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Pour tous ceux (dont je fais d’ailleurs partie) qui, tout en refusant les extrême de droite comme de gauche, ne se reconnaissaient plus dans les deux grands partis de gouvernement que sont l’UMP et le PS, l’heure devrait être aux interrogations existentielles et métaphysiques. En effet, quels constats peut-on faire à moins d’un an de l’élection présidentielle ?
Premier constat : alors que jusqu’à récemment, nos deux partis de gouvernement semblaient à bout de souffle, déconnectés des réalités, incapables de sortir de leur langue de bois habituelle et condamnés à subir un émiettement sans précédent du paysage politique, se traduisant, comme en 2002, par une multiplication des candidatures à l’élection présidentielle, ils se sont refaits une santé depuis qu’on a vu émerger dans chaque camp, d’abord à l’UMP avec Nicolas Sarkozy, puis au PS avec Ségolène Royal, deux figures qui ont su se rendre incontournables, notamment en adaptant leur discours de façon réaliste et plausible aux préoccupations des Français (chômage, pouvoir d’achat, sécurité etc). Et ça marche ! Dans le discours s’entend. Aucun des maux qui minent notre pays n’a disparu, mais la magie du verbe opère et cela se traduit en termes d’intentions de vote : même s’il faut les considérer avec prudence, tous les sondages nous disent maintenant depuis plusieurs semaines que ces deux-là pourraient rassembler sur leurs deux noms, 60 à 70 % des suffrages dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle. Rien à voir donc, si les sondages trouvent leur traduction dans les urnes, avec les résultats du premier tour de 2002. Il ne manquerait plus que les Bleus deviennent champions du monde de football pour que notre classe politique retrouve ses ailes…
Second constat : ce retour à la bipolarisation traditionnelle de la Ve République et la focalisation médiatique sur les deux principaux prétendants à la fonction suprême (comme pour la poule et l’œuf, je ne sais pas vraiment laquelle précède l’autre) ont pour effet de marginaliser les candidatures protestataires qui avaient fait le bonheur de Jean-Marie Le Pen en 2002 en lui permettant d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Besancenot, Laguiller et Bové pourraient bien devenir inaudibles. Comme le sont désormais Fabius, Lang et Strauss-Kahn… Quant aux initiatives hors des sentiers battus, elles semblent pour l’instant faire long feu : la candidature mystère de Catherine Médicis tient plus pour l’instant du coup éditorial et médiatique qu’autre chose ; le nouveau parti Alternative Libérale revendique quant à lui trois mille adhérents (ce qui est déjà un beau succès dans un paysage politique bien verrouillé par ceux qui en vivent), mais peinera sans doute à aller au-delà avec un nom qui ne peut que faire figure de repoussoir aux yeux des millions de Français endoctrinés par des années de discours diabolisant l’entreprise et l’économie de marché ; la démarche la plus prometteuse, même si elle peine à élargir son audience, reste celle de Christian Blanc (1) qui dénonçait déjà en avril 2001, avec une prescience remarquable, dans une tribune en une du Monde intitulée "La France ne sait pas où elle va", les maux sur lesquels le diagnostic est partagé cinq ans après. Comme quoi, il ne sert pas à grand chose d’avoir raison en politique, a fortiori d’avoir raison avant tout le monde.
Maintenant que l’ordre établi a repris ses droits, que les hommes (et femme…) politiques qui ont permis que nous en arrivions à la situation actuelle, nous expliquent désormais que ladite situation est intenable (2), que peut-on espérer ? A mon avis, malheureusement pas grand chose. La probabilité est aujourd’hui très forte de voir Sarko ou Ségo accéder à la fonction suprême. Une fois élu(e), c’est là que les choses risquent de commencer à se gâter. Les attentes seront très fortes, or :
- si Ségo et Sarko ont su adapter leur discours aux attentes de l’électorat, ils n’ont pas encore adapté leurs fréquentations. L’une comme l’autre sera amené à gouverner avec des gens qui n’ont rien changé de leurs schémas de pensée (Cf. le projet socialiste pour 2007) ni de leurs pratiques du pouvoir (se soucier d’abord de sa réélection et ensuite du reste, Cf. la majorité UMP à l’Assemblée Nationale).
- dans l‘hypothèse où l’une et l’autre saurait faire évoluer ses fréquentations et nommerait ceux qui ont fait la preuve de leur clairvoyance et de leur réalisme et qui se soucient d’abord des intérêts du pays avant de se préoccuper de leur carrière politique (Christian Blanc, Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel, Alain Lambert, François Bayrou etc ; la liste n’est pas exhaustive), et quel que soit celui ou celle qui sera élu(e), il ou elle se heurtera aux blocages corporatistes dont la France s’est fait une spécialité depuis décembre 1995.
En résumé : L’élection présidentielle se jouera très probablement entre Ségo et Sarko (si Ségo n’obtient pas l’investiture du PS, Sarko ne ferait qu’une bouchée d’un Lang ou d’un Fabius). Si Ségo l’emporte, on risque fort de retrouver dans les ministères les mêmes éléphants socialistes prêts à dépenser des dizaines de milliards d’euros prélevés sur les forces vives du pays qui se dépêcheront d’aller voir si les cieux fiscaux sont plus cléments ailleurs. Dans les deux années qui suivront une élection de Ségo à la Présidence de la République, c’est la crise économique et financière assurée et, comme en 1983, la conversion à la rigueur sous le poids des réalités économiques et financières.
Si Sarko l’emporte et fait ce qu’il dit (des réformes de "rupture"), on risque plutôt une crise sociale majeure par allergie à l’économie de marché et une guerre civile dans les banlieues par allergie à l’actuel Ministre de l’Intérieur.
En attendant, il ne reste plus qu’à prendre date pour ceux que cela intéresse. Pour ma part, je vais peut-être profiter des vacances pour me mettre à la poterie ou me lancer dans l’écriture d’un second roman qui aura peut-être plus de succès que le premier. Cela fera passer le temps en attendant l’après-mai 2007.
(1) Le point de vue publié par Christian Blanc en commun avec Jean-Marie Bockel (PS) et Alain Lambert (UMP) dans le Monde du 4 juillet constitue un bon exemple d’une coalition des hommes de bonne volonté de ce pays.
(2) Ils récupèrent ainsi au passage le combat de ceux qui, comme Christian Blanc, ont compris avant tout le monde que nous allions dans le mur, luttent pour éviter d’en arriver au désastre et ont eu pour seule récompense de se faire traiter par les médias bien-pensants de "déclinistes" ou de "déclinologues", alors qu’ils ne faisaient, à l’instar de l’auteur de ces lignes, que tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. C’est quand même à vous dégoûter de songer à l’intérêt général et aux générations futures.