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Les statistiques du chômage font état d’une nouvelle baisse du nombre de sans-emplois au mois de novembre. Plus précisément, ce qui a diminué, c’est le nombre de personnes recherchant un emploi à temps plein à durée indéterminée et ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois.
Je ne suis pas convaincu que ces statistiques du chômage, en tout cas celles qui sont reprises par les médias grand public, rendent bien compte des phénomènes de sous-emploi : temps partiel subi, CDD successifs plus ou moins entrecoupés de chômage etc.
Qui plus est, ces statistiques ne tiennent absolument pas compte des conditions financières du retour à l’emploi : se fait-il à des conditions équivalentes ou moins avantageuses ? Autrement dit, les chômeurs qui ont décroché un emploi ont-ils retrouvé un salaire et des éléments variables comparables, des avantages en nature et sociaux similaires ?
Il est permis d’en douter, mais en l’absence de statistiques plus qualitatives, la question restera sans réponse. Dans un monde idéal, le nombre de chômeurs devrait être établi en "ESR" pour "Equivalent Salaire Retrouvé" (*) : un chômeur qui retrouverait un job payé seulement 85 % de son dernier salaire, continuerait de compter pour 0,15 chômeur dans les stats du chômage. Un peu compliqué à mettre en œuvre et même carrément utopique mais on a bien le droit de rêver un peu parfois.
(*) Sur le principe inverse des réserves de pétrole qui sont établies pour un coût d’extraction donné et qui varient donc en fonction du cours du baril. A près de 100 $ le baril, les schistes bitumineux d’Alberta viennent augmenter les réserves mondiales.
En cette soirée de Noël, le mécréant que je suis serait bien en peine de donner une dimension religieuse à ce billet. Néanmoins, dans cette période de ripailles et de bombance, où les vitrines et les temples de la distribution de notre société de consommation dégoulinent de tentations en tous genres, je ne peux m’empêcher, sans vouloir verser dans le misérabilisme ou jouer les Roger Gicquel, d’avoir une pensée pour les SDF, RMIstes, mal-logés et autres exclus, voire même pour les simples smicards parents de famille nombreuse, pour qui les restrictions l’emportent de façon encore plus durement ressentie que le reste de l’année. Moi qui suis quand même un pur produit du système, cadre dans un groupe financier, bien inséré socialement et pas réellement dans le besoin même si j’ai du mal à ne pas être à découvert dès le 10 du mois, je me demande d’ailleurs d’où peut me venir ce sentiment presque compulsif, cette conscience trop aigue des inégalités et de l’injustice, de la misère et de la désespérance sociale et j’en viens parfois à me poser une question qui m’effraie : aurais-je le même discours et la même capacité d’indignation si j’étais patron, profession libérale ou cadre dirigeant avec une rémunération quatre à cinq fois supérieure ou bien me désintéresserais-je du sort des plus démunis ? Allez, bonnes fêtes quand même !
Au risque d’en étonner plus d’un, l’octroi d’un logement (parfois de standing) à un loyer sponsorisé à un haut fonctionnaire par l’administration qui l’emploie ne me choque pas forcément, dès lors que cette attribution est motivée par le souci d’attirer et/ou de conserver dans la fonction publique des individus performants, et à condition que cette attribution produise ses effets dans le respect des lois de la République.
En effet, les rémunérations étant ce qu’elles sont dans l’administration, très largement inférieures à celles auxquelles certains cadres de la fonction publique pourraient prétendre dans les entreprises du secteur privé (sans parler des rémunérations différées que constituent les stocks-options et autres retraites chapeau), l’Etat, les organismes publics et les collectivités locales peuvent trouver un intérêt à utiliser leur parc immobilier pour attirer et fidéliser les meilleurs éléments. Cela suppose évidemment que l’attribution de tels logements de fonction fasse l’objet d’une procédure transparente afin d’éviter au maximum les passe-droits, les collusions et les mécanismes de copinage (difficile à éradiquer totalement que ce soit dans la fonction publique ou dans le secteur privé), et que toutes les conséquences en soient tirées au plan fiscal et social.
