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24.05.10

Permalien 21:28:48, par Denis Email , 13 mots   French (FR) latin1
Catégories: Le Temps d'Agir

Entracte...

Une troisième fois. Et à nouveau pour une durée indéterminée.

06.05.10

Permalien 08:43:00, par Denis Email , 614 mots   French (FR) latin1
Catégories: Situation financière de l'Etat, Dette publique, Déficits publics

Des Pyrrhus qui s’ignorent

Les marchés financiers, cette sorte de Moloch sans visage constitué des milliers ou dizaines de milliers d’acteurs de l’industrie financière qui décident des investissements et des arbitrages à réaliser, se réveillent et s’inquiètent, enfin et non sans raison, des déficits publics et de l’endettement accumulé par les Etats. Des déficits et de l’endettement accumulés depuis trente ans, que ce soit en Grèce ou en France, du fait d’une double lâcheté : Une lâcheté face aux gestionnaires de la dépense publique, aux syndicats de la fonction publique, aux groupes de pression et aux intérêts corporatistes de toute sorte, qui ont obtenu moyens et effectifs supplémentaires, subsides et sinécures, Une lâcheté face aux impacts largement prévisibles sur les régimes de retraite du vieillissement démographique et de l’allongement de l’espérance de vie. Et la facilité avec laquelle nos gouvernants ont pu laisser filer les déficits publics et les financer auprès des marchés financiers par le recours à l’endettement n’était pas non plus pour les inciter à cesser de se vautrer dans leur lâcheté et le court-termisme électoral. Des déficits et de l’endettement démultipliés ensuite par les effets de la crise financière, qui a contraint les Etats à intervenir massivement pour soutenir des économies en situation d’infarctus après la faillite de Lehman Brothers. Après trois décennies passées à acheter sans barguigner des emprunts de n’importe quel Etat pour investir les derniers excédents des caisses de retraite et l’épargne des contrats d’assurance-vie en euros, les marchés financiers ouvrent les yeux et poussent les Etats les moins vertueux (la Grèce, le Portugal et l’Espagne aujourd’hui ; la France demain quoi qu’en dise 20minutes ?) aux mesures d’austérité que les dirigeants politiques n’ont pas eu le courage de prendre. Mais, en faisant ainsi la preuve de leur toute-puissance, les marchés financiers ne risquent-ils pas de causer leur propre perte ? A l’instar d’un vassal dont la richesse et la puissance susciterait l'envie de son suzerain désargenté, et aussi improbable que cela puisse paraître aujourd’hui, il n’est pas du tout inimaginable que les Etats, sous la double pression des opinions publiques (Cf. la crise sociale qui s’amorce en Grèce) et de la contrainte financière, en viennent à prendre des mesures d’exception visant entre autres à durcir la réglementation pour dompter ces marchés. Et l’arme ultime pour un gouvernement pourrait consister à nationaliser les banques et établissements financiers. La question de l’efficacité d’une telle mesure reste posée, mais chacun sait que les passions humaines s’embarrassent rarement de rationalité. Et il suffirait de dédommager les actionnaires des banques avec des emprunts d’Etat spécialement émis, voire des titres de rente perpétuelle au taux du livret A. Il y aurait une certaine ironie (pour ne pas dire une justice ?) à voir les actionnaires des établissements qui nous ont placés au bord du gouffre, voire y ont fait tomber quelques charrettes de salariés qui n’avaient rien demandé, devoir se satisfaire d’un intérêt annuel de 1,25 %. N’oublions pas enfin que les pays actuellement soumis à la pression des marchés financiers sont des démocraties où se tiennent régulièrement des élections, avec toutes les (mauvaises) surprises que cela peut réserver parfois… PS : Finalement, c’est en Grèce que j’aurais dû situer l’action de « Ras-le-Bol », le scenario y est rigoureusement identique.

