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04.02.10

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Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Xavier Bertrand tombe le masque

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Clash Xavier Bertrand
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Profitant de son indéniable aisance médiatique, Xavier Bertrand s’est fait plaisir en humiliant Nicolas Totet, un journaliste du Courrier Picard, qui serait bien inspiré de se faire offrir une formation d’art oratoire par son employeur.

Je ne maîtrise pas les arcanes et les dessous de la vie politique saint-quentinoise (il semblerait que, des deux canards locaux, le Courrier Picard ne soit pas le plus favorable à la majorité municipale) et il y a peut-être entre ces deux hommes matière à règlement de comptes.

Mais on n’a jamais vu un gentleman régler ses comptes sur un terrain où la supériorité lui est acquise.

Encore l’aurait-il fait sous le coup d’une vraie colère. Mais à son ton posé et à son sourire satisfait de voir se décomposer en direct ce journaliste, on subodore vite que la correction était préméditée.

Surtout, Xavier Bertrand s’est trompé d’époque.

Maintenant que des banquiers et des traders assoiffés de bonus à plusieurs zéros ont failli faire sauter la planète économique, les valeurs en hausse sont la simplicité, la modestie, la courtoisie et la gentillesse.

Oh, bien sûr, ce n’est qu’une mode qui ne résistera pas longtemps aux penchants naturels de l’être humain, à un taux de chômage de 10 % et à l’appât du gain.

Et puis, tout le monde aura oublié cette arrogance d’anthologie en 2017 ou 2022. Xavier Bertrand n’a guère de souci à se faire.

Mais quand même.

On se doute bien que pour être arrivé là où il est, qui plus est en si peu de temps, Xavier Bertrand n’est pas un Bisounours. Je ne suis pas certain pour autant qu’il gagne quelque chose à étaler ainsi le fonds de son âme.

09.01.10

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Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Crise de versatilité

Au risque de la versatilité, je me ravise finalement pour un nouveau dernier billet.

D’abord pour me livrer à l’exercice des vœux, habituel en ce début d’année, et surtout pour vous confier quelques réflexions, qui me sont venues à l’esprit pendant les congés pris à l’occasion des fêtes de fin d’année, sur ce que nous promet 2010.

Cette volte-face ne m’affecte guère. Il y a quelques mois maintenant que j’ai renoncé à tout espoir de cohésion éditoriale sur ce blog. Depuis que je ne l’alimente plus régulièrement faute de temps, il connaît le sort de toutes les jachères. Il appartient désormais aux friches numériques, aux vestiges d’Internet. Le souci, c’est que ces vestiges numériques, contrairement à leurs homologues antiques, commencent à être tellement nombreux qu’ils doivent perdre de leur intérêt.

Je post-daterai donc le précédent billet annonçant un nouvel entracte pour une durée indéterminée après avoir laissé vivre quelques jours ce nouvel avatar, et le tour sera joué.

Donc :

1/ Je vous souhaite, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une année 2010 très heureuse. Je vous souhaite surtout que cette nouvelle année vous voie en bonne santé. Portez-vous bien, c’est largement suffisant, le reste suivra pour ceux qui veulent s’en donner la peine.

NB : Je suis conscient que cette dernière remarque peut avoir des relents un peu libéraux aux yeux de certains, mais je l’assume pleinement. Même si je considère que les inégalités se creusent de façon excessive et inconsidérée depuis trois décennies, au risque de mettre en péril un jour notre vie en commun, et qu’il est nécessaire de corriger ces inégalités (thème rabâché encore récemment ici), je reste aussi convaincu de la suprématie de l’économie de marché et du mérite individuel. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ou qui se couchent tard (ou qui ont des insomnies…), en tout cas à ceux qui sacrifient une partie de leur sommeil à leur travail.

2/ Alors, à quoi peut-on s’attendre en 2010 ?

Outre une sortie de crise laborieuse, pour cause d’une part d’effet-retard en termes d’emploi (qui continuera à pâtir de la crise alors que les indices boursiers, CAC 40 en tête, sont à la fête depuis mars dernier grâce à l’abondance de liquidités mises à disposition des croupiers bancaires par les banques centrales) et d’autre part de capacités de production irrémédiablement perdues (sujet déjà évoqué ici), la principale préoccupation pour 2010 concerne à mon avis le risque souverain, i.e. la possibilité pour les Etats de continuer à lever des milliards d’euros (ou de dollars) auprès des investisseurs pour financer des déficits massifs, décuplés par la crise financière et les plans de relance pour en sortir.

