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Plus qu’un livre sur Ségolène, et a fortiori qu’une biographie de la "Zapaterra", le dernier ouvrage de Marc Lambron, publié chez Grasset sous le titre "Mignonne, allons voir…", est une analyse sans concessions des tourments (conscients ou inconscients...) et des contradictions de la gauche depuis 30 ans.
Court (à peine 200 pages qui se lisent facilement), agréable à lire, parfois un peu décousu mais souvent drôle et émaillé d’expressions délicieuses, cette sorte d’essai revient aux personnages de Mitterrand et Jospin pour expliquer le phénomène Ségolène. Marc Lambron pointe d’une part une filiation spirituelle avec l’homme de droite qui s’était dissimulé sous les traits du Président socialiste ("Elle est peut-être la meilleure production de la droite française depuis François Mitterrand", "Avec Ségolène, la gauche avoue son immense désir de droite", elle est "l’expression de l’inconscient de droite de la gauche"), et fait d’autre part de Ségolène l’antithèse de l’ex-trotskyste devenu Premier Ministre.
Marc Lambron attribue aussi à trois moules successifs les valeurs de référence qui ont fait le succès de la candidate socialiste : la vie quotidienne dans une famille d’officiers, l’école de la République qu’est l’ENA et son rôle de "Petite Chose" au PS (sans que sa qualité d’énarque et vingt-cinq années d’appartenance à l’appareil socialiste l’aient empêché d’apparaître comme un symbole du renouvellement de la classe politique).
Et il sait trouver les mots justes pour dire comment Ségolène a su saisir l’air du temps et la demande d’un discours politique renouvelé, fût-ce au prix de la mise au rebut des vieux dogmes socialistes. Ce qui ne prouve pas que Ségolène Royal serait capable, en cas de victoire en mai prochain, de traduire en actes son discours de renouveau. L’ouvrage laisse d'ailleurs la question ouverte, mais le commentaire attribué par l'auteur en début d'ouvrage à un hiérarque (imaginaire ?) du PS ne laisse guère d’espoir : "Une élection, c’est le choix d’un directeur du personnel. […] Je ne te dis pas comment les jeunes énarques du Parti piaffent…".
NB : Particulièrement savoureuses sont les 30 "tables de la loi" de la génération Jospin (pages 127 à 132). En très résumé : je m’insurge contre la mondialisation, mais je me gave de ses produits.