28.04.10

Permalien 10:22:05, par Denis Email , 584 mots   French (FR) latin1
Catégories: Situation financière de l'Etat, Dette publique, Déficits publics

Tempête financière sur les emprunts d'Etat

Je ne résiste pas à la tentation de me faire un petit plaisir et de livrer ici un extrait de « Ras-le-Bol » (ce titre choisi par l’éditeur m’horripile toujours autant, Grrrr, et le titre original « Faillite d'Etat » aurait été bien plus adapté et moins racoleur), qui décrivait dès 2005 en l’appliquant à la France, l’engrenage infernal et la tempête financière que connaît la Grèce et que subira peut-être demain le Portugal : défiance des investisseurs face à la dégradation des finances publiques et au risque de faillite des Etats, forte tension sur les taux d’intérêt à servir sur les nouveaux emprunts à émettre, dégradation du rating par les agences de notation etc. Pour connaître la suite, lisez le roman. « La première réplique du séisme n’a d’abord touché que le microcosme des salles de marchés des établissements financiers. Dès le lendemain de la parution de l’interview dans Paris-Match, la rumeur s’est rapidement répandue chez les différents intervenants du marché obligataire français que la note AAA de l’État français avait fait l’objet d’une controverse au sein d’une des trois agences de notation financière. Tous les gros détenteurs d’obligations du Trésor, SICAV, compagnies d’assurance, fonds de pension anglo-saxons, ont commencé à alléger leurs positions en emprunts d’État. Cela n’avait rien d’étonnant de la part de ces investisseurs sur les marchés financiers qui, tels des moutons de Panurge, ont la mauvaise habitude de surréagir à la moindre rumeur de mauvaise nouvelle. Mais cela n’était pas sans conséquence pour l’État français. Les ordres de ventes massives d’obligations d’État ont provoqué une baisse brutale des cours. Le taux de rendement des emprunts d’État, qui correspond à la fois à la rémunération exigée par les investisseurs pour acheter des obligations du Trésor et au taux d’intérêt que doit verser l’État pour emprunter sur une durée de 10 ans, évolue strictement à l’inverse des cours des obligations. Alors qu’il naviguait entre 4 et 4,5 % depuis plusieurs années, il a brutalement augmenté, passant en quelques jours de 4,4 % à presque 6 %, traduisant ainsi les craintes des investisseurs à l’égard d’une détérioration de la qualité de signature de l’État français. Le jeudi suivant avait lieu l’adjudication hebdomadaire des emprunts d’État. Chaque semaine, l’État procède à de nouvelles émissions d’OAT, les obligations assimilables du Trésor, qui lui permettront de procéder au remboursement des lignes arrivées à échéance. Le placement de ces nouvelles obligations auprès des investisseurs est assuré par un petit nombre de banques à qui l’État a conféré le statut de Spécialiste en Valeurs du Trésor, SVT en jargon financier. Alors qu’en temps normal, la demande excédait l’offre, permettant à l’État d’emprunter à un taux qui rendait supportable un endettement de plus en plus lourd, ce jeudi-là, la demande de papier était tellement faible que les nouvelles émissions n’ont pu être placées auprès des investisseurs qu’en proposant un rendement de 6,6 %. L’État français devait maintenant emprunter à un taux 50 % plus élevé, ce qui alourdirait d’autant la charge de la dette, donc les dépenses publiques et rendait désormais vain tout espoir de retour à l’équilibre des finances publiques dans un avenir proche. »

25.03.10

Permalien 22:13:08, par Denis Email , 1587 mots   French (FR) latin1
Catégories: Situation financière de l'Etat, Dette publique, Déficits publics

Sortir de l'euro ?

