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29.11.07

Permalien 07:16:25, par Denis Email , 1615 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

Pouvoir d’achat : l’utopie d’un succès rapide

Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue quand même un peu. Surtout quand on n’en a pas ou pas beaucoup. Alors que les Français se prennent à douter des promesses de celui qui s’est fait élire en se présentant comme le "Président du pouvoir d’achat" et que le paquet fiscal voté avant l’été, premier acte du Président fraîchement élu, peine à produire des effets tangibles autres que des heures supplémentaires à Bercy pour identifier les bénéficiaires potentiels de chèques de remboursement d’impôt, le sujet devient brûlant. A quelques heures d’une intervention (télévisée, si ce n’est musclée) de notre hyper-Président, je me suis attelé à travailler plus (sans pour autant gagner plus) pour lancer à mon tour un pavé dans la mare des jardins de l’Elysée.

Sur le point de savoir si le pouvoir d’achat augmente, stagne ou recule, on entend et lit tout et son contraire : annoncé en hausse de 2,8 % voire de 3,2 % en 2007 par l’INSEE, le pouvoir d’achat est au mieux étale selon l’INC qui retraite les chiffres non pas des variations saisonnières (ça, c’est pour le chômage), mais de l’évolution du nombre des ménages d’une part et prend en compte d’autre part la hausse des prix de l’immobilier pour tous les ménages (quand l’INSEE n’en tient compte que pour les ménages locataires de leur résidence principale).

S’il est donc difficile de savoir où est la vérité, il est possible en revanche de dégager une certitude : l’évolution du pouvoir d’achat, qu’elle soit calculée par l’INSEE, l’INC ou Michel-Edouard Leclerc, est une moyenne (à voir les prix dans les vitrines des boutiques autour de mon bureau, il y en a pour qui cela va plutôt bien en termes de pouvoir d’achat) et les statistiques telles qu’elles existent actuellement traduisent mal les disparités des situations, depuis le smicard père de trois enfants jusqu’au cadre sup titulaire de stocks-options en passant par le célibataire chef d’entreprise, le retraité francilien propriétaire de sa résidence principale, le jeune chômeur des banlieues et le fonctionnaire de province.

Surtout, on peut gloser à l’infini sur le point de savoir si la perception subjective qu’ont les ménages de l’évolution de leur pouvoir d’achat correspond à une réalité objective. Il n’en reste pas moins qu’une large partie de la population (salarié du privé ou du public et plutôt jeune - entre 20 et 40 ans –) voit depuis plusieurs années ses revenus stagner pendant que les prix des principaux postes de dépenses, notamment le logement, connaissent une envolée, et cette population doit donc faire des choix voire des sacrifices dans sa consommation.

Comment s’explique cette perte de pouvoir d’achat d’une partie de la population ?

On ne reviendra pas sur le doublement des prix de l’immobilier, l’augmentation du prix de l’essence ou les nouveaux postes de dépenses que constituent les abonnements de téléphonie mobile et d’Internet.

En ce concerne la faiblesse de la progression des rémunérations et plus particulièrement des salaires, le Premier Ministre a incriminé les 35 heures. C’est un peu plus compliqué que cela, même si la mise en place des 35 heures a effectivement favorisé la faible progression des salaires depuis 10 ans. Essentiellement parce que la modération salariale était une des conditions de la réussite de la réforme. Les 35 heures payées 39 et assorties d’augmentation de salaires ultérieures auraient tellement dégradé la compétitivité des entreprises que cela se serait traduit au final par des destructions d’emploi allant à l’encontre des objectifs de la réduction du temps de travail.

Mais d’autres facteurs sont au moins aussi prégnants et déterminants :

* les augmentations de salaires au compte-gouttes dans les entreprises constituent une tendance lourde depuis l’adoption en 1983 de la politique de désinflation compétitive, un effet sans doute renforcé par le contexte de chômage de masse.

* La fin de l’évolution de la rémunération à l’ancienneté et l’individualisation croissante des salaires produisent une dispersion plus grande dans les évolutions de revenus. Aux salariés qualifiés, disposant d’une expertise recherchée (ingénieurs, créatifs etc) et/ou contribuant fortement à la rentabilité de l’entreprise (commerciaux, cost killers) sont accordées les vraies faveurs (augmentations, primes, avantages en nature, stocks-options ou actions gratuites voire participation au capital). Aux salariés moins qualifiés ou dont la contribution à la rentabilité est moins prépondérante ou moins directement évidente est mégotée chaque année la moindre augmentation du salaire.