2010 sera-t-elle l’année où des Etats feront faillite ? On pense évidemment aux désormais fameux « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce, Spain), mais à voir la situation financière de plusieurs Etats des Etats-Unis, on peut se demander si le risque reste vraiment circonscrit aux pays « Club Med » de l’Union Monétaire Européenne.

« On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire », la citation de Céline (il ne s'est pas toujours fourvoyé) qui sert de based-line à ce blog, sera-t-elle l’antienne de l’année 2010 ?

Avant de figurer en tête de ce blog, cette citation se trouve surtout en exergue de « Ras-le-bol », roman qui, rappelons-le, imaginait en France ce qui se passe actuellement en Grèce : une dégradation du rating de la dette de l’Etat entraîne des difficultés de financement et une hausse du coût de la dette ; cette détérioration des conditions de financement force le gouvernement à prendre des mesures impopulaires, notamment en termes de réduction des dépenses publiques, ce qui a pour effet de jeter la population dans la rue.

Et encore, ça, c’était en 2005, quand on ne parlait pas encore trop des bonus des traders. Alors maintenant, vous imaginez : si le gouvernement, acculé à la rigueur financière sous la pression des marchés financiers, vient expliquer un jour à des millions de salariés et de fonctionnaires qu’il n’a pas d’autre choix que d’augmenter les impôts et de couper dans les dépenses et qu’ils vont devoir se serrer la ceinture, alors que quelques milliers de traders se seront partagés des dizaines de milliards d’euros de bonus grâce à l’excellent cru 2009 sur les marchés financiers, c’est l’émeute assurée.

Pour mémoire, la dernière fois que la dette publique a atteint des sommets en France en temps de paix, c’était en …1788 ! Et à l’époque, c’est pour trouver une solution et sortir de cette montagne de dettes qu’ont été convoqués les Etats Généraux. Avec les suites que tout le monde connaît, qui ont conduit en 1797 à l'annulation des deux tiers de la dette publique.

PS : Je viens de réaliser que le 1er et le 8 mai tombaient un samedi cette année. Un mois de mai sans ponts et sans week-ends prolongés dans un contexte de sujets qui fâchent, du genre réforme des régimes de retraites et plan de rigueur budgétaire, c’est la porte ouverte à toutes les aventures. Il ne manquerait plus qu’il fasse beau temps.

25.12.09

Permalien 17:31:24, par Denis Email , 13 mots   French (FR)
Catégories: Blog

Entracte...

Une deuxième fois. Et à nouveau pour une durée indéterminée.

18.12.09

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Catégories: En quête de rupture

La mythique troisième voie

Les résultats du sondage TNS Sofres réalisé pour Altedia (les Echos du lundi 30 novembre) illustrent, s’il en était encore besoin, le malaise de la grande majorité des salariés, qu’ils appartiennent au secteur privé ou à la fonction publique.

Avec six salariés sur dix pour estimer que, dans leur entreprise (ou dans leur administration, le malaise est le même chez les fonctionnaires et salariés du secteur public), les intérêts de leurs dirigeants ne vont pas dans le même sens que les leurs et que les écarts de rémunération ne sont pas justifiés, avec quatre salariés sur cinq qui considèrent que les intérêts des entreprises et des dirigeants ne coïncident pas avec ceux des salariés, et un salarié sur trois jugeant légitime le recours à la force par les salariés pour faire aboutir leurs revendications, il y aurait de quoi se poser des questions sur le fonctionnement disharmonieux des entreprises et des administrations.

Pas pour Laurence Parisot, qui continue d’affirmer contre toute évidence qu’il n’y a pas de divorce entre les entreprises et leurs salariés. Mais un tel déni de la réalité n’étonnera personne de sa part.