Se poser la question d’une sortie de l’euro (de gré, ou même de force si l’on écoute Angela Merkel) et de ses avantages et inconvénients comparés est devenue furieusement tendance ces derniers temps avec les déboires financiers de la Grèce. Le sujet était abordé une nouvelle fois samedi dernier dans le cadre de Good Morning Week-end, l’émission hebdomadaire sur BFM où Fabrice Lundy commente avec quelques invités les faits marquants de l’actualité politique et économique de la semaine (une émission que je recommande vivement pour la qualité des analyses des invités et leur absence de complaisance, surtout lorsque les invités en sont Marc de Scitivaux et François Heisbourg, Cf. par exemple l’émission du 6 mars dernier sur le même sujet de la faillite des Etats - dont traite aussi ce bide littéraire qu'a été "Ras-le-bol"). Donc dans l’émission de samedi dernier (pour n’écouter que le passage sur l’euro, télécharger en podcast et écouter de la 14e à la 21e minute environ), une phrase de François Lenglet a remis en cause quelques unes des certitudes ancrées de longue date dans mon cerveau de financier. J’en profite pour revenir de façon un peu iconoclaste sur le sujet d’une sortie de l’euro. Sur ce sujet, les échanges des invités de Fabrice Lundy opposaient en gros les passions (au sens spinozien) des peuples et les réalités financières. A la tentation soulignée par François Lenglet d’une dévaluation en Grèce aujourd’hui et en Espagne demain, Philippe Tibi (Président d’UBS en France) opposait, non sans raison, que la Grèce se financerait alors non pas à 6 %, mais à un taux prohibitif de 15 %. Et François Lenglet de rétorquer alors que certes, mais qu’une dévaluation rassurerait les marchés par la promesse d’une croissance future (ça, j’y crois moyen mais j’y reviendrai), et surtout que l’euro était devenu le franc CFA de l’Europe du Sud, ce qui arrange les élites locales en préservant leur pouvoir d’achat international et en leur permettant de délocaliser leur épargne à l’étranger. Un argument qui, je dois l’avouer, a fait mouche dans mon esprit. En d’autres termes et de façon un peu schématique, les milieux aisés (cadres dirigeants, professions libérales etc), dont on sait que les revenus, que ce soit en Grèce ou en France, pâtissent assez peu de la concurrence à bas coût de la main d’œuvre chinoise, tirent plutôt avantage de l’euro et de sa vigueur, par exemple lors de leurs séjours touristiques à l’étranger. En revanche, le salarié d’un secteur d’activité exposé à la concurrence internationale subit lui les inconvénients de la monnaie forte qu’est l’euro (de façon simplifiée, les produits fabriqués par son entreprise coûtent encore plus cher et sont donc moins compétitifs par rapport à ceux en provenance des économies émergentes, d’où un risque de délocalisation). Et comme il y a assez peu de chances que ses moyens financiers lui permettent d’aller séjourner dans un hôtel quatre étoiles à Londres ou à New-York, il ne profite guère des avantages du niveau élevé de l'euro. Une fois énoncé cet argument (dont on se demande comment Olivier Besancenot ou Marine Le Pen n’ont pas encore pensé à l’utiliser), un pays comme la Grèce (ou la France…) aurait-il pour autant intérêt à sortir de la zone euro ? Pas facile de reprendre de façon simple les incidences d’une sortie de l’euro. Commençons par un petit rappel sur le passage à l’euro : Au moment du passage à l’euro, la dette publique française a été convertie de francs en euros sur la base d’un taux de conversion de 1 € = 6,55957 FRF fixé de façon certes rationnelle mais néanmoins « administrée ». Le 4 janvier 1999, après un week-end de bascule informatique, 3 680 milliards de francs de dette publique sont devenus 561 milliards d’euros (pour ceux qui s’étonneraient de ce montant, il s’agit de la dette publique négociable de l'époque). Mis en circulation le 1er janvier 2002 sous sa forme fiduciaire (pièces et billets dans nos porte-monnaie), l’euro a en effet été utilisé dès le 1er janvier 1999 pour la cotation des actifs financiers (actions, obligations parmi lesquelles les emprunts émis par l’Etat français). Dans l’hypothèse où un pays déciderait de sortir de l’euro à sa propre initiative, si la France décidait par exemple de revenir au franc, deux cas de figure se présenteraient à mon sens (je n’ai rien trouvé, même sur le site de l’agence France Trésor, sur les caractéristiques contractuelles des emprunts d’Etat et donc sur une éventuelle clause quant à la devise de rembousement). 