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"Le jour où la France a fait faillite"

21.10.06

Permalien 07:35:44, par Denis Email , 95 mots   French (FR) latin1
Catégories: Situation financière de l'Etat, Chez les libraires

"Le jour où la France a fait faillite"

La possible faillite de l'Etat donne de l'inspiration romanesque aux financiers (même si ma carrière de financier n'a pas l'éclat de celle de Philippe JAFFRE). Le point de départ du livre "Le jour où la France a fait faillite", un roman d'anticipation économique et financière publié chez Grasset par Philippe JAFFRE, l'ex-PDG d'Elf, en collaboration avec le journaliste Philippe RIES, est le même que dans "Ras-le-bol" : une agence de notation dégrade la dette de la France, plongeant ainsi le pays dans une véritable tempête financière.

Le livre donne à réfléchir, même aux plus convaincus des dangers d’un endettement massif de l’Etat. Sans trop dévoiler la trame de l’ouvrage, écrit à la façon d’un thriller ou d’un roman policier, avec des séquences qui se succèdent rapidement, on peut en résumer ainsi le démarrage. Nous sommes en juillet 2012. Après un quinquennat de Ségolène ROYAL, qui a vu les comptes publics continuer leur dérive (à cause, en début de quinquennat, d’une politique trop dépensière et du fait ensuite de l’incapacité des gouvernants à faire accepter des réformes efficaces donc douloureuses à l’opinion publique), Nicolas SARKOZY vient d’être élu Président de la République. L’agence de notation Standard & Poor’s annonce à cette date une dégradation de la note de la France au rang des junk bonds, des "obligations pourries", qu’aucun investisseur institutionnel n’a réglementairement le droit de détenir en portefeuille. A la panique qui s’empare alors des marchés financiers, où les obligations du Trésor se négocient à 30 % de leur valeur, s’ajoutent une crise de trésorerie de l’Etat qui, privé de refinancement, ne peut plus payer fonctionnaires, retraités et fournisseurs, et une crise bancaire, les banques étrangères refusant les paiements des porteurs de cartes bancaires françaises. Après une période de débat qui voit le Président écarter les partisans de ce que j’appellerai la "tentation albanaise" (Cf. infra), les autorités n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers la Banque Centrale Européenne, le FMI et nos partenaires européens pour obtenir les concours financiers indispensables au fonctionnement de l’économie française. Le sauvetage financier est accordé au prix de réformes drastiques, d’autant plus douloureuses qu’elles auront été retardées : réduction d’un million du nombre de fonctionnaires, privatisation de toutes les entreprises publiques, baisse de 10 % des retraites, plafonnement du remboursement des dépenses de santé, suppression de l’échelon du département, réduction du nombre de communes et de régions etc etc. L’annonce de ces réformes n’ira pas sans réactions dont je laisse la surprise aux futurs lecteurs. Plutôt que de détailler par le menu les conséquences de la crise financière (faillites, chômage, pillages, émeutes etc) et les réactions aux réformes annoncées pour en sortir (manifs, grèves, etc - manquent pour être totalement réalistes les agressions qui pourraient se produire à l’égard des "nantis" du système actuel ?), le livre s’attache à nous décrire le pilotage de la crise par le pouvoir politique et les négociations avec les partenaires européens et les autorités monétaires internationales, et à présenter les mesures drastiques nécessaires au redressement. Les auteurs sous-entendent clairement que des mesures beaucoup moins drastiques prises à froid dès maintenant éviteraient d’avoir à en prendre de plus radicales à chaud (comme le suggère un éditorial imaginaire du Monde : "En lieu et place d‘une désintoxication progressive et maîtrisée [de la dette, NdA], la France va subir un sevrage brutal"). Émaillé de références historiques, d’exemples réels (la faillite, déjà, du Trésor en 1797, la crise argentine etc) et de données économiques et financières, le roman de Philippe JAFFRE et Philippe RIES déroule un scénario économique et financier imparable et implacable, plongeant le lecteur au cœur de la mécanique des marchés financiers. La question est posée au passage de la fiabilité des comptes de l’Etat, de l’utilisation des techniques financières les plus sophistiquées pour diminuer