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27.04.08

Permalien 14:57:30, par Denis Email , 1009 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

L’an I de la rupture : premier bilan

Avant d’essayer de décrypter et de remettre en perspective les déclarations de Nicolas Sarkozy jeudi soir dernier, un peu de rétrospective ne sera pas inutile (cela aurait sans doute été encore plus utile avant l’émission, mais mon nouveau rythme de travail ne m’en a pas laissé la possibilité). Dès 2002, Nicolas Sarkozy a su saisir comme personne l’air du temps et l’aspiration au changement d’une majorité de Français. Au printemps 2007, il faisait naître pendant la campagne présidentielle pour toutes les couches sociales, depuis l’ouvrier jusqu’à son patron, des espoirs sans précédent de rénovation d’une situation économique et sociale sclérosée depuis deux décennies (la fameuse "rupture") et de déblocage de l’ascenseur social. Elu avec une confortable majorité il y a presque un an, Nicolas Sarkozy a réussi en 12 mois à dilapider ce capital de confiance, à décevoir les espoirs que les Français avaient placés en lui et à devenir le plus impopulaire des Présidents de la Cinquième République. Comment un tel gâchis a-t-il été possible ? Trois principaux facteurs expliquent, à mon humble avis, ce désamour brutal, sans que la liste soit exhaustive : 1/ Avant même d’être investi, Nicolas Sarkozy a commis sa première maladresse. Si ses penchants pour le luxe et le clinquant et ses frasques sentimentales ont fait les délices de la presse people pendant les premiers mois de son mandat, de Wolfeboro à Petra, ils ont aussi fait naître et grossir l’irritation d’un nombre croissant de Français qui ne se reconnaissaient plus dans ce Berlusconi à la française. Ce qu’ils acceptent, et dont ils sont même friands, d’une vedette de cinéma, d’un animateur télé ou d’un chanteur de variétés, a rapidement fait désordre de la part d’un Président de la République censé remettre de l’ordre dans les affaires de la nation et redonner le goût du travail et du risque à un pays frileux et replié sur lui-même. Que Nicolas Sarkozy soit allé après l’élection prendre un peu de repos dans un hôtel quatre étoiles à Biarritz, Saint-Raphaël ou Dinard n’aurait choqué que les anti-Sarko primaires. Mais être l’invité d’un grand patron sur un yacht de luxe, il ne pouvait y avoir de plus mauvais signal pour ceux qui comptent leurs euros en vacances et ne peuvent pas acheter tous les après-midi les glaces sur leur réclament leurs enfants. 2/ Si de nombreux chantiers ont certes été ouverts pendant ces douze premiers mois de présidence Sarkozy, la plupart l’ont été en évitant les sujets qui fâchent vraiment, avec un souci de ne pas brusquer les parties prenantes et un luxe de précautions qui ont fini par vider les premières réformes de leur substance (la loi Pécresse sur les universités a soigneusement évité les questions de la sélection et des droits d’inscription), voire en consentant des compensations dont le coût diminue voit annihile entièrement les économies attendues (la réforme des régimes spéciaux de retraite en est le meilleur exemple). Et il est à craindre que d’autres chantiers de plus longue haleine (RGPP) soient autant de montagnes accouchant de souris à force de vouloir éviter les mécontentements. Du coup, sans même parler de constater des résultats immédiatement tangibles en termes de pouvoir d’achat, de réduction de la précarité ou d’assainissement des finances publiques, ce qui aurait été bien chimérique, il n’y aura même pas eu un élan de confiance, d’optimisme et de foi dans l’avenir qui se soit formé. Les Français continuent de broyer du noir et d’avoir peur de tout, l’avenir, la mondialisation, les OGM et j’en passe. 3/ La principale explication à mes yeux de la disgrâce présidentielle réside dans l’asymétrie dans les efforts à consentir. Sous le prétexte de redorer la valeur travail et de libérer les énergies et dans l’illusion des effets bénéfiques du trickle-down, les premières réformes de l’ère Sarkozy ont surtout profité à ceux qui en avaient le moins besoin. L’acte fondateur de la présidence Sarkozy, le paquet fiscal, en est encore une fois le meilleur exemple. Nicolas Sarkozy et son gouvernement nous ont ressassé que sur les 14 milliards d’euros investis dans le paquet fiscal ("investis" est-il vraiment le terme le plus approprié ? "partis en fumée" serait plus exact), plus de 5 milliards allaient à la détaxation des heures supplémentaires et seulement 250 millions au bouclier fiscal. Peut-être (il faudra vérifier sur la base de l’exécution du budget…), mais ces heures supplémentaires auraient de toute façon été effectuées. Là où il aurait fallu appeler à l’esprit de solidarité et à la contribution de chacun selon ses moyens à l’effort de redressement, on a eu droit à une politique de classes au motif que, dans une économie mondialisée et dans une Europe dont la libre circulation des capitaux semble désormais constituer le principe fondateur, on ne saurait empêcher les riches de s’expatrier à Londres, Bruxelles ou Genève. Une idée contre laquelle je m’inscris totalement en faux. Sans rétablir un contrôle des changes qui fleurerait bon l’union de la gauche, il y a des moyens (que n’hésitent pas à employer les Etats-Unis ou la Suisse) pour dissuader les citoyens les plus aisés de se dispenser de la solidarité nationale. Cette absence d’équité dans la réforme, dont les Gracques se sont aussi fait l’écho avec un talent certain, a été et risque de rester le principal obstacle aux changements structurels dont a besoin notre économie. A suivre… NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.