1/ La dette publique reste libellée en euros Il est extrêmement probable, pour ne pas dire absolument certain, qu’un pays qui sortirait de l’euro pour cause de difficultés financières, verrait sa monnaie immédiatement attaquée sur les marchés et se dévaluer rapidement par rapport à l’euro et aux autres devises. Sauf évidemment, si c’était l’Allemagne qui sortait volontairement de l’euro pour revenir au deutsche mark…. Donc à titre d’exemple : Si la France décidait de revenir au franc, elle devrait continuer à supporter une dette négociable de l’Etat qui atteint aujourd'hui 1.164 milliards d’euros. Le franc retrouvé ne se convertirait ensuite certainement plus sur la base de 1 € = 6,55957 FRF, mais plus vraisemblablement sur la base de 1 € = 10 FRF ou 1 € = 13 FRF par exemple. L’Etat se trouverait donc contraint d’acheter des euros avec un franc dévalué et le remboursement de la dette et le paiement des intérêts lui coûterait 50 % plus cher (cas de 1 € = 10 FRF) ou deux fois plus cher (1 € = 13 FRF). La dette de 1.164 milliards d’euros serait donc devenue 50 % ou 2 fois plus élevée. Sans parler des taux à servir sur les nouveaux emprunts émis qui ne serait plus de 3,5 % comme actuellement (taux de l’OAT à 10 ans), mais de 8, 10 ou 15 %. 2/ La dette publique est convertie autoritairement dans la monnaie d’origine Toujours dans l’hypothèse où la France décidait unilatéralement de revenir au franc, l’autre alternative consisterait à convertir les 1.164 milliards d’euros de dette publique. Sur la base du taux de conversion de 1 € = 6,55957 FRF (par hypothèse), cela serait théoriquement neutre pour les détenteurs d’emprunts d’Etat français. Théoriquement seulement. Car il ne fait pas de doute que le franc se trouverait dévalué face à l’euro dans les jours ou les semaines qui suivent. Et si le taux de change était par exemple de 1 € = 10 FRF, les détenteurs d’emprunts d’Etat verraient la valeur de leurs avoirs amputés d’un tiers. Dans un tel cas de figure, la France (ou tout autre pays) n’aurait pas d’effort financier supplémentaire à fournir pour rembourser la dette et payer les intérêts. En revanche, compte tenu de cette spoliation ouverte des investisseurs, il n’y aurait plus guère de candidats pour acheter des nouveaux emprunts d’Etat. La France se trouverait condamnée à l’autarcie financière avec deux solutions pour l’Etat : revenir immédiatement à une situation d’excédent budgétaire pour ne plus avoir à emprunter, ou emprunter autoritairement auprès des citoyens. Bien sûr, tout cela est très simplificateur. Il conviendrait de tenir compte de multiples facteurs, les possibilités d'intervention du FMI etc. Il n'empêche, dans les deux cas, il me semble que les inconvénients d’une sortie de l’euro l’emporteraient largement sur les avantages du supplément de croissance qui pourrait être espéré d’une devise plus compétitive. Que faire alors dans le cadre de la zone euro ? La baisse de l’euro constatée depuis plusieurs semaines pourrait si elle se poursuit redonner de la compétitivité à l’exportation aux pays d’Europe du Sud. En ce qui concerne la valeur interne de l’euro (niveau général des prix au sein de la zone euro), un peu plus d’inflation (qui n’est pas autre chose qu’une spoliation larvée des détenteurs d’emprunt d’Etat) pourrait être tentant (sans même s’inquiéter du risque pour la Grèce de finir comme le Zimbabwé et ses milliards de % d’inflation). Le principal obstacle à un effacement partiel des dettes publiques par le biais de l’inflation me semble résider dans le contexte de mondialisation et de concurrence des économies émergentes qui fait que les salaires ne progresseraient pas ou peu (contrairement aux années soixante-dix où les baby-boomers ont profité de salaires indexés sur une inflation à deux chiffres). Le mécontentement social risquerait de prendre rapidement des proportions incontrôlables. Après, il reste la guerre. Fort heureusement, on en est loin. Encore qu’à voir la tournure que prennent les manifestations d’humeurs des opinions publiques allemande et grecque, on puisse s’interroger sur fondamentaux de la nature humaine. PS : A lire aussi sur le sujet des dettes publiques des pays de la zone euro, le point de vue de Nouriel Roubini dans les Echos du 22 mars 2010. Update : "Sortir de l'euro ? (version revisitée)"