* La globalisation, à laquelle s’ajoutait ces dernières années une situation d’hyperliquidité (du fait des excédents de change de l’Asie et des pétromonarchies et des taux bas dans la première moitié de la décennie aux Etats-Unis et en Europe), avantage outrageusement la détention de capital (à la mobilité presque instantanée au détriment du facteur travail à la mobilité plus limitée) et les plus-values (moins ponctionnées par les impôts et les cotisations sociales) au détriment du facteur travail (à la mobilité plus réduite) sur lequel pèse en outre le financement de la protection sociale (Debout les damnés de la terre…, du pain bénit pour le postier de Neuilly ça). D’où en passant la gourmandise des salariés les plus performants pour la création d’entreprises ou les LBO où ils peuvent passer du statut de simple salarié à celui d’actionnaire.

* Le poids des prélèvements obligatoires, dont une grande partie est assise sur les salaires, a fait des effectifs et de la masse salariale des entreprises les variables d’ajustement de la France aux chocs de la mondialisation et du vieillissement démographique.

Que peuvent faire le Président et son gouvernement pour remédier à cette situation ?

Malheureusement pas grand-chose. En tout cas pas grand-chose qui puisse donner des résultats aussi rapidement que les instituts de sondage font des enquêtes de popularité. On ne corrigera pas en un mois ni même en six les conséquences de 25 ans de laxisme budgétaire et de lâcheté politique.

Les pistes évoquées à l’occasion de la conférence sur les salaires et l’emploi ou dans la perspective de l’intervention du Président (pressions sur les tarifs des banques et des opérateurs de téléphonie, treizième mois défiscalisé, exonérations de charges sociales conditionnées par l’ouverture de négociations salariales, gel du prix du gaz, déblocage anticipé de la participation etc) traduisent tout à la fois une méconnaissance persistante du fonctionnement des entreprises, un déni de la réalité des mécanismes économiques et un éternel penchant à privilégier la redistribution et la coercition plutôt que de favoriser l’innovation et la production.

On est encore et toujours dans le bricolage, à essayer de grappiller quelques euros de ci de là, à tirer sur l’épargne ou à augmenter encore un peu les déficits et la dette au détriment des générations futures. Il faut toutefois concéder à Nicolas Sarkozy la difficulté de la tâche : les Français se plaignent de leur pouvoir d’achat et veulent le voir augmenter, mais refusent en même temps que puisse être porté atteinte à notre fameux "modèle social" et à la sécurité qu’il procure à une large partie de la population. On n’améliorera pas le pouvoir d’achat et on ne donnera pas aux Français une vision optimiste de son évolution (la projection de chacun en matière d’évolution du pouvoir d’achat est un aspect au moins aussi important que son augmentation à court terme) tant que n’aura pas été réduit le chômage de masse (condition sine qua non d’un rééquilibrage du rapport de force entre salariés et employeurs), donc tant que le poids de la protection sociale portera essentiellement sur le travail, et tant que l’investissement des entreprises n’aura pas été relancé, donc tant que le poids des dépenses publiques pèsera sur leur compétitivité.

Nicolas Sarkozy risque de se trouver d’ici peu dans une situation analogue à celle de Jacques Chirac en 1995 : élu parce qu’ayant su mettre en exergue un objectif primordial aux yeux des électeurs (réduire la fracture sociale en 1995, augmenter le pouvoir d’achat en 2007), il n’a pas eu le courage, comme Chirac en 1995, d’expliquer que cela nécessiterait plusieurs années d’efforts et surtout que cela passait impérativement par l’apurement des déficits publics sans augmentation des prélèvements obligatoires, voire même en les diminuant. Faute d’avoir tenu ce discours de vérité (qui risquait évidemment de lui faire perdre l’élection…), faute d’avoir cru qu’il suffisait de baisser les impôts des contribuables les plus aisés pour qu’ils se mettent à investir à tour de bras et que la croissance revienne (le bouclier fiscal a été une grosse erreur de timing et restera un pêché originel dont Nicolas Sarkozy n’a pas fini de se mordre les doigts), il se trouvera acculé dans quelques mois (ce n’est sans doute pas pour ce soir) à une volte-face qui ne pourra être qu’incomprise par l’opinion.