24.04.08

Permalien 21:57:01, par Denis Email , 81 mots   French (FR) latin1
Catégories: Nicolas Sarkozy

Business is business

Trop de travail, trop de fatigue, pas assez de temps. Désolé. Il y avait pourtant plein de choses à dire. Avant l'émission sur les occasions gâchées et les réformes en trompe-l'oeil. Après l'émission sur une (enfin) vraie stature présidentielle en réponse aux questions (maladroites) d'Yves Calvi sur l'immigration et l'éducation, sur la démagogie en matière économique. D'autres l'ont dit ou le diront, qui plus est sans doute mieux que moi.

23.04.08

Permalien 14:10:58, par Denis Email , 98 mots   French (FR) latin1
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Vite fait sur le gaz

* La CGT et la CFDT ont eu gain de cause. Au détriment des salariés concernés. Comprenne qui pourra. * Après avoir racheté les Echos, Bernard Arnault aurait-il décidé d’en inspirer les éditoriaux ? * François Hollande a ouvert le premier blog 100 % sous-traité billets et commentaires (via Jules, l'article du dimanche 20 avril que je n'arrive pas à mettre en lien). * Le printemps est arrivé (au moins sur le calendrier si ce n’est dans le ciel) et le guide qui va avec est en librairie… NB : Pensez toujours à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

19.04.08

Permalien 07:43:01, par Denis Email , 974 mots   French (FR) latin1
Catégories: Chez les libraires