21.03.10

Permalien 21:30:58, par Denis Email , 150 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

A quoi bon ?

Soirée électorale indigente sur TF1 avec Laurence Ferrrari uniquement préoccupée de questions de personnes (« Faut-il un remaniement ? », « François Fillon doit-il démissionner ? », « Un changement de gouvernement ? »), qui donne l'impression de piger pour Gala. A quoi bon souligner que le succès de la gauche (relatif avec plus de 50 % d’abstention) fait le jeu de Martine Aubry, et donc de Nicolas Sarkozy pour 2012, qui peut espérer que cela réduit d’autant les chances de come-back de Dominique Strauss-Kahn ? A quoi bon se demander ce que le chômeur de longue durée ou le salarié licencié pour cause de crise économique mondiale ont pensé des discours convenus des représentants des partis politiques sur le plateau de la première chaîne d’information ? Bon allez, je zappe pour « Coup de foudre à Notting Hill » sur W9. Au moins, c’est frais et plein d’espoir.

03.03.10

Permalien 20:18:33, par Denis Email , 403 mots   French (FR) latin1
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

De l’indignation

Dans un récent numéro du Point (n° 1949 du 21 janvier 2010), ramassé dans le RER (habitude de papivore dont se gaussent mes enfants), je lisais il y a quelques jours la chronique de Patrick Besson où il formulait, de façon délicieusement drôle, ses « Conseils à Miss France » au cas où elle serait amenée à faire un stage dans les services du Point. Quand soudain je tombe sur cette phrase : « Pas trop d’indignation, arme facile qui finit par peser lourd au bout du stylo. » Voilà que, tout à coup, un malaise me saisit, le doute m’envahit, la honte me pétrifie. Car que sont ce blog et « Ras-le-bol », si ce ne sont des blocs d’indignation ? De l’indignation brute, à vif, de l’indignation bénévole, désintéressée, peut-être d’origine névrotique, mais de l’indignation quand même. Et de me sentir jugé, condamné et cloué au pilori par cette phrase d’une figure en vue de la vie éditoriale et littéraire française. Et même prêt à m’autoflageller, me disant tout à coup que « oui, c’est vrai, l’indignation c’est facile, ça n’apporte rien etc ». Les heures et les jours aidant, et comme il m’arrive de réagir en escalier, j’en arrive finalement à la conclusion que Patrick Besson se place dans une posture d’intellectuel éditorialiste, une posture sans doute inévitable dans sa situation, mais une posture quand même. Ce qui n’enlève rien à son talent et surtout à l’esprit dont il fait preuve dans ses chroniques. Même si « l’indignation est le déplaisir que nous cause l'idée du succès de celui que nous en jugeons indigne » (Stendhal), même si elle s’exprime toujours au risque de la facilité, l’indignation ne reste-t-elle pas indispensable, et même légitime, en ces temps où le double salaire d’Henri Proglio et les bonus bancaires à plusieurs zéros disputent les feux de l’actualité économique aux faillites et aux plans de licenciement ? Et qu’étaient Beaumarchais ou Mirbeau (mes deux modèles, sans conteste plus doués que moi) sinon des champions de l’indignation ? Allez, je m’en retourne à mon projet de second roman. Je vais essayer d’y mettre plus de sexe et moins d’indignation. Ça m’aidera peut-être à trouver un éditeur quand il sera terminé.

04.02.10

Permalien 09:08:42, par Denis Email , 0 mots   French (FR) latin1
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Xavier Bertrand tombe le masque

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Clash Xavier Bertrand
envoyé par Dailygratuit. - Regardez les dernières vidéos d'actu. Profitant de son indéniable aisance médiatique, Xavier Bertrand s’est fait plaisir en humiliant Nicolas Totet, un journaliste du Courrier Picard, qui serait bien inspiré de se faire offrir une formation d’art oratoire par son employeur. Je ne maîtrise pas les arcanes et les dessous de la vie politique saint-quentinoise (il semblerait que, des deux canards locaux, le Courrier Picard ne soit pas le plus favorable à la majorité municipale) et il y a peut-être entre ces deux hommes matière à règlement de comptes. Mais on n’a jamais vu un gentleman régler ses comptes sur un terrain où la supériorité lui est acquise. Encore l’aurait-il fait sous le coup d’une vraie colère. Mais à son ton posé et à son sourire satisfait de voir se décomposer en direct ce journaliste, on subodore vite que la correction était préméditée. Surtout, Xavier Bertrand s’est trompé d’époque. Maintenant que des banquiers et des traders assoiffés de bonus à plusieurs zéros ont failli faire sauter la planète économique, les valeurs en hausse sont la simplicité, la modestie, la courtoisie et la gentillesse. Oh, bien sûr, ce n’est qu’une mode qui ne résistera pas longtemps aux penchants naturels de l’être humain, à un taux de chômage de 10 % et à l’appât du gain. Et puis, tout le monde aura oublié cette arrogance d’anthologie en 2017 ou 2022. Xavier Bertrand n’a guère de souci à se faire. Mais quand même. On se doute bien que pour être arrivé là où il est, qui plus est en si peu de temps, Xavier Bertrand n’est pas un Bisounours. Je ne suis pas certain pour autant qu’il gagne quelque chose à étaler ainsi le fonds de son âme.

