’entretenir un enseignement supérieur à deux vitesses, avec d’un côté des établissements renommés pratiquant la sélection et de l’autre des usines à chômeurs et à stagiaires librement accessibles à n’importe qui.

L’autonomie telle que définie par le gouvernement pour les universités ne constitue par ailleurs qu’une partie de la solution. Recruter de nouveaux enseignants et conclure des accords avec des entreprises, tout cela est très bien mais ne concerne que les filières d’enseignement ayant des débouchés dans des secteurs porteurs, où les besoins de recherche et de main d’œuvre des entreprises sont importants. Il n’y a guère que dans ces filières où les universités pourront trouver auprès des entreprises les financements qui leur permettront d’exercer une autonomie digne de ce nom.

Mais pour les autres filières, notamment en sciences humaines et sociales où le volume des diplômés excède largement les besoins du marché du travail, à quoi rimera une autonomie accrue ?

D’abord parce que l’autonomie existe déjà largement, puisque les conseils d’administrations des universités ont par exemple à leur main le redéploiement des postes d’enseignants. Ainsi, lorsqu’un enseignant en grec ancien prend sa retraite, le conseil d’administration a la possibilité de fermer le poste et d’ouvrir un poste en sciences ou en gestion. Dans les faits, les conseils d’administration étant composés pour une large part de représentants des syndicats d’enseignants et d’étudiants (un peu comme si Bernard Thibault siégeait au Conseil des Ministres…), il est fréquent que la décision du conseil d’administration soit de recruter un nouvel enseignant en grec ancien…

La véritable réforme serait donc celle de la gouvernance des universités, avec la création dans chaque université, sur le modèle des entreprises, d’une part d’un comité de direction, composé de quelques enseignants ou managers contractuels, nommés ou recrutés par le Ministère, qui assureraient le pilotage et la gestion, et d’autre part d’un "comité d’université" (équivalent du comité d’entreprise), composé de représentants élus par les enseignants, les personnels administratifs et techniques et les étudiants, qui pourraient donner un avis consultatif, sur les grands projets d’organisation et de fonctionnement que leur soumettrait le comité de direction de l’université.

Une telle réforme de la gouvernance serait évidemment pour les syndicats d’enseignants et d’étudiants, un chiffon rouge comparable au service minimum pour les syndicats de transports. Mais sans une réforme significative de la gouvernance des universités, une autonomie accrue me semble surtout se réduire à une façon sournoise de se défausser sur les présidents d’universités de la responsabilité de rationaliser et de restructurer les facs, sans pour autant leur en donner les moyens.

3 commentaires

Commentaire de: JBB [Visiteur]
JBBça, c'est un pavé dans la mare des jardins de la nouvelle Ministre de l'Education rue de Grenelle. Mais un pavé anti-mai 68 !
28.05.07 @ 11:56
Commentaire de: Jules [Visiteur]
JulesIl ne faut pas non plus négliger le fait que le gouvernement avance aujourd'hui en stratège. Il s'agit dans un premier temps de "tester" des propositions, de lancer des ballons d'essais. L'idée est bi
28.05.07 @ 11:57
Commentaire de: Denis [Membre] Email
DenisCertes, Jules, la tactique n'est sans doute pas absente et il faudra attendre l'après-législatives pour juger de la réalité de la "rupture". Mais par rapport à la philosophie sarkozyenne du "nous fero
28.05.07 @ 12:17

A propos de l’auteur

Contact : denis@deniscastel.fr

"Le premier devoir, c'est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler, ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas ils s'aggravent." Pierre Mendès-France

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