Sexe, économie de marché et ironie

"Dans notre clientèle, on trouve des gens brisés, des cadres intermédiaires méprisés d’un bout de l’année à l’autre, des maris cocus, des mômes timides et mal dans leur peau, des quinquagénaires aigris, des homosexuels contrariés, des piliers de bistrot, des blasés, des hystériques et des mystiques. Ils viennent tous avec le même désir au fond des yeux qui papillote au fond des yeux. Celui d’une bonne partie de jambes en l’air qui leur sauve le mois. Le même désir que les minets et les golden boys. Celui de posséder une de ces anatomies fuselées qui se baladent sous leur nez à longueur de publicités, de feuilletons télévisés, de flashs d’information, tout ce buzz médiatique où l’on ne peut même pas regarder un bulletin météo sans bander. Ils viennent chez nous avec un désir de magie. C’est pour ça que je parle de prophètes. Notre enjeu, il est à cette hauteur. Comment avec leurs passifs de pelliculeux ou de pedzouilles benoîts, ils vont se farcir une femme de rêve. Et ça marche. Ils se la farcissent. Et en prime ils dégorgent comme des bêtes, et cerise sur le gâteau, elle grimpe au rideau en hurlant." Du fantasme à portée de porte-monnaie… Voila le service que vend avec un succès phénoménal la Cité, mélange de maison close et de parc d’attraction sexuelle imaginé par Charles Robinson dans son premier roman "Génie du proxénétisme". Roman est d’ailleurs un terme impropre. "Génie du proxénétisme" est certes une pure fiction. Charles Robinson nous y raconte l’histoire de la création et du développement d’un projet d’entreprise un peu particulier, une entreprise sexuelle. Dans une région française sinistrée par les faillites et les délocalisations (le Nord, l’Est ?), les pouvoirs publics donnent leur aval à un projet de reconversion sans précédent, l’ouverture d’un vaste centre offrant des services sexuels. Et l’auteur de nous livrer le détail des prestations, du profil des salariés et du management au quotidien dans cette entreprise imaginaire de prostitution officialisée et rationalisée, en la comparant à la prostitution "artisanale". Plus qu’un roman, c’est une fiction narrée sous une forme résultant d’un savant mélange entre l’ouvrage de stratégie d’entreprise et de management, l’autofiction sexuelle, le business plan et le pamphlet poujadiste. Le tout dans un stylé détaché et pince-sans-rire, presque froid, mais à l’ironie mordante. Avec une petite réserve toutefois : un côté parfois répétitif du deuxième tiers du livre, passée la surprise des premières pages et avant les meilleurs passages dans le derniers tiers (Cf. ci-dessous). Une pure fiction ? Ce n’est quand même pas très éloigné de ce qui peut exister à Berlin avec cette sorte de bureau de passage pour prostituées qu’est Artémis. Une tentative de lever l’hypocrisie qui règne sur la question du sexe tarifé serait donc sans doute une définition plus exacte. Et du sexe tarifé pris au sens large. Pas seulement la prostitution classique rémunérée en espèces sonnantes et trébuchantes, mais aussi celle, présente partout, qui consiste pour un individu, homme ou femme, à la plastique attrayante à user de ses charmes pour obtenir un poste, un rôle ou un contrat. A cet égard, j’ai particulièrement aimé le témoignage imaginaire de Grégory. Rien que pour ce passage-là et quelques autres (la recherche de la "mère suprême", la description des "produits" par le Directeur des Relations Humaines, le décryptage des techniques de marketing – "Un client n’achète pas seulement un produit, il s’achète lui-même achetant le produit avec les signes de reconnaissance appropriés : il devient consommable. Personne ne peut savoir qu’il a besoin d’un produit tant qu’il ne sait pas ce que ce produit lui apporte en termes d’image." – ou encore les réflexions caustiques sur l’état de la France - "On ne peut pas vouloir être leader en Europe sur l’harmonisation, et réclamer un statut d’exception légitimé par les préjugés nationaux."), le livre mérite le détour. Si on n’a pas trop de tabous par rapport au sexe. Ou peut-être justement si on en a de trop…. Depuis que l’homme est homme, le sexe reste quand même sa grande préoccupation après sa survie. Sous ses dehors provocateurs (c’est quand même assez cru et hot), qui ne manqueront pas de choquer les affidés de Jean-Paul II et Benoît XVI, et au-delà du cynisme apparent consistant à pousser jusqu’au bout la logique de l’économie de marché en l’appliquant à la prostitution, on peut voir dans cet ouvrage certes une défense de l’économie de marché et du processus de destruction créatrice cher à Schumpeter ("Pour lutter contre le chômage, il y a les solutions socialistes : on divise chaque poste de travail par deux, on divise les salaires, et on augmente le coût du recrutement pour le contribuable. C’est philosophiquement très beau mais ça ne marche pas. L’autre solution, c’est d’inventer des emplois. Inventer des services. Imaginer.") mais aussi une critique sous-jacente assez lourde de la suprématie absolue de l’argent, de l’omniprésence du sexe dans nos économies virtuelles et des frustrations qui en résultent. NB : Pensez à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

17.04.08

Permalien 22:09:44, par Denis Email , 247 mots   French (FR) latin1
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais pourront-ils être pardonnés ?