26.11.07

Permalien 22:40:08, par Denis Email , 116 mots   French (FR) latin1
Catégories: Médias

Facebook : qui l’emporte de l’intox ou de l’atteinte à la vie privée ?

Facebook semble faire ces temps-ci l’objet de quelques procès pour cause de risque d’atteintes à la vie privée.

Il faut peut-être aussi relever que les potentiels coupables d’atteintes à la vie privée prennent le risque de se faire intoxiquer.

On dénombre ainsi à cette heure (cela change tous les jours) pas moins 40 Nicolas Sarkozy et 4 Cécilia inscrits sur Facebook (la parité homme-femme est encore loin…).

Il y a aussi 23 Johnny Hallyday et 24 Michel Sardou.

Pour ma part, j’ai voulu m’inscrire sous le patronyme (choisi au hasard et de façon totalement innocente…) de Rocco Siffredi, mais je me suis aperçu qu’il y en avait déjà 81

25.11.07

Régimes spéciaux de retraite : une réforme en demi-teinte

Il faut rendre à Nicolas Sarkozy, François Fillon et Xavier Bertrand ce qui leur appartient : la réforme des régimes spéciaux de retraite (en cours de négociation…) n’est ni un simulacre de réforme, ni une réforme en trompe l’œil comme pouvaient le laisser entendre certains chroniqueurs le 17 novembre dernier sur BFM. La fermeté sera restée de mise sur l’aspect le plus symbolique, celui de l’allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans. De là à pouvoir évoquer une "promesse tenue" et un "tournant historique", il y a un pas, que dis-je un gouffre. Un gouffre médiatique évidemment.

En effet, et malgré les déclarations plus ou moins mesurée du Président de la République et de son Premier Ministre, les concessions faites aux grévistes, que ce soit sur le maintien des bonifications (elles ne seront supprimées que pour les salariés recrutés à partir du 1er janvier 2009…) et sur le système de décote (dont l’effet se limitera aux 2,5 premières années manquantes contre 5 années dans les autres régimes) vident la réforme d’une partie de sa substance. Les efforts consentis par les cheminots et traminots doivent donc être relativisés, et se trouveront en outre adoucis par les "mesures d’accompagnement" d’ores et déjà mises sur la table des négociations pour sortir du conflit.

Cette réforme est donc loin d’atteindre pleinement son principal objectif qui était d’assurer l’équité avec les salariés du secteur privé (qui n’ont pas obtenu à l’époque des concessions et des "mesures d’accompagnement" équivalentes). Et il y a fort à parier (un magnum de Château Smith Haut Lafitte ?) qu’au terme du quinquennat de Nicolas Sarkozy, les subventions d’équilibre versées par l’Etat aux régimes spéciaux de retraite de la SNCF (2,77 milliards d’euros en 2007) et de la RATP (354 millions d’euros en 2007) n’auront pas diminué d’un iota.

Nicolas Sarkozy mérite donc la moitié d’un satisfecit. Pour un satisfecit plein et entier, il aurait fallu savoir reconnaître que l’équité avec les autres salariés n’était assurée qu’en termes de durée de cotisation et que seule la moitié de la promesse avait été tenue avec cette demi-réforme. En laissant s’exprimer une nouvelle fois le corporatisme du demi-million de salariés bénéficiaire de régimes spéciaux de retraite et à vouloir présenter ainsi à son avantage cette réforme en demi-teinte (donc en essayant de faire prendre des vessies pour des lanternes aux 15 millions d’autres salariés qui subissent déjà ou subiront les effets de la réforme de 1993), Nicolas Sarkozy prend le risque d’un retour de bâton dans les enquêtes de popularité des semaines à venir (à moins que ces 15 millions de salariés ne soient finalement que presque autant de veaux méritant le sort qui leur est fait). Surtout, il ne faudrait pas que les prochaines étapes, et notamment la réforme de l’Etat et de la fonction publique, se réduisent elles aussi à des demi-mesures.

NB : A propos des enjeux financiers de la réforme des régimes spéciaux, certains opposants à la réforme ont fait valoir que les régimes spéciaux de retraite représenteraient moins de 5 % des besoins de financement. Des besoins de financement des retraites, certes. Mais sûrement pas 5 % des déficits des régimes de retraite. Les besoins de financement de ces régimes spéciaux, qui ne concernent que 500.000 salariés actifs et 1 million de retraités, sont en effet limités. Mais ces besoins de financement sont tellement peu financés par les salariés actifs que le déficit de ces régimes (l’écart entre les besoins de financement et les cotisations des salariés actifs) représente au moins 67 % du déficit du régime d’assurance-vieillesse des salariés (4,6 milliards d’euros anticipés en 2007 à comparer aux 3,1 milliards de subventions d’équilibre que verse l’Etat à la SNCF et à la RATP au titre des régimes spéciaux de retraite).