En ce qui concerne le cas de Jean-Paul Bolufer, qui occupe médias et blogs depuis le Canard Enchaîné a sorti l’affaire mercredi dernier, je ne me prononcerai pas sur le point de savoir si les compétences professionnelles de ce Monsieur étaient à ce point indispensables à la Mairie de Paris qu’elles justifiaient de bénéficier d’un appartement de 190 m² boulevard de Port-Royal pour un loyer mensuel de 1.197 €, et je fais confiance à Jules pour ce qui est de l’analyse de la validité juridique de l’opération.
Je m’interroge en revanche quant au respect de la réglementation fiscale et sociale. L’article 82 du Code Général des Impôts et l’article L242-1 du Code de la Sécurité Sociale prévoient la prise en compte des avantages en nature pour la détermination de l’impôt sur le revenu et le calcul des cotisations sociales. Ces dispositions font par exemple l’objet d’une note de service pour leur application aux personnels de l’Education Nationale.
Dès lors que Jean-Paul Bolufer occupait des fonctions au sein du cabinet du Maire de Paris, il est indéniable que le logement dont il bénéficiait devait être considéré comme un avantage en nature imposable et soumis à cotisations sociales. La question est évidemment plus délicate à trancher pour la période où il occupait le poste de Directeur des Journaux Officiels. Même s’il y a prescription (3 ans en matière d’impôt sur le revenu), il serait instructif de savoir si M. Bolufer a poussé la morale de l’action publique qui l’anime jusqu’à déclarer l’avantage en nature dont il bénéficiait. Parce que trop souvent, les mêmes qui édictent les législations fiscales et sociales auxquelles doit se plier le commun des mortels (Bolufer n’est jamais passé par Bercy ou le Ministère des Affaires Sociales mais on y trouve nombre de ses clones anciens élèves de l’ENA) s’exonèrent allégrement desdites législations pour ce qui est de leur cas personnel. Même si tout cela va sans dire, cela va encore mieux en l’écrivant.
Première réaction (à chaud) : à l'instar de Versac, je me dis que la liaison de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni et son annonce orchestrée sont un non-évènement.
Seconde réaction (à froid) : Je me fais la réflexion que 1/ l'annonce tombe (encore une fois) plutôt bien pour faire oublier la visite controversée de Kadhafi. 2/ il y a encore quelques jours, le nom de Laurence Ferrari était l'objet de toutes les rumeurs. Comme quoi, l'information...
PS : Dans Nicolas, il y a quatre consonnes et trois voyelles comme dans Raphaël, mais pas de tréma. Il va falloir trouver d'autres paroles.
Et si, après beaucoup de bruit médiatique pour finalement pas grand-chose à l’occasion du paquet fiscal, de la loi sur le service minimum ou encore de la réforme des régimes spéciaux de retraite, la vraie rupture était en gestation, nichée dans ce train de mesures sur le fonctionnement de l'Etat, une annonce qui ne déclenche pas autant les passions que le pouvoir d’achat ou les déclarations de Rama Yade à propos de la visite à Paris du colonel Khadafi ?
Parmi ces mesures, la mise en place d’une chaîne managériale digne de ce nom au niveau de l'Etat est susceptible d’avoir de puissants effets (dans la durée bien évidemment – cela ne va pas se voir du jour au lendemain), en forçant chaque niveau administratif à rendre des comptes et donc à exiger des résultats du niveau inférieur, à le récompenser ou à le sanctionner (le B-A-BA du management qu’il soit public ou privé), ce qui pourrait donc produire à terme des économies significatives en matière de dépenses publiques. Même si on est encore loin du "modèle suédois"…
* Le programme de stabilité transmis par la France à Bruxelles, sorte de compte d’exploitation et de bilan prévisionnels appliqués aux finances publiques, prévoit un déficit public (Etat, collectivités locales et Sécurité Sociale) ramené à zéro en 2010 (si la croissance économique atteint 3 % à partir de 2009) ou en 2012 (si la croissance économique n’est que de 2,5 %). A voir les premiers pas de Nicolas Sarkozy en matière économique, je ne prends pas un gros risque à parier un magnum de Château Smith Haut-Lafitte que ce ne sera pas le cas.