Bouclier fiscal : 222 millions d’euros restitués à plus de 23.000 contribuables qui, pour la plupart, n’attendaient pas après ça pour vivre Allocations familiales : 138 millions d’euros d’économies réalisées sur le dos de dizaines de milliers de familles dont certaines sont réellement à 30 euros près dans leur budget mensuel. Se rendent-ils bien compte, dans le 7e arrondissement, de ce que cela coûte d’élever des préados ou des ados dans un monde où tout augmente sauf les salaires ? Que faut-il pour que ces Messieurs-Dames de la France d’en haut prennent conscience des dommages irréversibles qu’ils sont en train d’infliger à la confiance des Français dans leurs élites politiques ? Et pourtant, je ne suis pas un grand fan de Royal, Fabius et consorts. Ça va mal finir comme a écrit quelqu’un dont j’ai hâte de pouvoir lire l’opus ! PS : Et je ne parle même pas de l’inanité des raisons avancées par le gouvernement pour essayer de justifier cette modification des allocations familiales ("c'est à l'âge de 14 ans que les dépenses des familles augmentent"), ni de l’iniquité de la mesure de remplacement consistant à augmenter la prestation d’accueil du jeune enfant alors que les familles qui en bénéficient profitent déjà d’une réduction d’impôt qui peut atteindre 7.500 euros (je sais de quoi je parle…). NB : Pensez à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

14.04.08

Permalien 22:16:47, par Denis Email , 300 mots   French (FR) latin1
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Autorégulation des systèmes

Les émeutes de la faim qui se sont multipliées dans les pays les plus pauvres me ramènent à une vieille idée qui me taraude de temps à autre. Convaincu que tout excès au sein d’un système finit par produire lui-même les forces qui le corrigeront et ramèneront le système à l’équilibre, selon un phénomène que l’on pourrait qualifier trivialement de retour de balancier, je pense souvent (sans pourtant aimer à le faire au cas d’espèce) que notre merveilleuse planète et notre non moins merveilleuse espèce humaine (hum…) finissent toujours produire les phénomènes qui les préserveront, quitte à ce que ce soit au prix d’un gigantesque retour en arrière permettant de repartir de zéro ou de presque rien. Je ne serais pas étonné que, dans les décennies à venir, une gigantesque épidémie qui fera passer la grippe espagnole pour de la roupie de sansonnet apporte une solution brutale et cruelle mais efficace aux problèmes de surpopulation et de pollution excessive. De même qu’aujourd’hui, la création excessive et incontrôlée au plan financier de liquidités cherchant à s’investir à tout prix pour satisfaire les exigences de rentabilité de leurs détenteurs, a fini par gonfler de façon inconsidérée les prix des matières premières de toutes sortes et a pour conséquence ultime un début de fronde des affamés du monde entier. Les rues de Port-au-Prince ne sont certes pas la Fifth Avenue ou les Champ-Elysées et les filets de protection sociale de nos économies développées continuent d’amortir les souffrances des plus défavorisés. Jusqu'à quand ? NB : Pensez à éviter la fonction "Prévisualiser" pour vos commentaires.

09.04.08

Permalien 21:31:05, par Denis Email , 192 mots   French (FR) latin1
Catégories: Médias

Nous vlà bien !

Il est indéniable que mes concitoyens ont une marge de progression en matière de culture économique et financière (alors même qu'ils s'appliquent à eux-mêmes dans la gestion de leur budget les mêmes principes qui prévalent pour une entreprise ou un Etat - avec des termes plus savants mais qui recouvrent les mêmes réalités financières que pour un ménage). De là à ce que même cette institution de la presse économique et financière que sont les Echos soutienne la création de l'Institut pour le développement de l'information économique et sociale... Parmi les membres fondateurs et partenaires : la CGT, FSU et l’UNSA. Et une phrase révélatrice dans la tribune annonçant la création de ce nouvel instrument de propagande : "les enseignants de sciences économiques et sociales [sont] confrontés aux idées préconçues de leurs élèves". Ne seraient-ce pas plutôt les élèves qui sont confrontés aux idées préconçues des enseignants de sciences économiques et sociales ? NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.

06.04.08

Permalien 15:12:29, par Denis Email , 2113 mots   French (FR) latin1
Catégories: Déficits publics, En quête de rupture

RGPP : sous les apparences de la réforme manque encore l’essentiel ?