20.11.07

Permalien 08:03:11, par Denis Email , 195 mots   French (FR) latin1
Catégories: Médias, En quête de rupture

Magie du verbe et de la communication

Il a suffi que Raymond Soubie, conseiller social de Nicolas Sarkozy, déclare qu'il escomptait un retour à la normale dès mercredi dans les transports publics, pour que les médias reprennent en choeur cette prévision. Monsieur Soubie est évidemment bien mieux informé que moi quant à l'avancement des négociations en cours. Mon expérience d'usager de base des transports publics me conduit néanmoins à penser que le retour à la normale n'interviendra au mieux que lundi prochain pour la plupart des usagers. La table ronde étant prévue mercredi à 15 heures, il est en effet peu probable que les assemblées générales de grévistes puissent se prononcer sur la reprise du travail avant jeudi. Dans l'hypothèse où ces AG se satisferaient des résultats de la table de mercredi et voteraient jeudi la reprise du travail, il faut 24 à 48 heures pour que le trafic redevienne normal. Ce qui nous mène à samedi, donc lundi pour tous ceux qui ont la chance d'avoir un week-end normal. Les usagers dont je fais partie sont déjà traités comme du bétail. On aurait aimé ne pas être en plus pris pour des cons.

18.11.07

Permalien 20:17:11, par Denis Email , 623 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

Intimidation collective, dérobades individuelles

Le déroulement du conflit dans les universités, que me relate par le menu un de mes très proches amis qui baigne au quotidien dans une université de province sujette à blocage, fait une nouvelle fois apparaître au grand jour les méthodes staliniennes d’une minorité d’extrême-gauche n’hésitant pas à pratiquer la menace verbale voir l’intimidation physique pour arriver à ses fins : en assemblée générale, les votes à bulletin secret sont refusés, voire remis en cause quand ils ont lieu quand même, et les votes à main levée sont de mise. Quoi de mieux en effet pour dissuader les plus faibles et identifier les plus courageux pour mieux les intimider ? Parce qu’il faut un vrai courage physique et une force de caractère peu commune pour s’opposer seul à une assemblée vociférante de gauchistes fanatiques (je pourrais en avoir autant au service des extrémistes de droite et de leur méthode, mais au cas présent, ils ne sont pas concernés). Quelques réactions collectives mais dispersées d’étudiants se font bien jour (75 groupes anti-blocage sur Facebook), mais la réaction la plus commune chez la grande masse des étudiants reste quand même d’attendre que cela se passe, en mettant éventuellement à profit ce temps libre pour avancer des travaux personnels ou des projets (mémoires, recherche de stage etc).

On retrouve le même phénomène à l’échelon national, avec une minorité de syndicalistes et d’activistes gauchistes pour qui, comme le soulignait fort justement Toréador, la concertation et la négociation consistent avant tout à obtenir que notre fameux "modèle social" reste en l’état quoi qu’il puisse en coûter à la collectivité. Ceux-là n’hésitent pas non plus à pratiquer l’intimidation, voire à se montrer violents. J’en avais moi-même déjà fait l’expérience en 2003 lors des manifestations contre la réforme des retraites de la fonction publique. Ou peut-être était-ce en 2004 lors de l’ouverture du capital d’EDF. Toujours est-il que, me trouvant fortuitement sur le chemin d’une manifestation d’électriciens-gaziers, j’avais eu l’idée saugrenue de faire une réflexion (peut-être pas avec la manière…) à l’un d’entre eux. Mal m’en avait pris, mon interlocuteur commençant tout de suite à se montrer agressif et à rameuter ses camarades dont la mine laissait transparaître une honnêteté intellectuelle et une ouverture d’esprit sans pareilles. Je n’avais pas poussé plus loin la témérité et les avais laissés à leurs vociférations de rue sans demander mon reste.