Mécontentement du fait de l’insuffisance de rétribution et de reconnaissance, sentiment d’injustice face aux milliards de dollars et d’euros de profits, aux millions de dollars et d’euros de bonus, de parachutes dorés et de stocks-options, voilà bien la réalité du sentiment de nombre de salariés à l’égard du traitement qui leur est réservé par leur employeur. Même s’ils ne l’expriment pas forcément sur leur lieu de travail par crainte du chômage et du déclassement qui s’ensuit, ce qui contribue à entretenir les illusions de Madame Parisot.

Il faut avouer que la farce est un peu grosse.

Après la décennie des années quatre-vingt marquées par les restructurations industrielles et l’apparition du chômage de masse, les salariés ont vécu la première moitié des années quatre-vingt-dix dans la récession et la crise immobilière et la seconde moitié dans le boom économique lié à l’apparition des nouvelles technologies (Internet, téléphone mobile), avant de voir exploser une première bulle financière.

Cela a été pendant toutes ces années le même leitmotiv de dégraissages et de modération, voire de restriction, salariale. Et pendant le court répit de la fin des années quatre-vingt dix, alors que l’équipe de France de football gagnait encore élégamment ses matchs et que la croissance économique s’accélérait, les salariés n’en n’ont profité que sous forme de réduction du temps de travail, sans soupçonner que travailler moins les condamnerait à gagner autant, mais pas plus pendant de longues années. Il n’y a que le gouvernement, qui gagnait plus sans travailler plus, grâce aux fonds secrets et surtout aux recettes fiscales supplémentaires et imprévues qui allaient donner la fameuse affaire de la « cagnotte ».

Et là, cerise sur le gâteau, arrive la décennie des années deux mille, où, grâce au gonflement en douceur de la plus grosse bulle financière de tous les temps, les revenus d’une minorité explosent. Avec de l’argent à ne plus savoir quoi en faire, traders, joueurs de foot, patrons et dirigeants d’entreprises acteurs de cinéma, avocats d’affaires, animateurs de télévision étalent dans les magazines people leurs villas de luxe et de rêve et leurs yachts toujours plus grands chaque été, pendant que le plus grand nombre obtient au mieux une augmentation de salaire trop chiche pour compenser l’inflation et surtout l’envolée des prix de l’immobilier.

Et ce n’est pas fini.

Car il faudra bien payer l’addition de la crise financière. Et qui va le faire, si ce ne sont les salariés, c’est-à-dire vous et moi, directement sous forme d’augmentation des impôts, de déremboursement de soins et de réduction des allocations diverses, et indirectement parce que les entreprises réduiront leur masse salariale en cas d’augmentation de leurs charges ?

Il reste donc bien un marché (politique) à prendre entre Olivier Besancenot et Nicolas Sarkozy, entre le PS et le FN, entre Europe Ecologie et le Modem, une demande à satisfaire pour plus d’équité et de justice dans la répartition des richesses au sein de la société tout en préservant la viabilité économique et la pérennité des entreprises.

Et l’offre en face a bien du mal à répondre à la demande.

Besancenot a les bons accents, mais l’électorat sent sans doute confusément que ses solutions (interdire les licenciements etc) n’en sont pas et nous condamneraient à jouer un mauvais remake de l’Union Soviétique avec ses files d’attente devant des étals de magasin vides.

Le Front National est un défouloir mais restera toujours, du fait de l’expérience nationale de l’Occupation et de la collaboration, un épouvantail trop repoussant qui fera voter ensemble au deuxième tour électeurs de droite et sympathisants de gauche.

Le Parti Socialiste a toujours été dans l’exercice du pouvoir plus gestionnaire que réformiste, du fait sans doute de sa culture qui noie les convictions fortes dans les synthèses de fin de congrès, et ce n’est pas dans son état actuel qu’il semble en mesure de produire un leader charismatique capable de concilier la compétitivité des entreprises avec la nécessaire reconstruction du tissu et de la cohésion sociales dans un contexte de régimes de retraite en faillite potentielle et d’un Etat tellement vivant tellement au-dessus de ses moyens qu’il se trouve à la merci des investisseurs internationaux en emprunts publics.

Europe Ecologie porte l’étendard de préoccupations légitimes mais qui semblent trouver plus facilement des traductions au niveau local que pouvoir constituer un projet de gouvernement sur le plan national.