Je me suis astreint ce week-end à parcourir le rapport qui a servi de base aux annonces de Nicolas Sarkozy sur la réforme de l’Etat à l’occasion du second Comité de Modernisation des Politiques Publiques (CMPP) qui s’est tenu à Bercy vendredi. Avertissement Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’honnêteté m’oblige à faire deux avertissements qui seront autant de bonnes raisons d’arrêter là votre lecture : - le rapport compte 176 pages et traite de sujets plutôt arides. Ce billet est donc nécessairement un peu long et pourra lui aussi apparaître comme rébarbatif. - si, du fait du remarquable travail de désinformation, de conditionnement et de manipulation mené depuis des années par une partie de nos dirigeants politiques et des médias, vous croyez encore que l’ampleur de nos déficits publics n’est pour rien, bien au contraire, dans le chômage de masse et la dégradation du pouvoir d’achat (*), passez votre chemin. Ce qui suit ne pourra être pour vous qu’une source d’agacement, et il vaut mieux que vous en restiez à écouter la bonne parole de François Hollande (tout à ses ambitions personnelles, celui-ci sacrifie la vision de l’intérêt général à la politique politicienne et se montre par sa réaction d’une irresponsabilité coupable) pour rester dans le confort ouaté de l’illusion de la souveraineté financière éternelle et intangible de l’Etat. (*) En paraphrasant la célèbre citation du chancelier allemand Helmut Schmidt ("Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain"), on pourrait aussi écrire que les déficits publics d’aujourd’hui sont les impôts et prélèvements de demain et les licenciements et délocalisations d'après-demain. Je suis bien conscient que la majorité de mes concitoyens est consciencieusement maintenue par une partie de nos élites bien-pensantes dans l’ignorance de ce lien de cause à effet entre excès de prélèvements obligatoires pour cause de déficits grandissants, destructions d’emploi et faible progression des revenus salariaux. Ce qui explique que François Hollande puisse agiter en toute impunité le spectre de la rigueur sans que personne puisse lui opposer que les déficits publics sont l’ennemi de la feuille de paie des salariés du secteur public comme privé. Rappels préalables La réforme et la modernisation de l’Etat ont déjà fait l’objet d’un certain nombre d’annonces depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, avec deux dates à avoir en tête : - le discours prononcé à Nantes le 19 septembre 2007 lors d’une visite à l’Institut Régional d’Administration, qui avait vu l’annonce des mesures visant à moderniser la fonction publique (mobilité des agents, individualisation des rémunérations, choix du statut à l’embauche, indemnité de départ volontaire), - le premier CMPP, qui s’est tenu le 12 décembre 2007, et lors duquel avaient été annoncées les grandes lignes de la réforme de l’Etat, notamment la mise en place d’un management public digne de ce nom avec l’affirmation de l’autorité des préfets sur les services de l’Etat au niveau départemental. Les annonces du 4 avril 2008 Pour hétéroclites qu’elles soient, les mesures annoncées vendredi participent toutes de la même volonté de rationaliser et de réorganiser le fonctionnement de l’Etat pour en améliorer l’efficacité tout en diminuant le coût. Il faut là en donner acte à Nicolas Sarkozy et surtout il convient de lui laisser un peu de temps. On le voit bien à l’aune des mesures déjà annoncées les 19 septembre et 12 décembre derniers : - sur la modernisation de la fonction publique, et même si je reste sceptique quant aux résultats des mesures envisagées (combien de fonctionnaires échangeront la sécurité de l’emploi contre une indemnité de départ volontaire ? combien de nouveaux recrutés choisiront un CDI plutôt que le statut de fonctionnaire ?), un projet de loi et plusieurs décrets sont annoncés pour ce mois. A suivre donc. - en ce qui concerne l’autorité des préfets sur l’ensemble des services de l’Etat au niveau local, seule la fusion des directions départementales de l’équipement (DDE) avec les directions départementales de l’agriculture et de la forêt (DDAF) a été engagée et le plus gros reste à faire sur le sujet, ce que ne cache d’ailleurs pas le rapport présenté vendredi en décrivant les étapes suivantes ("Une mission interministérielle, associant des représentants de tous les ministères autour d’un directeur de projet placé auprès du Premier ministre, est constituée : elle est chargée de veiller à la cohérence interministérielle et à la conformité avec les orientations générales de la révision des politiques publiques des mesures concernant l’administration territoriale mises en oeuvre par les ministères. Ceux-ci sont tenus de l’informer en continu des dispositions qu’ils projettent et engagent. Dans l’immédiat, elle est chargée, en relation étroite avec le ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, de proposer les décisions et les textes à prendre sur les sujets suivants : - les contours et la dénomination des directions régionales ; - l’organisation départementale sur le schéma défini le 12 décembre ; - l’organisation de la mutualisation en matière de gestion des ressources humaines ; - les outils de mutualisation à la disposition des préfets et des services déconcentrés."). Les autres mesures, si elles relèvent d’un inventaire à la Prévert (il semble difficile qu’il en soit autrement) et si elles manquent de précisions, relèvent elles aussi de la volonté au moins affichée (il reste à voir les résultats, Cf. infra) de rationaliser l’Etat en faisant jouer les synergies, en supprimant les doublons et en s’assurant de l’utilité de chaque euro dépensé. En voici quelques-unes à titre d’exemple : "- Transformation d'une trentaine d'ambassades en postes de présence diplomatique simple à format allégé et simplifié […] - Réexamen de l'ensemble des dispositifs d'exonérations spécifiques de charges sociales en vue de plafonner systématiquement le niveau