09.01.10

Permalien 05:24:42, par Denis Email , 946 mots   French (FR) latin1
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Crise de versatilité

Au risque de la versatilité, je me ravise finalement pour un nouveau dernier billet. D’abord pour me livrer à l’exercice des vœux, habituel en ce début d’année, et surtout pour vous confier quelques réflexions, qui me sont venues à l’esprit pendant les congés pris à l’occasion des fêtes de fin d’année, sur ce que nous promet 2010. Cette volte-face ne m’affecte guère. Il y a quelques mois maintenant que j’ai renoncé à tout espoir de cohésion éditoriale sur ce blog. Depuis que je ne l’alimente plus régulièrement faute de temps, il connaît le sort de toutes les jachères. Il appartient désormais aux friches numériques, aux vestiges d’Internet. Le souci, c’est que ces vestiges numériques, contrairement à leurs homologues antiques, commencent à être tellement nombreux qu’ils doivent perdre de leur intérêt. Je post-daterai donc le précédent billet annonçant un nouvel entracte pour une durée indéterminée après avoir laissé vivre quelques jours ce nouvel avatar, et le tour sera joué. Donc : 1/ Je vous souhaite, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une année 2010 très heureuse. Je vous souhaite surtout que cette nouvelle année vous voie en bonne santé. Portez-vous bien, c’est largement suffisant, le reste suivra pour ceux qui veulent s’en donner la peine. NB : Je suis conscient que cette dernière remarque peut avoir des relents un peu libéraux aux yeux de certains, mais je l’assume pleinement. Même si je considère que les inégalités se creusent de façon excessive et inconsidérée depuis trois décennies, au risque de mettre en péril un jour notre vie en commun, et qu’il est nécessaire de corriger ces inégalités (thème rabâché encore récemment ici), je reste aussi convaincu de la suprématie de l’économie de marché et du mérite individuel. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ou qui se couchent tard (ou qui ont des insomnies…), en tout cas à ceux qui sacrifient une partie de leur sommeil à leur travail. 2/ Alors, à quoi peut-on s’attendre en 2010 ? Outre une sortie de crise laborieuse, pour cause d’une part d’effet-retard en termes d’emploi (qui continuera à pâtir de la crise alors que les indices boursiers, CAC 40 en tête, sont à la fête depuis mars dernier grâce à l’abondance de liquidités mises à disposition des croupiers bancaires par les banques centrales) et d’autre part de capacités de production irrémédiablement perdues (sujet déjà évoqué ici), la principale préoccupation pour 2010 concerne à mon avis le risque souverain, i.e. la possibilité pour les Etats de continuer à lever des milliards d’euros (ou de dollars) auprès des investisseurs pour financer des déficits massifs, décuplés par la crise financière et les plans de relance pour en sortir. 2010 sera-t-elle l’année où des Etats feront faillite ? On pense évidemment aux désormais fameux « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce, Spain), mais à voir la situation financière de plusieurs Etats des Etats-Unis, on peut se demander si le risque reste vraiment circonscrit aux pays « Club Med » de l’Union Monétaire Européenne. « On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire », la citation de Céline (il ne s'est pas toujours fourvoyé) qui sert de based-line à ce blog, sera-t-elle l’antienne de l’année 2010 ? Avant de figurer en tête de ce blog, cette citation se trouve surtout en exergue de « Ras-le-bol », roman qui, rappelons-le, imaginait en France ce qui se passe actuellement en Grèce : une dégradation du rating de la dette de l’Etat entraîne des difficultés de financement et une hausse du coût de la dette ; cette détérioration des conditions de financement force le gouvernement à prendre des mesures impopulaires, notamment en termes de réduction des dépenses publiques, ce qui a pour effet de jeter la population dans la rue. Et encore, ça, c’était en 2005, quand on ne parlait pas encore trop des bonus des traders. Alors maintenant, vous imaginez : si le gouvernement, acculé à la rigueur financière sous la pression des marchés financiers, vient expliquer un jour à des millions de salariés et de fonctionnaires qu’il n’a pas d’autre choix que d’augmenter les impôts et de couper dans les dépenses et qu’ils vont devoir se serrer la ceinture, alors que quelques milliers de traders se seront partagés des dizaines de milliards d’euros de bonus grâce à l’excellent cru 2009 sur les marchés financiers, c’est l’émeute assurée. Pour mémoire, la dernière fois que la dette publique a atteint des sommets en France en temps de paix, c’était en …1788 ! Et à l’époque, c’est pour trouver une solution et sortir de cette montagne de dettes qu’ont été convoqués les Etats Généraux. Avec les suites que tout le monde connaît, qui ont conduit en 1797 à l'annulation des deux tiers de la dette publique. PS : Je viens de réaliser que le 1er et le 8 mai tombaient un samedi cette année. Un mois de mai sans ponts et sans week-ends prolongés dans un contexte de sujets qui fâchent, du genre réforme des régimes de retraites et plan de rigueur budgétaire, c’est la porte ouverte à toutes les aventures. Il ne manquerait plus qu’il fasse beau temps.

