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Bonjour Denis,
Il nous reste donc une catégorie à explorer, nos amis les conducteurs de trains, le terme de mécanicien (mécano, l’ancien nom des conducteurs) ayant été aboli l'année dernière.
A mon humble avis, si tu veux trouver des privilégiés a la SNCF c’est de ce côté qu'il faut chercher. Entre nous, nous avons un surnom pour eux : on les appelle les "seigneurs du rails".
Premier point : pour eux, la retraite est a cinquante ans. Il paraît que cela date de l'époque du chemin de fer à vapeur, et que le métier étant très pénible a l'époque ils avaient obtenu cet avantage. Il va sans dire qu'il y a longtemps que les trains sont diesels ou électrique, mais pas touche au statut des mécanos .
Ensuite, ils sont bien mieux rémunérés que tous les autres cheminots. Bien sûr, ils sont en permanence sur la route (heu sur le rail) et ils passent beaucoup de temps loin de chez eux. De la même manière, ils ont une responsabilité énorme sur les épaules, il faut le reconnaître.
Mais ils abusent de leur position d'une façon honteuse ! Lorsque j'étais en région parisienne, j'ai vu la ligne C du RER paralysée, car ces Messieurs exigeaient une machine à café en gare de Juvisy (où il y a une relève, c'est-à-dire un changement de conducteur). Bloquer toute la ligne pour ça !!! Alors oui, dans ce cas précis, moi Réba le cheminot, j'ose le dire, c'est prendre en otage les usagers.
D'une façon plus générale, beaucoup d'entre eux ont une mentalité pourrie. Ils refusent systématiquement de donner un coup de main en situation perturbée. Si une manoeuvre imprévue, changement de voie pour faire de la place par exemple, est nécessaire, neuf sur dix refuseront de le faire en affirmant "c'est pas sur mon planning", nous laissant tous, collègues et usagers, avec le problème sur les bras.
Evidement, c'est une généralité. Il existe des conducteurs de bonne composition, mais crois-moi, ils sont rares. Les mécanos forment une caste bien à part chez nous. Pour preuve, chez eux, le syndicat majoritaire s'appelle la FGAAC (syndicat réservé aux mécanos). En as-tu déjà entendu parlé ? C'est vraiment le syndicat qui décide de la "réussite" ou non d'une grève à la SNCF !
Je m'explique : que faut-il pour faire rouler un train ?
* une rame : sauf en cas de conflit très long style 95, on en trouve toujours une opérationnelle et le nettoyage est fait par le privé, donc ce n’est pas un obstacle.
* des usagers munis de titre de transport : grève des commerciaux ou pas, ce n’est pas un problème, on trouve des distributeurs automatique partout.
* un sillon c'est-à-dire un horaire et des agents comme moi, chargés de son respect : là non plus, pas de problème, tous les agents de maîtrise et cadres de mon service qui ne foutent rien sont censés être capable de nous remplacer. Alors certes, on ferme les petites lignes (pas assez de monde) mais sur du Paris vers n' importe où, c'est encore possible d’assurer le trafic.
* des rails et des installations qui fonctionnent : tout comme pour la rame, sauf en cas de conflit très long, l'entretien ne se fait pas au dernier moment (heureusement), donc pas de soucis, et en cas de panne le cadre d'astreinte doit, lui aussi, être capable d'intervenir quitte a faire faire le boulot par une boite privé sous son contrôle. De toute façon, il y a des années que dans ce domaine, la SNCF externalise.
- du personnel de bord : là, ça se complique... Il faut des agents assermentés pour le contrôle (on peut sans doute récupérer un peu de cadre), et surtout des conducteurs. Eux, personne ne peut les remplacer, ni une machine ni un chef lambda.
Pour résumer, si tu dois conseiller un neveu ou un ami qui rentre à la SNCF, dis-lui, s’il le peut, de devenir conducteur ! Je m'arrête là dans ma description de mon entreprise, je te précise que j'ai pris quelques raccourcis pour ne pas être trop long. Je te ferai toutefois une ou deux précisions dans mes derniers mails. Je te dirai alors ce que je pense du service minimum, de la reforme des retraites, du statut du cheminot en général et surtout de la manière dont, à mon avis, mon entreprise devrait évoluer.
Réba