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L’annonce par l’INSEE que le pouvoir d’achat des ménages devrait connaître en 2007 sa plus forte progression depuis 2002, ne devrait pas manquer d’interloquer ceux des salariés qui, malgré leur implication professionnelle, n’ont pas obtenu récemment d’augmentation de leur salaire.
Bien évidemment, la mesure de l’évolution du pouvoir d’achat par l’INSEE est réalisée en moyenne et au niveau macroéconomique, et ne tient donc pas compte à ce titre des spécificités en termes d’âge ou de lieu de résidence. Il va de soi qu’entre un couple de trentenaires avec trois enfants en bas âge et un couple de jeunes retraités sans plus d’enfants à charge, entre un Francilien et un habitant de la Lozère, entre un banquier d’affaire et une caissière de supermarché, les débours, le coût de la vie et la progression des revenus ne sont pas les mêmes, et tous ne connaissent donc pas une progression identique de leur pouvoir d’achat.
Il n’en reste pas moins que cette progression annoncée de 3,2 % du pouvoir d’achat ne laisse pas d’étonner, alors même que, selon un sondage récent, plus d’un ménage sur deux estime que son pouvoir d’achat a baissé en 2006 et anticipe même une baisse dans les années à venir. Même l’INSEE en convient et incrimine le passage à l’euro et les prix du tabac.
D’où vient alors ce hiatus entre la mesure du pouvoir d’achat par l’INSEE et la perception de l’évolution de leur propre pouvoir d’achat par les ménages ?
Essentiellement de là.
Parce que l’INSEE considère l’acquisition de la résidence principale comme une opération d’investissement, elle retient, pour déterminer l’indice des prix à la consommation, les seuls loyers versés par les ménages non-propriétaires. Compte tenu que 56 % des ménages sont propriétaires, cela conduit à une pondération des dépenses pour se loger (hors énergie, eau etc) de moins de 10 %. Autant dire une aberration statistique à une époque où de nombreuses ménages doivent débourser 30 voire 35 % de leur salaire en mensualité de crédit immobilier. Une aberration qui explique largement la progression du pouvoir d’achat, constatées envers et contre tout par l’INSEE ces dernières années.
Il est certes exact que la part des mensualités de crédit correspondant au remboursement du capital emprunté constitue une forme d’épargne (au-delà du montant des "frais de notaire" et avec l’hypothèse implicite d’un prix de revente du bien immobilier au moins égal à son prix d’achat…). Mais les intérêts et les primes d’assurance qui constituent le reste de la mensualité sont autant des dépenses à fonds perdus que le loyer versé chaque mois à un propriétaire. Et ces intérêts et primes d’assurance représentent plus de la moitié des mensualités au cours des premières années d’emprunt. Par ailleurs, même si la mensualité de crédit comporte une part en capital assimilable à de l’épargne, cette mensualité n’en constitue pas moins un décaissement qui réduit d’autant la capacité d’un ménage à consommer.
Il est peut-être utile pour l’INSEE, dans l’établissement des comptes de la France au niveau macroéconomique, de classer les acquisitions de résidence principale en opérations d’investissement.
A défaut de vouloir corriger son mode de calcul de l’évolution du pouvoir d’achat des ménages, il serait temps que l’INSEE présente en même temps que l’évolution du pouvoir d’achat, un indice d’évolution du revenu disponible après décaissement des dépenses de logement, à l’image de ce que peut faire Michel-Edouard Leclerc avec son "pouvoir d’achat effectif", le label INSEE en moins… Cela éviterait de donner aux statistiques du pouvoir d’achat un air de "Tout va très bien, Madame la Marquise"…
PS : Je suis étonné que notre nouveau Président, si prompt à réagir sur tous les fronts, ne se soit pas encore emparé du sujet, en demandant que soit mis bon ordre dans les statistiques officielles du pouvoir d’achat. Nicolas, si jamais, par le plus grand des hasards, la teneur de ces lignes te parvenait… Il faut dire que laisser croire que le pouvoir d’achat des ménages progresse de 3,2 % doit en arranger plus d’un dans les rangs du Medef et de la CGPME…