| « Le diable est-il toujours dans les détails ? | 6 mai 2007 » |
Il est bien évidemment trop tôt pour savoir si l’ère Sarkozy qui s’ouvre sera celle d’un nouvel espoir pour l’ensemble des Français et plus particulièrement pour les millions d’entre eux maltraités par la vie, ou instaurera au contraire, comme le craignent certains de façon un trop schématique et caricaturale, un régime clanique au bénéfice de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre.
Le suffrage universel a parlé. Il convient maintenant de respecter le verdict des urnes et de juger Nicolas Sarkozy sur ses actes. Pour ce faire, la première condition est de lui laisser un minimum de temps. Six à neuf mois ne me paraissent pas être de trop pour se faire une idée de la réalité de son volontarisme politique et de son sens de l’intérêt général. La seconde condition est qu’il dispose des moyens de mettre en œuvre son projet, donc d’une majorité claire (sans forcément être écrasante) à l’Assemblée Nationale à l’issue des élections législatives.
C’est un truisme que d’écrire que le plus dur reste à faire et il est sûrement le premier à en être conscient. Les drapeaux rouges agités ici et là dimanche, les heurts place de la Bastille ou ailleurs en province, les réactions indignées et outragées témoignent de l’aveuglement et des manipulations idéologique de l’extrême-gauche qui se refuse à comprendre que la redistribution financée par l’endettement public ne fait qu’accentuer la paupérisation des plus modestes.
Face à de si fortes attentes et à l’espoir qu’il a su faire naître pour de nombreux Français, il revient maintenant à Nicolas Sarkozy de faire la preuve qu’il n’est pas le champion des élites économiques de Neuilly-Auteuil-Passy (à cet égard, le dîner au Fouquet’s, moins d’une heure après l’annonce de son élection et en compagnie de l'exilé fiscal en Suisse Johnny Halliday, est une petite faute de communication qu’il conviendra de ne pas renouveler s’il souhaite préserver le capital de légitimité politique qu’il a réussi à se constituer).
Si l’élection de Nicolas Sarkozy n’apporte pas encore la preuve que s’ouvre une nouvelle ère, elle marque en revanche la fin d’une époque, tout du moins pour certains :
- La fin attendue et espérée d’une époque qui voyait le Front National améliorer ses scores à chaque élection.
- La fin probable d’une époque pour la droite crypto-chiraquienne (que fera Dominique de Villepin à partir du 16 mai ?). En tout cas il faut l’espérer, même si je crains de revoir Michèle Alliot-Marie au gouvernement ou au perchoir de l’Assemblée National.
- La fin possible d’une époque au PS, où Dominique Strauss-Kahn n’a pas tardé dès hier soir à expliquer la défaite par l’absence de rénovation idéologique du PS. Mais avec Henri Emmanuelli, Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon, j’ai peur que l’aggiornamento reste impossible. Ne vaudrait-il pas mieux pour les sociaux-libéraux du PS qu’ils fassent éclater le parti pour tenter un rapprochement avec le Mouvement Démocrate que s’apprête à lancer François Bayrou ?
- La fin incertaine d’une époque pour François Bayrou, qui risque une sévère traversée du désert si le PS n’explose pas dans la foulée de la présidentielle ou des législatives.
- Enfin, la fin certaine d’une époque dans la blogosphère, où les débats risquent de se faire moins trépidants et où la motivation des blogueurs pourrait s’en ressentir (j’avoue avoir ressenti un grand vide ce matin…). Pourtant, la vigilance et un décryptage par des observateurs indépendants seront plus que jamais nécessaires au cours des prochains mois pour juger de la réalité et de l’équité de l’action que mènera Nicolas Sarkozy.