| « Le troisième candidat du deuxième tour | Enormité » |
Au-delà des indéniables signaux de vitalité démocratique que constituent le fort taux de participation et le recul du poids des extrêmes de droite comme de gauche, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont susceptibles d’interprétations très diverses et variées.
On peut croire, comme Jean-Marie Colombani, que ces résultats autorisent un deuxième tour "qui s’annonce porteur d'un débat sérieux". Cela reste à voir, au regard du racolage entamé dès le soir même par les candidats encore en lice.
Une analyse plus fine (merci Versac pour sa revue permanente du Net) fait dire à Gérard Grunberg (directeur de recherche au Cevipof) que ces résultats signent le retour en grâce de la bipolarisation et surtout du bipartisme, mais assortie d’une demande forte de rénovation du fonctionnement de l’UMP et du PS.
Certains voient au contraire dans ce triomphe des partis celui de l’immobilisme, tandis que d’autres se sont laissés emporter, à propos de François Bayrou, par leur foi partisane toute neuve (il faut espérer que les mots n’ont fait que dépasser leur pensée).
Restent alors trois questions. Deux que tout le monde se pose (Que peut-il se passer maintenant ? Que décidera François Bayrou ?), et une qui concerne surtout les 6.820.914 électeurs qui (comme moi) ont donné leur voix à François Bayrou : quel choix effectuer au second tour ?
Même s’il est bien difficile et surtout hasardeux de se lancer dans des conjectures, il est loisible de penser que, sauf mise en branle d'un phénomène massif de TSS ou ralliement (improbable) de François Bayrou à la candidature de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy l'emportera vraisemblablement. Dès lors, il est difficile de savoir ce qu'il adviendra de Ségolène Royal (à moins qu’elle n’annonce son brusque retrait de la vie politique…) : Parviendra-t-elle à prendre le contrôle du Parti Socialiste pour en mener à bien la rénovation en le débarrassant de ses oripeaux marxisants et le transformer en parti social-démocrate moderne ? Ou sera-t-elle éliminé politiquement dans les jours ou les semaines qui suivront sa défaite par les éléphants, qui ne manqueront pas de revenir aux recettes qui font leurs succès depuis 25 ans ?
Pour ce qui est de la question de savoir quel bulletin je mettrai dans l’urne le 6 mai prochain, mon choix est fait : ce sera un bulletin blanc (au risque de figurer parmi "ces lâches qui votent blanc ou nul plutôt que de s'engager en politique").
Si je rejoins Nicolas Baverez sur la cohérence du programme de Nicolas Sarkozy (tout du moins sur ses aspects économiques et sociaux), et la stabilité d’une possible majorité parlementaire (encore que les électeurs pourraient très bien ne lui donner qu’une majorité relative à l’Assemblée en juin, Cf. 1988), je reste en revanche très dubitatif sur sa "capacité programmée à agir". Surtout, il lui manquera un élément essentiel : la rénovation politique qui n’aura pas été menée au sein de l’UMP, et qui aurait rendu légitime la rupture aux yeux du plus grand nombre.
Quant à Ségolène Royal, contrainte de faire le grand écart entre l’extrême-gauche et le centre gauche, comment pourrait-elle mener la politique de l’offre vitale pour relancer notre économie et maintenir le niveau de vie et de protection sociale de chacun d’entre nous ?
Dès lors, l’attente qui est la mienne quant au choix que peut faire François Bayrou (appeler, après négociation…, à voter pour l’un ou l’autre des deux candidats en lice, appeler à l’abstention ou au vote blanc, ou enfin ne donner aucune consigne de vote) est transparente. Comme d’autres, je suis convaincu qu’il doit poursuivre son combat, en résistant aux tentations (là, il aurait vraiment tout à perdre) et aux intimidations. Pour conserver sa crédibilité et entretenir l’espoir qu’il a fait naître. Au risque d’apparaître comme un doux naïf et de connaître une nouvelle traversée du désert. Pour prendre date, en se différenciant de tous ces gens qui nous ont conduit vers le mur, et qui voudraient nous faire croire qu’on peut maintenant l’éviter en changeant simplement de conducteur.