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La mythique troisième voie

18.12.09

Permalien 07:14:22, par Denis Email , 1492 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

La mythique troisième voie

Les résultats du sondage TNS Sofres réalisé pour Altedia (les Echos du lundi 30 novembre) illustrent, s’il en était encore besoin, le malaise de la grande majorité des salariés, qu’ils appartiennent au secteur privé ou à la fonction publique.

Avec six salariés sur dix pour estimer que, dans leur entreprise (ou dans leur administration, le malaise est le même chez les fonctionnaires et salariés du secteur public), les intérêts de leurs dirigeants ne vont pas dans le même sens que les leurs et que les écarts de rémunération ne sont pas justifiés, avec quatre salariés sur cinq qui considèrent que les intérêts des entreprises et des dirigeants ne coïncident pas avec ceux des salariés, et un salarié sur trois jugeant légitime le recours à la force par les salariés pour faire aboutir leurs revendications, il y aurait de quoi se poser des questions sur le fonctionnement disharmonieux des entreprises et des administrations.

Pas pour Laurence Parisot, qui continue d’affirmer contre toute évidence qu’il n’y a pas de divorce entre les entreprises et leurs salariés. Mais un tel déni de la réalité n’étonnera personne de sa part.

Mécontentement du fait de l’insuffisance de rétribution et de reconnaissance, sentiment d’injustice face aux milliards de dollars et d’euros de profits, aux millions de dollars et d’euros de bonus, de parachutes dorés et de stocks-options, voilà bien la réalité du sentiment de nombre de salariés à l’égard du traitement qui leur est réservé par leur employeur. Même s’ils ne l’expriment pas forcément sur leur lieu de travail par crainte du chômage et du déclassement qui s’ensuit, ce qui contribue à entretenir les illusions de Madame Parisot.

Il faut avouer que la farce est un peu grosse.

Après la décennie des années quatre-vingt marquées par les restructurations industrielles et l’apparition du chômage de masse, les salariés ont vécu la première moitié des années quatre-vingt-dix dans la récession et la crise immobilière et la seconde moitié dans le boom économique lié à l’apparition des nouvelles technologies (Internet, téléphone mobile), avant de voir exploser une première bulle financière.

Cela a été pendant toutes ces années le même leitmotiv de dégraissages et de modération, voire de restriction, salariale. Et pendant le court répit de la fin des années quatre-vingt dix, alors que l’équipe de France de football gagnait encore élégamment ses matchs et que la croissance économique s’accélérait, les salariés n’en n’ont profité que sous forme de réduction du temps de travail, sans soupçonner que travailler moins les condamnerait à gagner autant, mais pas plus pendant de longues années. Il n’y a que le gouvernement, qui gagnait plus sans travailler plus, grâce aux fonds secrets et surtout aux recettes fiscales supplémentaires et imprévues qui allaient donner la fameuse affaire de la « cagnotte ».

Et là, cerise sur le gâteau, arrive la décennie des années deux mille, où, grâce au gonflement en douceur de la plus grosse bulle financière de tous les temps, les revenus d’une minorité explosent. Avec de l’argent à ne plus savoir quoi en faire, traders, joueurs de foot, patrons et dirigeants d’entreprises acteurs de cinéma, avocats d’affaires, animateurs de télévision étalent dans les magazines people leurs villas de luxe et de rêve et leurs yachts toujours plus grands chaque été, pendant que le plus grand nombre obtient au mieux une augmentation de salaire trop chiche pour compenser l’inflation et surtout l’envolée des prix de l’immobilier.

Et ce n’est pas fini.

Car il faudra bien payer l’addition de la crise financière. Et qui va le faire, si ce ne sont les salariés, c’est-à-dire vous et moi, directement sous forme d’augmentation des impôts, de déremboursement de soins et de réduction des allocations diverses, et indirectement parce que les entreprises réduiront leur masse salariale en cas d’augmentation de leurs charges ?

Il reste donc bien un marché (politique) à prendre entre Olivier Besancenot et Nicolas Sarkozy, entre le PS et le FN, entre Europe Ecologie et le Modem, une demande à satisfaire pour plus d’équité et de justice dans la répartition des richesses au sein de la société tout en préservant la viabilité économique et la pérennité des entreprises.