de salaire en bénéficiant et de les limiter dans le temps pour les soumettre à une évaluation régulière de leur rapport coût-bénéfice […] - Recentrage des aides à l'investissement locatif sur les besoins prioritaires […] - Réexamen d'éléments particuliers de la fonction publique d'outre-mer (congés bonifiés par exemple) et de certaines indemnités spécifiques de retraite […] - Extinction progressive du dispositif de sur-pensions versées aux fonctionnaires allant s'installer outre-mer pour leur retraite sans y avoir travaillé une durée minimale […] - Allégement des échelons intermédiaires existants dans chaque armée […] - Suppression de l'Inspection générale du tourisme […] - Augmenter les activités qui génèrent des ressources complémentaires pour les universités (formation professionnelle continue et sessions d’été par exemple) en ouvrant les universités toute l’année civile" Au-delà des demi-aveux de gabegie (les Hauts Conseils et autres Comités d’enquête inutiles, les sur-pensions de retraite injustifiées…), on relève bien quelques incohérences (affirmation de l’autorité hiérarchique des préfets de région sur les préfets de département, mais à l’exclusion du "champ des politiques de sécurité, ou ayant trait à la présence et à la permanence de l’État" - cela limite un peu – ou encore l’annonce de la suppression du Haut conseil de la coopération économique et quelques pages plus loin, au détour d’un graphique, la mention de la "suppression du Haut Conseil de la coopération internationale, remplacé par un conseil stratégique sur l’aide publique au développement"… - de quoi faire douter de la disparition réelle et définitive de toutes ces instances à l’utilité douteuse mais aux coûts de fonctionnement avérés), mais le plus chagrinant est ailleurs. L’essentiel a-t-il été oublié ? "Ces réformes, auxquelles s’ajouteront celles du prochain Conseil de modernisation, permettront d’atteindre l’objectif de non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux entre 2009 et 2011, en améliorant dans le même temps la qualité du service public. Elles représentent environ 7 milliards d’euros d’économies à l’horizon 2011, dont une partie sera redistribuée aux fonctionnaires, conformément à l’engagement du président de la République de redistribuer la moitié des économies liées à la réduction des effectifs." Un des principaux leviers d’économies (et il y a besoin d’en faire si l’économie française veut espérer sortir de la croissance molle, du chômage de masse et de la paupérisation rampante) et de réduction des déficits publics (vous vous rappelez, les déficits publics d’aujourd’hui sont etc …) réside évidemment dans la réduction des frais de personnel (pas que dans la fonction publique d’Etat d’ailleurs, il suffit de regarder les offres d’emplois des collectivités locales à la fin de chaque numéro de Télérama pour s’interroger sur la gestion des deniers publics dans la fonction publique territoriales). Et c’est là que le bât blesse. D’abord parce qu’on retrouve ce principe de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Principe complètement débile parce que ne tenant aucun compte des besoins de recrutement pour certaines missions et des sureffectifs avérés sur d’autres. Je prends deux exemples volontairement caricaturaux : si, par un incroyable hasard ne partaient à la retraite en 2008 que des fonctionnaires du Ministère des Anciens Combattants et des enseignants en latin et grec ancien, y-aurait-il besoin d’en remplacer un sur deux ou seulement un sur dix ? Et si ne partaient en 2008 que des policiers en poste dans des missions opérationnelles, faudrait-il en remplacer seulement un sur deux ou neuf sur dix, la totalité ou voire même en recruter plus qu’il n’en part ? Ensuite, parce que je reste très sceptique sur la mobilité des fonctionnaires malgré les mesures incitatives envisagées (Cf. supra) et sur les possibilités de redéploiement des effectifs en provenance d’organismes supprimés ou fusionnés et donc sur les économies réelles à attendre. Dans le cas de l’Inspection Générale du Tourisme, cela devrait être possible de trouver un point de chute aux personnels concernés, qui sont en nombre réduit et basés à Paris. Mais comment cela se passera-t-il pour les milliers de postes amenés à être supprimés dans des villes de province dans le cadre de l’unification des réseaux de la direction générale des impôts et de la direction générale de la comptabilité publique ? Pour avoir vécu une fusion dont l’un des protagonistes était un établissement ayant passé 150 ans dans le secteur public avec un statut calqué sur celui de la Banque de France, j’ai pu constater la difficulté à faire bouger des personnels sous un quasi-statut de secteur public sur d’autres postes, surtout depuis des activités de back-office vers des missions de front-office. Commentaire lapidaire du chef de mission du cabinet de consultant ayant participé aux travaux de rapprochement : « C’est la première fusion que je vois où on crée des postes... ». Et encore y avait-il eu une vague de démissions chez nous au moment de l’annonce du rachat… Le rapport présenté vendredi par Eric Woerth se réclame explicitement des réformes menées en Suède et au Canada ("Ce constat n’est pas original : le Canada, la Suède l’ont fait avant nous."). Non sans raison puisque la Suède vient d’annoncer presque simultanément un excédent budgétaire record et une prévision de croissance bien supérieure à celle qui peut être espérée pour l’économie française. Encore faudrait-il être bien conscient que, en Suède comme au Canada, la réforme s’est effectivement aussi faite par fusions, rapprochements et réorganisations de structures administratives mais s’est accompagnée d’une révision du statut des fonctionnaires. Sans révision concomitante du statut général des fonctionnaires datant de 1946, la RGPP risque fort de rester un coup d’épée dans l’eau. NB : L’utilisation de la fonction "Prévisualiser" des commentaires est toujours à éviter.