25.12.09

Permalien 17:31:24, par Denis Email , 13 mots   French (FR) latin1
Catégories: Le Temps d'Agir

Entracte...

Une deuxième fois. Et à nouveau pour une durée indéterminée.

18.12.09

Permalien 07:14:22, par Denis Email , 1492 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

La mythique troisième voie

Les résultats du sondage TNS Sofres réalisé pour Altedia (les Echos du lundi 30 novembre) illustrent, s’il en était encore besoin, le malaise de la grande majorité des salariés, qu’ils appartiennent au secteur privé ou à la fonction publique. Avec six salariés sur dix pour estimer que, dans leur entreprise (ou dans leur administration, le malaise est le même chez les fonctionnaires et salariés du secteur public), les intérêts de leurs dirigeants ne vont pas dans le même sens que les leurs et que les écarts de rémunération ne sont pas justifiés, avec quatre salariés sur cinq qui considèrent que les intérêts des entreprises et des dirigeants ne coïncident pas avec ceux des salariés, et un salarié sur trois jugeant légitime le recours à la force par les salariés pour faire aboutir leurs revendications, il y aurait de quoi se poser des questions sur le fonctionnement disharmonieux des entreprises et des administrations. Pas pour Laurence Parisot, qui continue d’affirmer contre toute évidence qu’il n’y a pas de divorce entre les entreprises et leurs salariés. Mais un tel déni de la réalité n’étonnera personne de sa part. Mécontentement du fait de l’insuffisance de rétribution et de reconnaissance, sentiment d’injustice face aux milliards de dollars et d’euros de profits, aux millions de dollars et d’euros de bonus, de parachutes dorés et de stocks-options, voilà bien la réalité du sentiment de nombre de salariés à l’égard du traitement qui leur est réservé par leur employeur. Même s’ils ne l’expriment pas forcément sur leur lieu de travail par crainte du chômage et du déclassement qui s’ensuit, ce qui contribue à entretenir les illusions de Madame Parisot. Il faut avouer que la farce est un peu grosse. Après la décennie des années quatre-vingt marquées par les restructurations industrielles et l’apparition du chômage de masse, les salariés ont vécu la première moitié des années quatre-vingt-dix dans la récession et la crise immobilière et la seconde moitié dans le boom économique lié à l’apparition des nouvelles technologies (Internet, téléphone mobile), avant de voir exploser une première bulle financière. Cela a été pendant toutes ces années le même leitmotiv de dégraissages et de modération, voire de restriction, salariale. Et pendant le court répit de la fin des années quatre-vingt dix, alors que l’équipe de France de football gagnait encore élégamment ses matchs et que la croissance économique s’accélérait, les salariés n’en n’ont profité que sous forme de réduction du temps de travail, sans soupçonner que travailler moins les condamnerait à gagner autant, mais pas plus pendant de longues années. Il n’y a que le gouvernement, qui gagnait plus sans travailler plus, grâce aux fonds secrets et surtout aux recettes fiscales supplémentaires et imprévues qui allaient donner la fameuse affaire de la « cagnotte ». Et là, cerise sur le gâteau, arrive la décennie des années deux mille, où, grâce au gonflement en douceur de la plus grosse bulle financière de tous les temps, les revenus d’une minorité explosent. Avec de l’argent à ne plus savoir quoi en faire, traders, joueurs de foot, patrons et dirigeants d’entreprises acteurs de cinéma, avocats d’affaires, animateurs de télévision étalent dans les magazines people leurs villas de luxe et de rêve et leurs yachts toujours plus grands chaque été, pendant que le plus grand nombre obtient au mieux une augmentation de salaire trop chiche pour compenser l’inflation et surtout l’envolée des prix de l’immobilier. Et ce n’est pas fini. Car il faudra bien payer l’addition de la crise financière. Et qui va le faire, si ce ne sont les salariés, c’est-à-dire vous et moi, directement sous forme d’augmentation des impôts, de déremboursement de soins et de réduction des allocations diverses, et indirectement parce que les entreprises réduiront leur masse salariale en cas d’augmentation de leurs charges ? Il reste donc bien un marché (politique) à prendre entre Olivier Besancenot