Bayrou a bien saisi cet air du temps, cette demande pour plus de justice et d’équité, et se pose en défenseur des petits, mais il lui manque une organisation qui ne se fasse pas broyer aux élections par la logique du système majoritaire à deux tours qui favorise le bipartisme.

Nicolas Sarkozy aurait pu fournir la bonne réponse, avec son « travailler plus pour gagner plus » et sa défense de « la France qui se lève tôt ». Mais il s’est renié au moins trois fois en allant s’empêtrer dans le bling-bling du Fouquet’s, du yacht de Bolloré et de son remariage avec Carla Bruni, et surtout il traîne un bouclier fiscal devenu un boulet moral. Et quoique son volontarisme récent sur les bonus des traders puisse lui redonner un regain de popularité, ce n’est pas son virage jacobin sur fond de crise financière qui semble suffisant pour infléchir des pratiques, destructrices en termes de cohésion sociale, de la part des entreprises.

Il reste donc un positionnement politique à occuper, à cheval entre gestion rigoureuse des finances publiques et redistribution des richesses, entre préservation de la compétitivité des entreprises et préoccupations sociales, entre efficacité économique et justice sociale.

Concilier des exigences aussi contradictoires ira à l’encontre de tellement d’intérêts catégoriels et corporatistes que l’on peut légitimement se demander si cela est compatible avec notre système de représentation et de libertés publiques qui favorise le clientélisme électoral à court terme (question d’efficacité politique que se posait déjà Hobbes au XVIIème siècle).

Sauf à trouver cette troisième voie, qui réconcilierait les Français entre eux et avec l’économie de marché, mais qui semble pour l’heure bien chimérique, le risque reste donc bien d’un statu quo, qui ne pourra que creuser un peu plus les inégalités entre une minorité de privilégiés et une gigantesque classe moyenne salariée en voie de paupérisation (phénomène accéléré par l’effet générationnel et la croissance molle que nous promet la sortie de crise). Et on ne voit pas comment ce lent pourrissement ne mènerait pas inexorablement à une explosion sociale. En émergeront alors peut-être, avec ou sans 18 Brumaire, les conditions d’une reconstruction harmonieuse de la vie en commun.

PS : J’avais intitulé ce billet « Qui sera l’Elu ? » mais cela fleurait un peu trop les midichloriens et la mystique de l’homme providentiel, dont je reste pourtant convaincu qu’elle reste, à défaut d’avoir été un véritable fait de l’Histoire, un ressort de la psychologie des masses.

24.11.09

Permalien 06:30:19, par Denis Email , 434 mots   French (FR)
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur

Vaccination contre la grippe A : selon où tu résides…

Pour ceux qui auraient décidé de se faire vacciner contre la grippe A / H1N1 (je ne ferai pas de prosélytisme dans un sens ou dans l’autre, chacun doit décider en son âme et conscience me semble-t-il), on peut d’ores et déjà prévoir une rupture d’égalité dans l’accès au vaccin selon que l’on réside à Paris ou ailleurs.

A titre d’exemple, voici une comparaison des horaires d’ouverture des centres de vaccination mis en place par le gouvernement à Paris et dans les Hauts-de-Seine (mais on peut multiplier les exemples en cliquant sur la carte de France).

Selon les chiffres de l’Insee, les Hauts-de-Seine sont le quatrième département le plus peuplé de France (plus de 1,5 millions d’habitants) après Paris (2.181.371 habitants), les Bouches-du-Rhône et le Rhône.

Les horaires d’ouverture des centres de vaccination pour le mois de novembre dans les Hauts-de-Seine sont les suivants :

- jeudi 12 novembre de 15 h à 17 h 30
- Vendredi 13 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 14 novembre de 10 h à 12 h 30
- Vendredi 20 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 21 novembre de 10 h à 12 h 30
- Vendredi 27 novembre de 14 h à 19 h 30
- Samedi 28 novembre de 10 h à 12 h 30

Soit pour 36 centres, un total d’heures d’ouverture de 26,5 heures x 36 centres = 954 heures sur le mois de novembre.

