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Maintenant que le protocole républicain a été respecté, que le nouveau pouvoir se met en place et prend ses marques, nous pourrons bientôt juger de la façon dont notre nouveau Président entre dans le vif du sujet de la rupture. Auparavant, quelques remarques quand même sur la passation de pouvoir à l’Elysée et les premiers jours de présidence Sarkozy et de gouvernement Fillon :

* Les vivats à la sortie de Jacques Chirac de l’Elysée m’ont laissé pantois. Voilà un homme dont le seul souci aura été la conquête du pouvoir et sa conservation au profit de lui-même et de son clan, au prix de tous les renoncements, volte-faces, mensonges et promesses non tenues, un homme qui, à la fois par électoralisme et au prétexte que les Français seraient trop fragiles pour supporter le changement, a flatté leurs penchants naturels à la surprotection étatique et a retardé les ajustements rendus nécessaires par la mondialisation et le vieillissement de la population, et il se trouve des Français pour l’acclamer à son départ. De Gaulle n’avait pas tort…
* A propos de Guy Mocquêt, les accusations de récupération m’ont paru assez malvenues de la part de la gauche en général et des communistes en particulier. La référence présidentielle aurait certes eu plus de force, si une rue de Neuilly-sur-Seine avait été rebaptisée "Rue Guy Mocquêt" pendant les mandatures de Nicolas Sarkozy. Il n’en reste pas moins que la figure de Guy Mocquêt n’est pas plus la propriété des communistes que celle de Jean Moulin ne saurait être considérée comme celle des radicaux-socialistes.
* Le nouveau style de la Présidence va évidemment au-delà de l’entrée d’une famille recomposée à l’Elysée et des allées et venues du Président en tenue de jogging par la Cour d’Honneur. La combinaison du quinquennat et de la personnalité de Nicolas Sarkozy accélère la présidentialisation du régime, François Fillon me fait plus l’effet d’un super-Ministre des Affaires Intérieures, tandis que Nicolas Sarkozy pilotera en direct les ministres des Affaires Etrangères, de la Défense, du Développement Durable et de l'Intérieur...
* Seule véritable fausse note à mon sens : alors que la limitation du nombre de Ministres a incidemment évité de revoir au gouvernement des figures de l’opportunisme comme Philippe Douste-Blazy (le "Ministre étranger aux Affaires" aux dires de ses collaborateurs du Quai d’Orsay) et de l’immobilisme comme Gilles de Robien (qui, chargé de la mise en place d’un service minimum en tant que Ministre des Transports, fut le premier à freiner les ardeurs des députés de la majorité sur ce sujet), la nomination de Philippe Douste-Blazy comme conseiller du nouveau Président est marquée du sceau de la République des Copains et ne constitue pas un signal très positif.
* Il n’y a donc pour l’instant matière ni à éloges dithyrambiques, ni à critiques acerbes. Les réactions du PS, et notamment de son Premier Secrétaire, depuis l’installation de Nicolas Sarkozy à l’Elysée sont d’ailleurs affligeantes de sectarisme et d’opposition systématique et stérile. Tant que les dirigeants socialistes n’auront pas fait un minimum d’autocritique et de remise en question, Nicolas Sarkozy n’a pas grand-chose à craindre du PS lors des prochaines échéances électorales. A ce propos, Dominique Strauss-Kahn gagnerait peut-être à s’inspirer de Nicolas Sarkozy. Depuis des années, Dominique Strauss-Kahn déclare en privé que la France a besoin de réformes de grande ampleur, sans pour autant oser le dire à haute voix par pure tactique politique. Résultat : il s’est fait voler la vedette et l’investiture pour l’élection présidentielle par une Bécassine opportuniste qui a su saisir l’air du temps. S’il souhaite être celui qui mènera à bien la rénovation idéologique du PS et le ramènera au pouvoir, il est peut-être temps de changer de tactique.