et Nicolas Sarkozy, entre le PS et le FN, entre Europe Ecologie et le Modem, une demande à satisfaire pour plus d’équité et de justice dans la répartition des richesses au sein de la société tout en préservant la viabilité économique et la pérennité des entreprises. Et l’offre en face a bien du mal à répondre à la demande. Besancenot a les bons accents, mais l’électorat sent sans doute confusément que ses solutions (interdire les licenciements etc) n’en sont pas et nous condamneraient à jouer un mauvais remake de l’Union Soviétique avec ses files d’attente devant des étals de magasin vides. Le Front National est un défouloir mais restera toujours, du fait de l’expérience nationale de l’Occupation et de la collaboration, un épouvantail trop repoussant qui fera voter ensemble au deuxième tour électeurs de droite et sympathisants de gauche. Le Parti Socialiste a toujours été dans l’exercice du pouvoir plus gestionnaire que réformiste, du fait sans doute de sa culture qui noie les convictions fortes dans les synthèses de fin de congrès, et ce n’est pas dans son état actuel qu’il semble en mesure de produire un leader charismatique capable de concilier la compétitivité des entreprises avec la nécessaire reconstruction du tissu et de la cohésion sociales dans un contexte de régimes de retraite en faillite potentielle et d’un Etat tellement vivant tellement au-dessus de ses moyens qu’il se trouve à la merci des investisseurs internationaux en emprunts publics. Europe Ecologie porte l’étendard de préoccupations légitimes mais qui semblent trouver plus facilement des traductions au niveau local que pouvoir constituer un projet de gouvernement sur le plan national. Bayrou a bien saisi cet air du temps, cette demande pour plus de justice et d’équité, et se pose en défenseur des petits, mais il lui manque une organisation qui ne se fasse pas broyer aux élections par la logique du système majoritaire à deux tours qui favorise le bipartisme. Nicolas Sarkozy aurait pu fournir la bonne réponse, avec son « travailler plus pour gagner plus » et sa défense de « la France qui se lève tôt ». Mais il s’est renié au moins trois fois en allant s’empêtrer dans le bling-bling du Fouquet’s, du yacht de Bolloré et de son remariage avec Carla Bruni, et surtout il traîne un bouclier fiscal devenu un boulet moral. Et quoique son volontarisme récent sur les bonus des traders puisse lui redonner un regain de popularité, ce n’est pas son virage jacobin sur fond de crise financière qui semble suffisant pour infléchir des pratiques, destructrices en termes de cohésion sociale, de la part des entreprises. Il reste donc un positionnement politique à occuper, à cheval entre gestion rigoureuse des finances publiques et redistribution des richesses, entre préservation de la compétitivité des entreprises et préoccupations sociales, entre efficacité économique et justice sociale. Concilier des exigences aussi contradictoires ira à l’encontre de tellement d’intérêts catégoriels et corporatistes que l’on peut légitimement se demander si cela est compatible avec notre système de représentation et de libertés publiques qui favorise le clientélisme électoral à court terme (question d’efficacité politique que se posait déjà Hobbes au XVIIème siècle). Sauf à trouver cette troisième voie, qui réconcilierait les Français entre eux et avec l’économie de marché, mais qui semble pour l’heure bien chimérique, le risque reste donc bien d’un statu quo, qui ne pourra que creuser un peu plus les inégalités entre une minorité de privilégiés et une gigantesque classe moyenne salariée en voie de paupérisation (phénomène accéléré par l’effet générationnel et la croissance molle que nous promet la sortie de crise). Et on ne voit pas comment ce lent pourrissement ne mènerait pas inexorablement à une explosion sociale. En émergeront alors peut-être, avec ou sans 18 Brumaire, les conditions d’une reconstruction harmonieuse de la vie en commun. PS : J’avais intitulé ce billet « Qui sera l’Elu ? » mais cela fleurait un peu trop les midichloriens et la mystique de l’homme providentiel, dont je reste pourtant convaincu qu’elle reste, à défaut d’avoir été un véritable fait de l’Histoire, un ressort de la psychologie des masses.

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