Pour les habitants de Paris (on ne peut se faire vacciner que dans sa commune de résidence), les horaires d’ouverture des centres de vaccination pour le mois de novembre sont les suivants

- jeudi 12 novembre de 12h00 à 19h30
- vendredi 13 novembre de 11h à 19h30
- samedi 14 novembre de 13h30 à 16h30
- à compter du lundi 16 novembre : les lundis de 12h15 à 19h30, du mardi au vendredi de 8h15 à 19h30 et les samedis de 10h00 à 13h00

Soit pour 12 centres, un total d’heures d’ouverture de 136,75 heures x 12 centres = 1.641 heures.

En d’autres termes, avec une population inférieure de seulement 30 %, les Hauts-de-Seine ont droit à des centres de vaccination ouverts à 42 % moins longtemps. Sans parler de l’incommodité des horaires.

En sachant que cela commence à être la cohue en ce début de semaine dans les centres de vaccination parisiens maintenant que la petite phrase lâchée par Roselyne Bachelot («Des gens vont mourir parce qu'ils ne seront pas vaccinés.») fait son effet, les centres de vaccination des Hauts-de-Seine (et d’ailleurs), qui ne seront désormais ouverts que vendredi après-midi et samedi matin prochains risquent fort d’être pris d’assaut. Brice Hortefeux peut prévoir d’y dépêcher quelques CRS pour éviter des bousculades prévisibles.

11.11.09

Permalien 20:32:49, par Denis Email , 574 mots   French (FR)
Catégories: Déficits publics

De l’emploi dans les collectivités locales

Je referme le supplément Economie du Monde, journal que j’ai délaissé depuis quelques années pour la lecture quotidienne des Echos. Ce n’est pas que ce soit moins chiant les Echos, mais c’est de meilleure tenue pour tout ce qui est économique et social.

Je dois avouer que je suis assez étonné (effaré serait même plus juste) par ce que révèle la lecture attentive des pages Emplois de ce supplément Economie.

Dans les trois maigres pages d’offres d’emploi (c’est pire dans les Echos) comptant une quinzaine d’offres d’emploi , on n’en trouve pas moins de douze émanant de collectivités locales (ou d’établissements publics en dépendant) :

- Ville de Mâcon : un Responsable de la Communication Ecrite

- Communauté de communes d’Haguenau : un Directeur Général Adjoint (H/F) en charge du pôle Aménagement et Territoire Durable

- Région Rhône-Alpes : un Directeur(trice) de l’Enseignement Supérieur

- Conseil Général de la Sarthe : un journaliste H/F

- Conseil Général d’Indre-et-Loire : un Directeur Général des Services H/F

- Opéra de Lille : un Directeur Administratif et Financier (H/F)

- Ville de Bagnolet : un Directeur(trice) Financier

- Collectivité du Grand Ouest non précisée : Directeur(trice) des Affaires Culturelles

- Conseil Général non précisé : Directeur(trice) des Infrastructures et des Déplacements

- Ville de Laval : Directeur des Ressources Humaines H/F

- Ville de Laval : Directeur Général Adjoint Développement solidaire H/F

- Office franco-allemand pour la jeunesse : un Chargé de projet « Recherche et Evaluation » (H/F)

Il faut évidemment se réjouir qu’il y ait encore quelques recrutements dans le pays, mais leur concentration dans les collectivités locales ne va pas sans susciter quelques questions et réflexions. En vrac :

=> Le Monde ne serait-il plus lu que par les cadres du secteur public ?

=> S’agit-il de créations de poste ou de remplacement ? Dans le second cas, où sont donc partis ceux qui occupaient ces postes ?

=> Quid de la promotion interne ?

=> Je ne savais pas qu’il y avait autant de mobilité professionnelle en permanence dans la fonction publique territoriale…

=> Que reste-t-il aux élus ? A Bagnolet par exemple, que fera l’adjoint au Maire en charge des Finances une fois qu’il aura recruté un Directeur Financier ? Il convient certes que les élus puissent s’appuyer sur l’expertise d’une administration, mais la gestion financière de Bagnolet est-elle si complexe qu’il faille un spécialiste en plus de l’adjoint en charge des Finances ?

=> Ce foisonnement d’offres est symptomatique des recrutements massifs effectués par les collectivités locale, au prétexte des missions transférées par l’Etat (mais alors, les personnels concernés n’ont pas tous été transférés ?).

Et il illustre bien pourquoi le gouvernement cherche à mettre à la diète les collectivités locales en réformant la taxe professionnelle.