Et l’offre en face a bien du mal à répondre à la demande.

Besancenot a les bons accents, mais l’électorat sent sans doute confusément que ses solutions (interdire les licenciements etc) n’en sont pas et nous condamneraient à jouer un mauvais remake de l’Union Soviétique avec ses files d’attente devant des étals de magasin vides.

Le Front National est un défouloir mais restera toujours, du fait de l’expérience nationale de l’Occupation et de la collaboration, un épouvantail trop repoussant qui fera voter ensemble au deuxième tour électeurs de droite et sympathisants de gauche.

Le Parti Socialiste a toujours été dans l’exercice du pouvoir plus gestionnaire que réformiste, du fait sans doute de sa culture qui noie les convictions fortes dans les synthèses de fin de congrès, et ce n’est pas dans son état actuel qu’il semble en mesure de produire un leader charismatique capable de concilier la compétitivité des entreprises avec la nécessaire reconstruction du tissu et de la cohésion sociales dans un contexte de régimes de retraite en faillite potentielle et d’un Etat tellement vivant tellement au-dessus de ses moyens qu’il se trouve à la merci des investisseurs internationaux en emprunts publics.

Europe Ecologie porte l’étendard de préoccupations légitimes mais qui semblent trouver plus facilement des traductions au niveau local que pouvoir constituer un projet de gouvernement sur le plan national.

Bayrou a bien saisi cet air du temps, cette demande pour plus de justice et d’équité, et se pose en défenseur des petits, mais il lui manque une organisation qui ne se fasse pas broyer aux élections par la logique du système majoritaire à deux tours qui favorise le bipartisme.

Nicolas Sarkozy aurait pu fournir la bonne réponse, avec son « travailler plus pour gagner plus » et sa défense de « la France qui se lève tôt ». Mais il s’est renié au moins trois fois en allant s’empêtrer dans le bling-bling du Fouquet’s, du yacht de Bolloré et de son remariage avec Carla Bruni, et surtout il traîne un bouclier fiscal devenu un boulet moral. Et quoique son volontarisme récent sur les bonus des traders puisse lui redonner un regain de popularité, ce n’est pas son virage jacobin sur fond de crise financière qui semble suffisant pour infléchir des pratiques, destructrices en termes de cohésion sociale, de la part des entreprises.

Il reste donc un positionnement politique à occuper, à cheval entre gestion rigoureuse des finances publiques et redistribution des richesses, entre préservation de la compétitivité des entreprises et préoccupations sociales, entre efficacité économique et justice sociale.

Concilier des exigences aussi contradictoires ira à l’encontre de tellement d’intérêts catégoriels et corporatistes que l’on peut légitimement se demander si cela est compatible avec notre système de représentation et de libertés publiques qui favorise le clientélisme électoral à court terme (question d’efficacité politique que se posait déjà Hobbes au XVIIème siècle).

Sauf à trouver cette troisième voie, qui réconcilierait les Français entre eux et avec l’économie de marché, mais qui semble pour l’heure bien chimérique, le risque reste donc bien d’un statu quo, qui ne pourra que creuser un peu plus les inégalités entre une minorité de privilégiés et une gigantesque classe moyenne salariée en voie de paupérisation (phénomène accéléré par l’effet générationnel et la croissance molle que nous promet la sortie de crise). Et on ne voit pas comment ce lent pourrissement ne mènerait pas inexorablement à une explosion sociale. En émergeront alors peut-être, avec ou sans 18 Brumaire, les conditions d’une reconstruction harmonieuse de la vie en commun.

PS : J’avais intitulé ce billet « Qui sera l’Elu ? » mais cela fleurait un peu trop les midichloriens et la mystique de l’homme providentiel, dont je reste pourtant convaincu qu’elle reste, à défaut d’avoir été un véritable fait de l’Histoire, un ressort de la psychologie des masses.

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"Le premier devoir, c'est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler, ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas ils s'aggravent." Pierre Mendès-France

"Ras-le-bol" : un roman de politique-fiction qui met en scène une faillite de la France : une agence de notation dégrade la dette de la France et déclenche une tempête financière qui se transforme en révolte sociale...

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