* Un encadré dans les Echos du 6 décembre décrit les incidences des mesures d’accompagnement proposées par la SNCF dans le cadre de la réforme des régimes spéciaux de retraite :
"[…] Selon les calculs effectués par l'entreprise, un agent percevant un salaire brut mensuel de 2.073 euros et une prime de fin d'année de 1.930 euros aurait perçu, avant la réforme, une pension de 1.499 euros. En travaillant deux ans et demi de plus, sa pension atteindra 1.636 euros, soit 9,1 % de mieux. En revanche, s'il souhaite juste conserver la même retraite que précédemment, il lui faudra travailler 2 trimestres de plus. […]"
Je m’en étranglerais presque et ne sais même plus ce qu’il convient de faire. S’indigner ? Dénoncer ? Se gausser ? Renoncer ?
Vous avez parlé d’une "promesse tenue", Monsieur le Président ? Evoquer ne serait-ce qu'une réforme en demi-teinte était déjà faire preuve de beaucoup d’indulgence.
* Le Figaro publie le classement des plus grosses fortunes françaises exilées en Suisse. J’aime le civisme et le sens de l’intérêt général si poussés de nos élites économiques, sportives et artistiques, et aussi le sens de l’équité de l’administration fiscale, si prompte à s’acharner sur les contribuables restés en France et qui fait preuve d’un laxisme sans égal avec les exilés fiscaux au travers de la règle des 183 jours déjà dénoncée ici.
* Challenges fait sa couverture sur "Marx, une analyse toujours actuelle", une prescience déjà évoquée ici et qui concerne évidemment plus le diagnostics des excès du capitalisme financier que les moyens d’y remédier.
Zizi sexuel, l’expo ! est une véritable aubaine pour tous ceux qui, comme moi, ont un pré-ado à la maison. Non pas que je n’étais pas décidé à aborder le sujet quand viendra le moment avec chacun de mes trois fils, mais il est vrai que c’est là une bonne occasion et un bon outil d’aide à la discussion. J’ai donc passé la matinée ce dimanche à la Cité des Sciences avec mon fils aîné (10 ans ½), que j’avais rarement vu aussi concentré et appliqué dans une exposition (à court terme, cela va quand même lui permettre de frimer avec ses copains). A travers des bulles de Titeuf et sa bande, des textes d’explications, des vidéos, des quizz et des jeux, tous les sujets sont évoqués, sans tabous ni faux-semblant, en combinant explications, conseils, recommandations et mises en garde : la drague, la façon d’embrasser (mention spéciale aux deux têtes dans lesquelles on peut glisser la main pour faire tourner chaque langue autour de l’autre), l’acte sexuel, les films porno, la contraception, la gestation, les infections sexuellement transmissibles, la pédophilie. Nous avons complété cette "leçon de vie" en achetant à la sortie le Guide du Zizi sexuel (par Zep et Hélène Bruller), qui peut toujours servir d’ersatz à ceux qui n’ont pas l’occasion de venir à Paris d’ici janvier 2009.
2007, année électorale s'il en fût, tire à sa fin.
Débat & Co prend logiquement le relais de Débat2007.fr.
Même si le temps me manque, je vous livre (par devoir plus que par envie pour paraphraser Jules ?) quelques réflexions rapides que m’a inspirées la prestation télévisée de Nicolas Sarkozy jeudi dernier :
Sur les violences dans les banlieues, je dois convenir, au risque d’être classé dans la catégorie des fossoyeurs de l’Etat de droit et des libertés publiques, que je me sens assez en phase avec les propos présidentiels (et avec ce qu’avait pu en écrire Koz l’avant-veille), même si :
1/ la façon qu’a eu Nicolas Sarkozy d’affirmer que les forces de l’ordre iraient "chercher un par un" ceux qui ont leur ont tiré dessus faisait un peu penser à Vladimir Poutine promettant de "buter les terroristes (ou prétendus tels, NdA) jusque dans les chiottes".
2/ sans chercher à "excuser l’inexcusable", la valeur de symptôme du malaise social qu’ont ces violences ne peut pas être totalement niée.