artificiellement la dette publique ou des pratiques comptables, comme les soultes, destinées à camoufler l’état calamiteux des finances publiques. Il faut noter que l’on retrouve dans le roman aux principaux postes politiques, économiques et médiatiques, des personnalités déjà connues aujourd’hui : Laurence PARISOT à Matignon, Valérie PECRESSE au Ministère des Finances, Daniel BOUTON à la présidence de la Société Générale, Jean-Paul FITOUSSI en socialiste keynésien sectaire et dogmatique, et même Béatrice SCHÖNBERG en présentatrice du journal de 20 heures. Cela facilite peut-être la lecture (voire la rédaction ?), mais cela ne constitue pas vraiment un exemple de renouvellement des élites. Trois idées-force me paraissent devoir être retenus à la lecture de ce roman de politique-fiction (très plausible et probable si rien n'est fait) : 1/ l’ouvrage repose sur l’idée sous-jacente, foulée aux pieds et dénigrée depuis des années, que l’assainissement des finances publiques, la rigueur budgétaire et une meilleure efficacité de la dépense publique sont les conditions préalables et incontournables du retour d’une croissance forte et de la baisse du chômage. Malheureusement, de même que la relation judéo-chrétienne a inversé les valeurs, transformant le plaisir en pêché, la bien-pensance française, de droite comme de gauche, a réussi à convertir en vertu le vice de la toute-puissance de l’Etat, des déficits publics et de l’endettement des générations futures. Ce sera un long combat que de lutter contre cette "pensée unique" qui étouffe d'avance tout débat et qui, par médias interposés, laisse croire aux Français que leur salut ne peut venir que de toujours plus d'Etat. 2/ la récurrence de la "tentation albanaise" chez certains de nos hommes politiques, qui croient pouvoir trouver la solution en sortant de l’euro. Claude GUEANT, actuel directeur de cabinet actuel de Nicolas SARKOZY transformé en conseiller spécial du Premier ministre, et Patrick DEVEDJIAN, devenu Président de l’Assemblée Nationale, se font les chantres de l’Etat insubmersible et de la sortie de l’euro. Heureusement, les deux auteurs expliquent remarquablement bien que le franc ainsi retrouvé serait tellement dévalué qu’il ne permettrait pas de rembourser une dette restant libellée en … euros, et condamnerait ainsi les Français à un appauvrissement sans précédent. 3/ le danger que constitue l’extrême-gauche révolutionnaire : la tentative isolée d’un jusqu’au boutiste de la LCR paraît bien dérisoire, même si elle n’est pas sans conséquences. Il n’en reste pas moins qu’une pensée placée par les auteurs dans la tête d’Alain KRIVINE fait froid dans le dos : "voilà qu‘une agence de notation américaine servait sur un plateau d‘argent aux petits-enfants de Léon TROTSKI une situation pré révolutionnaire chimiquement pure". Une dernière remarque : la potion amère que recommande implicitement Philippe JAFFRE au travers de ce roman ne serait-elle pas plus acceptable par les lecteurs moins convaincus d’avance, si elle ne venait pas d’un ex-haut fonctionnaire et ex-grand patron qui s'était plutôt fait remarquer jusque-là par le montant de ses stocks-options ? NB : Possibilité de dialoguer avec les auteurs sur le site www.lejourou.info

5 commentaires

Commentaire de: lg [Visiteur]
lgPendant ce temps la Banque de France vend nos réserves d'or!.

Malgré les ventes massives des banques centrales qui ont signé l'accord de Washington (1999-2004) et l'accord de Bale (2005-2
21.10.06 @ 10:41
Commentaire de: Réba [Visiteur]
RébaBonjour a tous,

Les principes ennoncés dans ce livre me semble interressants Denis . Tout d'abord, et si j'ai bien compris, c'est uniquement après effondrement et sur contrainte étrangère
21.10.06 @ 13:37
Commentaire de: Denis [Membre] Email
DenisA lg,
c'est peut-être un peu fort de dire que le système financier international est au bord du gouffre. Il est à tout le moins fragilisé et le risque principal vient du financement du double dé
23.10.06 @ 05:48
Commentaire de: Charles André [Visiteur]
Charles AndréCe bouquin n'est pas de la science-fiction : la notation de l'Italie vient d'être baissée...
24.10.06 @ 12:03
Commentaire de: Denis [Membre] Email
DenisTu fais bien de rappeler que ce n'est pas de la politique-fiction, mais de l'anticipation : si rien n'est fait, la réalité rejoindra la fiction d'ici quelques années
24.10.06 @ 12:29