A l’heure où les entreprises sont à la diète en matière de recrutement et où les ressources fiscales se tarissent pour cause de crise économique et financière, les collectivités locales continuent de mener grand train, notamment en matière de recrutement, annihilant de fait les efforts de Monsieur Woerth en matière de réduction des effectifs…

05.11.09

Permalien 06:07:30, par Denis Email , 409 mots   French (FR)
Catégories: Liberté, inégalités, rentabilité

Business as usual…?

Une citation à méditer avant une nouvelle pause pour une durée indéterminée ? :

"L’esprit de révolte fait des progrès et je m’étonne que les misérables ne brûlent pas plus souvent la cervelle aux millionnaires qu’ils rencontrent."

C’était en …1891, dans une interview donnée par Octave Mirbeau
à Jules Huret et parue dans l’Echo de Paris du 22 juin de cette année-là.

1891, c’est aussi l’année de la publication de L’Argent par Emile Zola…

C’était il y a plus d’un siècle donc, à une époque de scandales financiers en tout genre, d’affaires de corruption et de spéculation effrénée : canal de Panama, krach de l’Union Générale, scandale des décorations etc.

Les effets de la première mondialisation ?

Toute ressemblance d’évènements ultérieurs au début du troisième millénaire ne pourrait être que fortuite…

Plus d’un siècle plus tard, Michael Moore a pris le relais d’Octave Mirbeau pour dénoncer les travers du capitalisme bourgeois dans son dernier film Capitalism : A love story (dans les salles le 25 novembre), et semble y déceler le même esprit de révolte chez ses compatriotes du bas de l’échelle américaine ruinés par la créativité financière de certains banquiers.

Ces mêmes travailleurs du bas de l’échelle devraient l’avoir encore plus mauvaise à l’annonce des bonus qui seront versés au titre de 2009 aux banquiers qui ont provoqué faillites et licenciements en masse.

N’est pas Beaumarchais qui veut. Comme pour Octave Mirbeau, les dénonciations de Michael Moore risquent fort de rester lettre morte tant le système a tendance à l’emporter sur des individus résignés sur leur sort. Et les rares fois où ce n’est pas le cas, on a à faire à des cataclysmes comme en 1789 ou en 1917.

Alors qu’en sera-t-il cette fois ? Les classes moyennes et populaires avaleront-elles la très très grosse couleuvre de la privatisation des profits (sous forme de bonus, stocks-options, golden parachutes, retraites chapeau) au bénéfice d’une petite minorité et de la collectivisation des pertes et des déficits (au travers des faillites, plans sociaux, déremboursements de soins et bientôt sans doute hausse des impôts sur les ménages) mises à la charge du plus grand nombre ?

A suivre au prochain épisode…

23.10.09

Permalien 06:41:09, par Denis Email , 545 mots   French (FR)
Catégories: Situation économique

Considérations incongrues sur la crise économique et financière (3)

Troisième considération incongrue : malgré l’activisme (louable) dont a fait preuve notre Nicolas Sarkozy de Président en vue du G20 de Pittsburgh pour limiter les excès en matière de bonus bancaires, la question reste posée de la pertinence de la réglementation bancaire et financière actuelle.

En effet, si la présence de « spéculateurs » (intervenant dans la sphère financière indépendamment d’une quelconque activité dans la sphère réelle) est indispensable pour assurer la liquidité et l’efficience des marchés financiers, il n’est plus concevable, dans des économies dont un des fondements est la confiance, que les banques continuent de jouer au poker l’argent de leurs clients entreprises et particuliers qui n’ont rien demandé et qui doivent ensuite éponger les pertes de jeu de leur banque en tant que contribuables.

Et il est temps de se poser la question d’une stricte séparation des activités bancaires entre les activités pour compte de tiers (banque de détail et banque de financement et d’investissement pour le compte des entreprises) et les activités pour compte propre que sont le trading et l’arbitrage directionnel.

A l’instar de ce qui existait à une époque sur le Marché à Terme d’Instruments Financiers de Paris (le Matif), des Négociateurs Individuels du Parquet, les NIP, qui intervenaient pour leur compte personnel et assuraient la liquidité en se portant contrepartie sur leurs deniers propres, pourquoi ne pas réserver le trading et l’arbitrage directionnel à des établissements spécialisés dont le capital social ne pourrait être détenu que par des personnes physiques ?