Et pendant ces grèves et manifestations, une majorité laborieuse et silencieuse tente de trouver une réponse individuelle aux maux dont souffrent la société et l’économie française (chômage de masse, smicardisation et paupérisation, pouvoir d’achat en berne, ascenseur social en panne, la liste n’est pas exhaustive). De jeunes talents en devenir ou des chefs d’entreprises arrivés choisissent l’exil, d’autres se lancent dans l’aventure de la création d’entreprises ou changent d’employeur pour valoriser une expérience et faire un saut en termes de rémunération. Dans cette majorité prise en otage, chacun tente de tirer son épingle du jeu en s’adaptant à son propre périmètre. Cette segmentation, qui me semble difficilement contestable, entre une minorité qui compense l’illégitimité de son combat par sa force collective et une majorité se réfugiant dans des réponses individuelles, me laisse du coup sceptique quant à l’efficacité des manifestations anti-grève comme celle qui a eu lieu cet après-midi.

16.11.07

Permalien 09:00:57, par Denis Email , 409 mots   French (FR) latin1
Catégories: Des hauts et des bas (débats ?) d'humeur, En quête de rupture

Jeux de rôles au sommet pour les dupes de la base et de l’opinion publique

Les discussions entre le gouvernement et les dirigeant de la CGT dans le conflit sur les régimes spéciaux laissent l’impression désagréable d’un jeu de rôle, d’une pièce de théâtre bien distribuée, bien arrangée et bien interprétée, où les rôles dévolus à chacune des partie leur permettent de préserver leur image, de sauver la face et de manipuler le public : les uns peuvent afficher face à l’opinion publique leur fermeté dans leur volonté de réformer, les autres peuvent continuer de proclamer auprès de leurs adhérents leur souci de défendre les intérêts des travailleurs, tous s’arrangeant au final pour trouver un compromis - où l’allongement de la durée de cotisation sera compensée par des hausses de salaire (GDF) ou par la prise en compte des primes pour une retraite complémentaire (SNCF) - compromis permettant à chacun de déclarer être sorti vainqueur du conflit. Il semble que tant les dirigeants que les adhérents de base de la fédération CGT des cheminots aient quand même un peu de mal à avaler cette grosse couleuvre qu’essaie de leur servir Bernard Thibault. Quant à l’opinion publique, il faudra attendre quelques semaines et l’évolution de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, pour savoir si elle est dupe de cette grosse farce.

PS : Entendu ce matin sur Radio-Classique dans la bouche d’Eric Nabet, responsable CGT métro-RER : "Ce qu’on veut nous imposer (l’allongement de la durée de cotisation à 40 ans, NdA) est un recul pour l’ensemble des salariés". C’est cela, oui, c’est cela même. Je note donc que Monsieur Nabet appellera ses troupes à faire grève en 2008 quand la durée de cotisation des salariés passera de 40 à 41 ans. Et s’il ne n’a pas fait en 1993, c’est sans doute parce que lui n’avait pas les mêmes responsabilités au sein de la CGT. Ce qui me gêne le plus dans ce genre de déclaration, c’est qu’elle puisse être entendue par des millions d’auditeurs (c’était sur Radio-Classique mais c’aurait pu être sur Europe 1 ou RTL) et qu’elle puisse conclure l’interview sans que le journaliste ne songe à porter la contradiction (Stéphane Soumier n’aurait jamais laissé passer une mauvaise foi pareille).

13.11.07

Permalien 17:52:12, par Denis Email , 666 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

Quelques rappels aux moutons victimes et spectateurs des grèves

Faisant moi-même partie de ces moutons, je me sens d’autant plus autorisé et à l’aise pour en parler de cette façon.

Rappel des faits :

En 1993, le gouvernement de cohabitation dirigé par Edouard Balladur réforme, en catimini (en plein mois d’août) et sans concertation ni négociation (cela s’est fait par voie d’ordonnance), le régime général de retraite du secteur privé :

=> la durée de cotisation passe progressivement de 37,5 à 40 ans
=> le salaire de référence servant au calcul de la pension est déterminé sur la base des 25 meilleures années et non plus des 10 meilleures années (ce qui diminue mécaniquement les pensions).
=> la revalorisation des 25 meilleurs salaires ne se fait plus sur l’indice d’évolution des salaires mais sur l’indice des prix*. Ce seul changement d’indice de revalorisation est à l’origine de 80 % des économies réalisées.

* Pour les non-initiés ou les allergiques à la chose financière : pour un salarié qui fait valoir ses droits à la retraite en 2007, cela reviendrait à additionner des choux et des carottes que de faire la moyenne de salaires en euros de 2007 et en francs de 1982. Les salaires des années antérieures sont donc revalorisés.

