| « Chapeau bas | Serons-nous tous morts dans quatre ans ? » |
1/ La controverse sur la mesure du pouvoir d'achat par l'INSEE prend de l'ampleur. Enfin, serais-je tenté d'écrire... Dans la dernière livraison de 60 millions de consommateurs, l’INC se démarque de l’INSEE et de son mode de calcul (dénoncé récemment ici) de l’évolution du pouvoir d’achat des ménages. La neutralisation des effets de l'augmentation du nombre des ménages et la prise en compte de la hausse des prix de l’immobilier pour tous les ménages, et non plus pour les seuls ménages locataires comme le fait l’INSEE, donne un tout autre visage (Cf. tableaux ci-dessous) à l’évolution du pouvoir ces dernières années, sans doute bien plus proche de la réalité et donc du ressenti du "ressenti" des ménages, que la mesure qui en est faite par l’INSEE :
Source : www.60millions-mag.com

Source : www.michel-edouard-leclerc.com
En cumul de 2002 à 2006, le pouvoir d'achat des ménages a donc augmenté de 10,5 % selon l'INSEE et de seulement 2,4 % selon l'INC... Et encore s'agit-il d'une évolution moyenne. A quand le calcul par l'INC d'évolution de pouvoirs d'achat catégoriels ? Par strates de génération par exemple. Il y aurait sans doute de quoi être surpris...
2/ Xavier Darcos n'a pas tardé à réagir en réunissant dans l'urgence les représentants de la grande distribution. Et le Ministre d'annoncer à la galerie, avec moult effets, avoir obtenu une baisse des prix de 30 fournitures scolaires. Oubliant au passage qu'une majorité de familles achètent les fournitures de base dès... juillet. Mais bon. Surtout, le problème, sont-ce les prix ? Ne sont-ce pas plutôt les salaires, serrés au maximum depuis 20 ans par les entreprises pour compenser des coûts salariaux plombés par la hausse des prélèvements, puis par la mise en place des 35 heures (sauf évidemment dans les secteurs où il y a plus de postes à pourvoir que de candidats à l'embauche) ?
Son Président de patron l’a bien compris, lui qui a demandé, lors de son discours devant l’université d’été du Medef, que les entreprises se montrent bienveillantes en matière de rémunération ("Mais vous aussi vous devez jouer le jeu. Vous devez investir, vous devez respecter l'obligation de négocier sur les salaires. Vous devez faire un effort sur les salaires chaque fois que c'est possible. Le mot salaire ne doit pas être un gros mot. C'est le prix du rétablissement de la confiance avec les salariés."). Cela tient largement du vœu pieux et il faut espérer que Nicolas Sarkozy en est bien conscient. Les entreprises ne lâcheront du lest sur les salaires que le jour où les difficultés à recruter seront suffisantes pour que le rapport de force entre employeurs et salariés se trouve inversé. Et pour en arriver là, que de chemin à parcourir ! Que de mesures douloureuses et impopulaires à mettre en place ! Et à examiner le bilan des 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy, on se prend à penser, comme Marc Touati, que tout reste à faire. Un exemple : la restructuration de l’Etat et la réduction du train de vie de la sphère publique, conditions indispensables de la baisse des prélèvements qui plombent les entreprises et génèrent du chômage de masse, se sont pour l’instant perdues dans la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Peut-on trouver plus bel exemple de la pusillanimité des dirigeants politiques en matière de réduction des effectifs publics ?
3/ Pendant ce temps-là, l’Allemagne touche les premiers dividendes de ses efforts d’adaptation aux défis de la mondialisation et du vieillissement démographique. La croissance s’inscrit à 2,5 %, le chômage est annoncé au plus bas en 2008 avec un recul de 360.000 du nombre de chômeurs, les comptes publics affichent un excédent au premier semestre 2007, les dépenses de consommation sont reparties à la hausse au second trimestre malgré la hausse de 16 % à 19 % de la TVA au 1er janvier, et les excédents commerciaux s’accumulent en dépit de la hausse de l’euro. Il est vrai que l’Allemagne a fait depuis 4 ans un autre choix que la France, celui d’assainir ses finances publiques au risque du mécontentement populaire. Serions-nous si exceptionnels, nous Français, que nous pourrions nous affranchir des lois de l’économie ? Cela reste à voir…