Les traders et autres arbitragistes transformés en actionnaires pourraient ainsi encaisser les profits de leur activité en toute tranquillité dès lors qu’ils assument aussi les pertes éventuelles.

Par ailleurs, nombre de particuliers fortunés qui ont investi leur patrimoine dans le private equity ou dans les fonds Madoff doivent avoir envie de se refaire et pourraient trouver un intérêt à faire partie du tour de table de ces établissements.

Enfin, cela éviterait aux banques, cantonnées à leurs activités traditionnels de crédit et de services aux entreprises et aux particuliers, de reproduire leurs errements récents et de mettre une nouvelle fois en péril l’économie de la planète.

Faute de réponse appropriée évitant que la spéculation effrénée reprenne comme si rien ne s’était passé, les excès en matière de profits et de bonus bancaires continueront d’alimenter le fonds de commerce d’un Olivier Besancenot ou de tout autre extrémiste charismatique du même acabit qui réussira à attiser le ressentiment des millions de salariés qui n’ont pas profité de la bulle financière mais qui ont pâti de son éclatement.

Ce qui est bien dommage car, quels que soient l’avidité et la cupidité de quelques-uns, l’économie de marché reste, pour paraphraser Winston Churchill, le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Et celui qui a assuré la prospérité qui permet encore à beaucoup d’entre nous de s’offrir un Iphone et d’aller voir Mylène Farmer en concert.

20.10.09

Permalien 05:41:17, par Denis Email , 569 mots   French (FR)
Catégories: Situation économique

Considérations incongrues sur la crise économique et financière (2)

Deuxième considération incongrue : alors que le gouvernement s’inquiète non sans raison des dégraissages en cours et à venir dans les entreprises, et de leurs impacts en termes de consommation des ménages (un des seuls moteurs de la croissance restés allumés en France), certaines répliques qui restent à venir semblent ignorées ou passées sous silence.

Il faut concéder qu’elles ne devraient pas produire les mêmes drames humains que les plans sociaux dans des bassins d’emploi mono-activité sur le déclin...

Ainsi, manifestation symptomatique des excès induits par la bulle financière des années deux mille, les galeries d’art avaient fleuri un peu partout dans les sites touristiques, d’abord sur la Côte d’Azur, puis en Dordogne et dans le Lubéron avant de gagner la Bretagne à Dinard et Saint-Briac (il s’en est même ouverte une à Saint-Jacut de la Mer, qui connaît Saint-Jacut de la Mer ?).

Il fallait bien que les monceaux de capitaux produits par la situation d’hyperliquidité mondiale trouvent à s’employer et à s’investir. Après que les prix de l’immobilier, des actions et des obligations, des matières premières eurent été poussés à la hausse de 2003 à 2008 par l’afflux de liquidités, ce fût au tour des œuvres d’art, des grands crus ou encore des droits de retransmission télévisée de voir leur prix s’envoler.

Les galeries qui arrivaient à vendre les croûtes du premier Gribouille venu, surtout quand elles étaient installées à Saint-Paul de Vence ou à Gordes, et la reconnaissance accordée à certains de ces prétendus artistes risquent fort de ne pas survivre à l’éclatement de la bulle financière.

Autre conséquence symptomatique de la transformation en vaste casino de la planète bancaire et financière et de l’argent dégoulinant : les escort-girls ont proliféré ces dernières années (trente cinq mille pages recensées par Google pour les termes de recherche « escort girl Paris » avec les guillemets) grâce à la fois à la diffusion d’Internet et aux rémunérations exorbitantes qui permettaient à certains de payer trois cents euros (presque un tiers de SMIC mensuel…) pour passer une heure avec une escort girl.

Conséquence certes moins visible que les gros 4 x 4 qui ont envahi les rues ces dernières années, sans doute parce que moins avouable...

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement moral sur ce phénomène (la prolifération des escort girls, pas celle des 4 x 4...) Je laisse cela aux autorités bien-pensantes. Il s'agit seulement de faire le constat et l’analyse sur le strict plan économique de cette augmentation de l’offre dans le plus vieux métier du monde. Heureusement, les vicissitudes de la conjoncture économique devraient venir au secours des tenants de l’ordre moral en décourageant un certain nombre de vocations d’escort girls.