Est-il nécessaire de préciser qu’à carrière identique, les pensions de retraite baissent mécaniquement (de 15 à 30 % selon les cas) pour les salariés qui subissent les pleins effets de la réforme de 1993 ?

Le régime de la fonction publique et les régimes spéciaux de retraite n’ont pas été modifiés par la réforme de 1993

NB : Les pensions du régime général du secteur privé sont complétées par les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC qui ont assuré eux-mêmes leur équilibre financier en relevant les cotisations et en faisant varier la valeur du point de retraite (moins de points acquis donc moins de droit à retraite à cotisation constante).

En 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin (assisté de François Fillon au Ministère du Travail et des Affaires Sociale) lance une nouvelle réforme qui se traduit pour les salariés de la fonction publique (les régimes spéciaux de retraite sont épargnés) par un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans. Les autres leviers (période de référence servant au calcul de la pension qui reste fixée aux 6 derniers mois de salaire, cotisation etc), qui sont les plus douloureux et produisent donc les économies les plus rapides et les plus significatives ne sont pas appliqués.

En 2007, le projet de réforme des régimes spéciaux prévoit d’allonger la durée de cotisation à 40 années, mais sans toucher au système des bonifications (qui permet à certains de partir avec une pension à taux plein au bout de 30 ans) pour les salariés recrutés avant le 31 décembre 2008 (sic) et en repoussant la mise en place d’une décote pour insuffisance d’annuités.

Quelques remarques en vrac :

- Comparées aux mesures mises en œuvre en 1993, la réforme des régimes spéciaux n’a rien de bien dramatique pour leurs bénéficiaires.

- Quand j’entends Bernard Thibault déclarer que "toutes les catégories professionnelles ne sont pas traitées avec la même brutalité", je me pince. Si les cheminots sont traités avec brutalité en 2007, comment peut-on qualifier la façon dont ont été traités les salariés du secteur privé en 1993 ? A sec avec une poignée de sable ? Désolé, c’est un peu cru mais je n’ai pas pu m’en empêcher.

- Les syndicats accusent le gouvernement de dresser les Français les uns contre les autres. Ne sont-ce pas plutôt eux qui, en défendant égoïstement leurs intérêts et en refusant de participer à l’effort collectif, nous dressent contre les bénéficiaires des régimes spéciaux de retraite ?

12.11.07

Permalien 22:02:20, par Denis Email , 212 mots   French (FR) latin1
Catégories: En quête de rupture

Nicolas Sarkozy se prendra-t-il de passion pour Evelyne Delhia ?

Pas d’emballement, il ne s’agit pas d’un quelconque scoop sur le fait de savoir qui a remplacé Cécilia dans le cœur du plus célèbre célibataire de France. Mais le Président de la République pourrait peut-être trouver auprès d’Evelyne Delhia un peu de réconfort en ce début de semaine. Il semblerait en effet que le beau temps sec qui régnait sur la capitale aujourd’hui, et qui rend si agréable d’aller à pied, en roller ou à Vélib de par les rues de Paris, ne durera pas et que Dame Météo nous réserve pour mercredi sur la moitié Nord de la France une légère dégradation. C’est un truisme de constater qu’un beau temps sec fera prendre leur mal en patience aux usagers des transports publics et qu’une météo bien froide et bien humide serait la meilleure alliée de Nicolas Sarkozy face aux grévistes, mais il n’empêche : si le mois de mai eût été moins clément en 1968, la société française en eût été changée. De l’importance de la météo dans un conflit social…

Permalien 07:57:58, par Denis Email , 84 mots   French (FR) latin1
Catégories: Situation économique

Vents mauvais en Bourse

Un baril de pétrole qui frôle les 100 $, un dollar qui s'enfonce un peu plus chaque face à toutes les monnaies et un euro qui vole de record en record à la hausse, une crise des subprime qui n'en finit pas de se manifester dans les comptes des banques et établissements financiers, des indices de confiance en fort recul, il suffirait de pas grand chose pour que les fortes baisses enregistrées par les marchés d'actions ces derniers jours se transforment en krach brutal.

09.11.07

Permalien 22:21:46, par Denis Email , 18 mots   French (FR) latin1
Catégories: Education

Rien à ajouter...

à l'apostrophe délicieusement ironique de Versac aux étudiants manipulés par Bruno Julliard et consorts. Clap, clap, clap.

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