Sur la question de la relance du pouvoir d’achat, je suis plus circonspect. Le problème avec Sarkozy, c’est que sa force de conviction et ses indéniables qualités de bretteur médiatique éclipsent en grande partie les incertitudes que je crois pouvoir déceler quant aux effets des mesures annoncées. Il faut dire que ce n’est pas avec PPDA et Arlette Chabot, qui semblaient plus là pour servir de faire-valoir qu’autre chose, qu’il risquait d’être poussé dans ses retranchements.
On peut quand même se féliciter d’une chose, et Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de le souligner (un peu d’ailleurs à la façon d’un enfant fier de se montrer raisonnable alors qu’on en attendait pas moins de sa part) : il n’a pas joué au Père Noël avec les finances publiques. Enfin, pas trop (il faudra surveiller ce que coûteront les heures supplémentaires et la monétisation des RTT dans la fonction publique). Henri Guaino en sera pour sa susceptibilité, mais ce n’est pas un mal.
Pour en revenir aux annonces présidentielles :
* le déblocage anticipé de la participation a déjà été utilisé et ne consiste qu’à vider un des bas de laine des Français pour alimenter la consommation. Ce n’est pas très cohérent avec la volonté de faire une France de propriétaires, ce qui suppose une épargne servant d’apport personnel, ni avec la nécessaire pédagogie qui devrait précéder l’allongement annoncé de la durée de cotisation en 2008 pour toucher une retraite à taux plein.
* Depuis le 1er janvier 2006, l’IRL (Indice de Révision des Loyers) se substitue à l’ICC (Indice du Coût de la Construction). L’IRL est un indice composite bâti à partir de l’indice des prix à la consommation (60 % déjà…), de l’indice du coût de la construction (20 %) et de celui du prix des travaux d’entretien et d’amélioration du logement (20 %). Le locataire que je suis se demande si l’indexation des loyers sur la seule inflation n’arrive pas au mauvais moment et ne va pas l’empêcher, après avoir subi les fortes hausses de l’ICC au début des années 2000 de profiter maintenant de son recul ou à tout le moins de sa quasi-stagnation comme entre 1991 et 1995. Quant à la réduction du dépôt de garantie à un mois de loyer, ne risque-t-elle pas de renforcer la méfiance des bailleurs dans le choix de leurs locataires ?
* Si le paiement des jours de RTT semble assez facile à mettre en œuvre puisque subordonné au seul bon vouloir des entreprises et des salariés concernés, les modalités d’applications des dérogations aux 35 heures sous réserve d’accord majoritaires et de remise en cause des exonérations de charges en l’absence de négociations salariales. D’abord parce que certaines entreprises les plus menacées n’auront guère de contreparties à proposer. Ensuite parce qu’il ne sera forcément dans l’intérêt des salariés (au-delà de 35 heures, ils peuvent être rémunérés en heures supplémentaires) et des syndicats de signer ces accords, sauf évidemment à ce qu’ils prévoient des augmentations de salaire dignes de la métallurgie allemande. Enfin, parce qu’il sera difficile d’apprécier les efforts respectifs en matière salariale des entreprises exposées à la concurrence de pays à bas coût et à la tentation de la délocalisation et de celles moins plus florissantes parce que moins exposées à la concurrence. Si ces mesures visant à démanteler le carcan des 35 heures et à augmenter la quantité de travail, et donc la rémunération des salariés, semblent aller dans le sens d’un accroissement de la compétitivité, leur mise en œuvre est loin d’être acquise.
* Malgré un demi-succès dans son début de réalisation, et bien qu’elle contrevienne à la règle d’affectation des recettes de privatisation au désendettement, l’idée de profiter de la bonne tenue du cours d’EDF pour dégager des ressources devant servir à la rénovation des universités me semble plutôt intéressante, d’autant que de tels investissements pourraient, dans une logique purement keynésienne mais sans le déficit qui va avec, constituer un puissant soutien à l’activité dans un secteur qui risque de souffrir dans les mois à venir.
Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue quand même un peu. Surtout quand on n’en a pas ou pas beaucoup. Alors que les Français se prennent à douter des promesses de celui qui s’est fait élire en se présentant comme le "Président du pouvoir d’achat" et que le paquet fiscal voté avant l’été, premier acte du Président fraîchement élu, peine à produire des effets tangibles autres que des heures supplémentaires à Bercy pour identifier les bénéficiaires potentiels de chèques de remboursement d’impôt, le sujet devient brûlant. A quelques heures d’une intervention (télévisée, si ce n’est musclée) de notre hyper-Président, je me suis attelé à travailler plus (sans pour autant gagner plus) pour lancer à mon tour un pavé dans la mare des jardins de l’Elysée.
Sur le point de savoir si le pouvoir d’achat augmente, stagne ou recule, on entend et lit tout et son contraire : annoncé en hausse de 2,8 % voire de 3,2 % en 2007 par l’INSEE, le pouvoir d’achat est au mieux étale selon l’INC qui retraite les chiffres non pas des variations saisonnières (ça, c’est pour le chômage), mais de l’évolution du nombre des ménages d’une part et prend en compte d’autre part la hausse des prix de l’immobilier pour tous les ménages (quand l’INSEE n’en tient compte que pour les ménages locataires de leur résidence principale).
S’il est donc difficile de savoir où est la vérité, il est possible en revanche de dégager une certitude : l’évolution du pouvoir d’achat, qu’elle soit calculée par l’INSEE, l’INC ou Michel-Edouard Leclerc, est une moyenne (à voir les prix dans les vitrines des boutiques autour de mon bureau, il y en a pour qui cela va plutôt bien en termes de pouvoir d’achat) et les statistiques telles qu’elles existent actuellement traduisent mal les disparités des situations, depuis le smicard père de trois enfants jusqu’au cadre sup titulaire de stocks-options en passant par le célibataire chef d’entreprise, le retraité francilien propriétaire de sa résidence principale, le jeune chômeur des banlieues et le fonctionnaire de province.
Surtout, on peut gloser à l’infini sur le point de savoir si la perception subjective qu’ont les ménages de l’évolution de leur pouvoir d’achat correspond à une réalité objective. Il n’en reste pas moins qu’une large partie de la population (salarié du privé ou du public et plutôt jeune - entre 20 et 40 ans –) voit depuis plusieurs années ses revenus stagner pendant que les prix des principaux postes de dépenses, notamment le logement, connaissent une envolée, et cette population doit donc faire des choix voire des sacrifices dans sa consommation.
Comment s’explique cette perte de pouvoir d’achat d’une partie de la population ?
On ne reviendra pas sur le doublement des prix de l’immobilier, l’augmentation du prix de l’essence ou les nouveaux postes de dépenses que constituent les abonnements de téléphonie mobile et d’Internet.
En ce concerne la faiblesse de la progression des rémunérations et plus particulièrement des salaires, le Premier Ministre a incriminé les 35 heures. C’est un peu plus compliqué que cela, même si la mise en place des 35 heures a effectivement favorisé la faible progression des salaires depuis 10 ans. Essentiellement parce que la modération salariale était une des conditions de la réussite de la réforme. Les 35 heures payées 39 et assorties d’augmentation de salaires ultérieures auraient tellement dégradé la compétitivité des entreprises que cela se serait traduit au final par des destructions d’emploi allant à l’encontre des objectifs de la réduction du temps de travail.
Mais d’autres facteurs sont au moins aussi prégnants et déterminants :
* les augmentations de salaires au compte-gouttes dans les entreprises constituent une tendance lourde depuis l’adoption en 1983 de la politique de désinflation compétitive, un effet sans doute renforcé par le contexte de chômage de masse.
* La fin de l’évolution de la rémunération à l’ancienneté et l’individualisation croissante des salaires produisent une dispersion plus grande dans les évolutions de revenus. Aux salariés qualifiés, disposant d’une expertise recherchée (ingénieurs, créatifs etc) et/ou contribuant fortement à la rentabilité de l’entreprise (commerciaux, cost killers) sont accordées les vraies faveurs (augmentations, primes, avantages en nature, stocks-options ou actions gratuites voire participation au capital). Aux salariés moins qualifiés ou dont la contribution à la rentabilité est moins prépondérante ou moins directement évidente est mégotée chaque année la moindre augmentation du salaire.