02.04.08

Permalien 21:10:32, par Denis Email , 289 mots   French (FR) latin1
Catégories: Médias, Rémunérations des patrons

A ne pas en croire ses oreilles

Sur le chemin du bureau ce matin, j’ai cru devoir m’arrêter et descendre de voiture. Pour pisser. De rire. En entendant, sur BFM (radio que j’apprécie pourtant au plus haut point et que je recommande chaudement aux étudiants en économie et gestion - et aux autres - en remplacement éventuel de la lecture d’un quotidien économique),Yves de Kerdrel faire des grandes déclarations sur le fait que les 17 dirigeants d’EADS soupçonnés de délits d’initiés "massifs" par l’AMF allaient voir leur réputation gravement compromise et leur légitimité mise en cause par leurs collaborateurs. Et puis quoi encore, M. de Kerdrel ? Les 17 en question seront-ils bientôt forcés par leurs pairs de parcourir les rues du VIIIe arrondissement en robe de bure et la corde au cou ? M. de Kerdrel, votre éditorial relevait au mieux de l’hypocrisie et au pire de la naïveté. Il aurait été plus intéressant que vous vous interrogiez sur la difficulté à faire la preuve d’un délit d’initié et sur les risques d’impunité de comportements qui nuisent gravement à l’image de l’entreprise, et entretiennent la popularité d’Olivier Besancenot et la méfiance des Français à l’égard de l’économie de marché. Mise à jour du 8 avril : Yves de Kerdrel s'est rattrapé hier avec un édito bien tourné comparant les images de l'intervention de Pompidou devant les mineurs de Lorraine auxquels le Président de l'époque tînt un discours de vérité sur la nécessité de s'adapter à la concurrence de la Sarre, et celles de Nicolas Sarkozy faisant la promesse de les sauver tous aux salariés du site Arcelor-Mittal de Gandrange.
Permalien 20:22:57, par Denis Email , 61 mots   French (FR) latin1
Catégories: Le Temps d'Agir

Adieu Linda

Malgré le drame affreux qui vient de frapper le cousin germain de ma femme et ses trois jeunes enfants et qui nous bouleverse depuis deux jours, malgré l’immense peine qui nous étreint et nous vide le cerveau, malgré le chagrin qui rend nos préoccupations quotidiennes bien dérisoires, la vie continue. L’obligation scénique, comme disent les acteurs.

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