Voire. Parce qu’à voir ce que continuent de gagner les joueurs de foot, dont les salaires mirobolants ne semblent pas subir l’effet de la crise (peut-être après la prochaine attribution des droits de retransmission…) ou les bonus que s’apprêtent à encaisser de nouveau les traders et autres arbitragistes pendant que le chômage ne finit pas d’augmenter, on peut se demander si la crise a servi à quelque chose.

17.10.09

Permalien 18:24:44, par Denis Email , 611 mots   French (FR)
Catégories: Situation économique

Considérations incongrues sur la crise économique et financière (1)

Réouverture temporaire de ce blog le temps de deux ou trois réflexions sur la pire crise économique et financière depuis la Grande Dépression des années 1930. Quelques observations manifestement incongrues semblent en effet ne pas (pas encore ?) avoir été faites par nos illustres experts qui s’échinent à expliquer les origines d’une crise que la plupart d’entre eux n’ont pas su prévoir.

Première considération incongrue : et si la crise financière, avec le cortège de faillites et de suppressions d’emplois qui s’en est ensuivi, n’avait finalement constitué que le coup de grâce pour des activités condamnées et maintenues en survie artificielle depuis plus de vingt ans à coup de subventions publiques et d’exonérations de charges face à la concurrence des pays émergents à bas coût de main d’œuvre ?

Car, sur la même période qui a vu General Motors frôler la liquidation, des centaines de PME disparaître et des centaines de milliers d’emplois détruits, pour beaucoup dans les industries dites traditionnelles (sidérurgie, mécanique, automobile), les ventes de netbooks, ces mini-PC avec un abonnement Internet sans fil, ont doublé, Apple a écoulé 26 millions d’Iphone et Mylène Farmer a vendu en moins de deux heures les 150.000 places d’une deuxième date de concert au Stade de France.

Tout le monde n’est donc pas concerné de la même façon par la crise. Les destructions d’emplois sont évidemment dramatiques pour ceux qui en sont les victimes. La perspective de voir les traders toucher à nouveau des bonus pharamineux en apparaît d’autant plus scandaleux (tout comme le bouclier fiscal d’ailleurs, qui évitera aux plus aisés de payer l’addition quand viendra l’heure des hausses d’impôts, faut-il le rappeler à notre Président qui s’est fait fort à propos le héraut de la légitime croisade anti-bonus ?). Comme l’a fort justement souligné Juan SOMAVIA, Directeur Général de l’Organisation Internationale du Travail, "les conséquences de la crise sont largement mutualisées, alors que les bénéfices de la croissance précédente, eux, étaient très concentrés". Il semble que les bénéfices de la reprise soient eux aussi très concentrés…

Il n’en reste pas moins que les destructions d’emplois industriels résultent aussi d’un ajustement inéluctable à la nouvelle division mondiale du travail qui voit les économies émergentes prendre le pas dans les activités industrielles traditionnelles de base tandis que les économies des pays de l’OCDE s’orientent de plus en plus vers les industries de pointe ou à forte valeur ajoutée, l’information, la communication et l’entertainment. En d’autres termes, si des entreprises (certaines des agences immobilières par exemple ?) qui ont sombré avec la récession, pourront renaître un jour de leurs cendres avec le retour de l’expansion économique, il est à craindre que les sites de productions industrielles de base qui ont dû fermer leurs portes ne les rouvrent jamais.

Il aurait peut-être été préférable, au cours des deux dernières décennies, d’investir une partie des dizaines de milliards d’euros engloutis pour mettre sous perfusion des activités condamnées à disparaître du fait de la concurrence des pays à bas coût de main d’oeuvre, dans des actions de formation lourde permettant de préparer la reconversion des salariés concernés. Et l’idée de grand emprunt pour financer des dépenses d’avenir devrait du coup sembler moins incongrue.

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"Le premier devoir, c'est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler, ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas ils s'aggravent." Pierre Mendès-France

"Ras-le-bol", un roman de politique-fiction qui met en scène une faillite de la France et la crise financière et sociale qui guette si rien ne change dans les années à venir...

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