* La globalisation, à laquelle s’ajoutait ces dernières années une situation d’hyperliquidité (du fait des excédents de change de l’Asie et des pétromonarchies et des taux bas dans la première moitié de la décennie aux Etats-Unis et en Europe), avantage outrageusement la détention de capital (à la mobilité presque instantanée au détriment du facteur travail à la mobilité plus limitée) et les plus-values (moins ponctionnées par les impôts et les cotisations sociales) au détriment du facteur travail (à la mobilité plus réduite) sur lequel pèse en outre le financement de la protection sociale (Debout les damnés de la terre…, du pain bénit pour le postier de Neuilly ça). D’où en passant la gourmandise des salariés les plus performants pour la création d’entreprises ou les LBO où ils peuvent passer du statut de simple salarié à celui d’actionnaire.
* Le poids des prélèvements obligatoires, dont une grande partie est assise sur les salaires, a fait des effectifs et de la masse salariale des entreprises les variables d’ajustement de la France aux chocs de la mondialisation et du vieillissement démographique.
Que peuvent faire le Président et son gouvernement pour remédier à cette situation ?
Malheureusement pas grand-chose. En tout cas pas grand-chose qui puisse donner des résultats aussi rapidement que les instituts de sondage font des enquêtes de popularité. On ne corrigera pas en un mois ni même en six les conséquences de 25 ans de laxisme budgétaire et de lâcheté politique.
Les pistes évoquées à l’occasion de la conférence sur les salaires et l’emploi ou dans la perspective de l’intervention du Président (pressions sur les tarifs des banques et des opérateurs de téléphonie, treizième mois défiscalisé, exonérations de charges sociales conditionnées par l’ouverture de négociations salariales, gel du prix du gaz, déblocage anticipé de la participation etc) traduisent tout à la fois une méconnaissance persistante du fonctionnement des entreprises, un déni de la réalité des mécanismes économiques et un éternel penchant à privilégier la redistribution et la coercition plutôt que de favoriser l’innovation et la production.
On est encore et toujours dans le bricolage, à essayer de grappiller quelques euros de ci de là, à tirer sur l’épargne ou à augmenter encore un peu les déficits et la dette au détriment des générations futures. Il faut toutefois concéder à Nicolas Sarkozy la difficulté de la tâche : les Français se plaignent de leur pouvoir d’achat et veulent le voir augmenter, mais refusent en même temps que puisse être porté atteinte à notre fameux "modèle social" et à la sécurité qu’il procure à une large partie de la population. On n’améliorera pas le pouvoir d’achat et on ne donnera pas aux Français une vision optimiste de son évolution (la projection de chacun en matière d’évolution du pouvoir d’achat est un aspect au moins aussi important que son augmentation à court terme) tant que n’aura pas été réduit le chômage de masse (condition sine qua non d’un rééquilibrage du rapport de force entre salariés et employeurs), donc tant que le poids de la protection sociale portera essentiellement sur le travail, et tant que l’investissement des entreprises n’aura pas été relancé, donc tant que le poids des dépenses publiques pèsera sur leur compétitivité.
Nicolas Sarkozy risque de se trouver d’ici peu dans une situation analogue à celle de Jacques Chirac en 1995 : élu parce qu’ayant su mettre en exergue un objectif primordial aux yeux des électeurs (réduire la fracture sociale en 1995, augmenter le pouvoir d’achat en 2007), il n’a pas eu le courage, comme Chirac en 1995, d’expliquer que cela nécessiterait plusieurs années d’efforts et surtout que cela passait impérativement par l’apurement des déficits publics sans augmentation des prélèvements obligatoires, voire même en les diminuant. Faute d’avoir tenu ce discours de vérité (qui risquait évidemment de lui faire perdre l’élection…), faute d’avoir cru qu’il suffisait de baisser les impôts des contribuables les plus aisés pour qu’ils se mettent à investir à tour de bras et que la croissance revienne (le bouclier fiscal a été une grosse erreur de timing et restera un pêché originel dont Nicolas Sarkozy n’a pas fini de se mordre les doigts), il se trouvera acculé dans quelques mois (ce n’est sans doute pas pour ce soir) à une volte-face qui ne pourra être qu’incomprise par l’opinion.